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Frères Kouachi : Génération Zidane et génération rap

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Qui a demandé, l’année dernière, « un autodafé pour ces chiens de Charlie-Hebdo » ? Un imam des Buttes-Chaumont ? Non. Un représentant de l’une ou l’autre des organisations musulmanes qui avaient porté plainte en 2007 contre l’hebdomadaire et qui verse aujourd’hui des larmes de crocodile, et sera certainement présent demain dimanche à ce rassemblement « républicain » (entendez : le camp du Bien) qui entend exclure un parti représentant 25% des Français ? Pas même.

En fait, l’auteur de cette boutade (un mot qu’en l’occurrence je ferais volontiers venir de l’expression « bouter le feu ») est un collectif rassemblant l’élite (?) des rappeurs français : Akhenaton, Kool Shen, Disiz la Peste, Soprano, Nekfeu, Dry, Lino, Nessbeal, Sadek, Sneazzy, S.Pri Noir, Still Fresh et Taïro. Des athlètes de l’intellect dont le portefeuille prospère sur la naïveté de ceux qui les écoutent. Charb avait alors dénoncé une chanson « fasciste » chantée par des « branleurs millionnaires ». Christiane Taubira ne s’en était pas émue. Ni la presse, pour l’essentiel. Seul Jack Dion, dans Marianne, avait signé un papier furieux où il écrivait de façon prémonitoire : «Certes, il ne s’agit que d’une chanson. Certes, on n’est ni en Afghanistan ni au Pakistan, mais chacun connaît le poids des mots et le choc des formule »
Et quelques lignes plus loin, il ajoutait, avec une grande pertinence : « Le plus inquiétant est que personne ne se soit offusqué d’un engrenage débouchant sur un cri de haine contraire à l’esprit même de la marche de 1983, d’inspiration laïque, et qui était à mille lieues de toute récupération religieuse. À l’époque, il s’agissait de défendre les immigrés. Aujourd’hui, on renvoie immédiatement ces derniers à une essence musulmane supposée ne tolérant aucune critique. »

Ah oui, la marche des Beurs… Cela remonte à 1983, à l’époque où Mitterrand se séparait du PC, après l’avoir descendu, réorientait son action économique dans le sens du tout-libéral (j’y reviendrai), et surtout, dans la perspective de 1988, inventait Le Pen, qu’il faisait inviter à « L’Heure de vérité », ce qui facilitait son élection l’année suivante au Parlement européen, et, en 1986, bénéficiant de la proportionnelle opportunément inventée par la gauche, d’entrer à l’Assemblée nationale. Tout se tient. « On a tout intérêt à pousser le FN. Il rend la droite inéligible. Plus il sera fort, plus on sera imbattables. C’est la chance historique des socialistes ». Tels sont les propos que Franz-Olivier Giesbert prête, non sans vraisemblance, à cet « honnête homme » de Pierre Bérégovoy dans Le Président (1990). J’en connais un, qui était alors directeur de cabinet de divers ministres socialistes, avant d’être nommé à la Cour des Comptes, qui s’en souvient encore, maintenant qu’il est président. Exclure ostensiblement le FN des manifestations de dimanche, c’est lui donner, aux yeux de ceux qui ne reconnaissent plus la représentativité de l’UMPS, une aura de semi-martyr médiatique. Si le plan de tous ces petits malins n’est pas de provoquer en 2017 un affrontement, au second tour, entre François et Marine, je veux bien perdre un œil.

La marche des Beurs (le mot entra l’année suivante dans les dictionnaires) fut initiée par un curé lyonnais, le Père Delorme, spécialisé dans le « dialogue inter-religieux », comme on dit poliment pour désigner la reddition de l’église catholique à l’islam, et un pasteur, Jean Costil, membre de la CIMADE qui a la même fonction œcuménique côté protestant. L’un et l’autre sont de la même génération que Philippe Meirieu, Lyonnais d’adoption, et membre éminent, dans les années 1960, des Jeunesses Ouvrières Chrétiennes — les JOC, c’est son Mai 68 à lui. Tout se tient.

Quand je pense que j’ai défendu Meirieu contre les plus jusqu’au-boutistes des pédagos, ici même… Et que ce même Meirieu, récemment sollicité pour LePoint.fr où je cause Education, a osé me répondre : « Nos relations ne sont pas “comme elles sont”, mais comme vous les avez construites par votre comportement et vos propos. Nul doute que vous ne trouviez quelque jouissance à la pratique de l’injure à mon égard. Mais, dans ces conditions, je préfère utiliser d’autre (sic) canaux que votre interlocution pour faire connaître mes analyses sur l’Ecole de la République. Au nom de l’éthique minimale nécessaire à tout débat démocratique. » On se pare volontiers de probité candide et de lin blanc, quand on est responsable du plus grand désastre scolaire de l’Histoire.

La marche des Beurs, où flottaient quelques keffiehs palestiniens, n’était pas exactement la sauce désirée. Le PS, l’année suivante, inventa SOS Racisme, avec l’argent de l’Elysée et de Pierre Bergé réunis, et le soutien, cette fois, de l’Union des Etudiants Juifs de France. Il fallait canaliser cette belle jeunesse dans une voie électorale adéquate — la « génération Tonton ».
Mais qu’on ne s’y trompe pas. Dans les slogans de l’époque (l’exaltation du métissage et du « mélange » — il y avait eu opportunément une « marche » des mobylettes), c’était déjà de la dissolution de la République qu’il était question.

Saïd Kouachi est né en 1980. Son frère Chérif, deux ans plus tard. Ils ont connu jusqu’à la nausée cette célébration du mélange qui devenait, peu à peu, une célébration de l’identité. Ils ont connu aussi, à l’entrée en collège, les bénéfices de la loi Jospin — qui deux mois après sa promulgation entraînait, au nom de la « liberté d’expression » qu’elle imposait, la première affaire de voiles. 1989 ! C’est tout proche, c’est très loin.
La démocratie à l’algérienne du GIA et du FIS est venue sur ces entrefaites allumer des foyers de terrorisme dans toutes les cités — le PS n’offrait pas une idéologie de substitution assez puissante, il fallut convoquer l’islam.

Zidane, né en 1972, était passé du bon côté de l’école. Même s’il s’est très tôt intéressé au foot, il a appris les fondamentaux. D’ailleurs, il est trop kabyle pour être très musulman, et son père, venu en France avant la guerre d’Algérie, ne lui a pas fait porter le poids d’une algérianité, si je puis dire, exacerbée.
La coupe du monde 1998, puis la coupe d’Europe deux ans plus tard, qui marquèrent son apogée, virent aussi l’émergence de cette France « Black / Blanc / Beur » qui n’était déjà plus du mélange (c’est-à-dire de l’intégration) mais de la juxtaposition communautaire d’entités pseudo-raciales disposées à l’étalage.

La preuve de cet éclatement de l’idéal républicain d’assimilation fut apportée l’année suivante, lors d’un match France-Algérie de sinistre mémoire. Les Renseignements généraux, qui ne sont pas forcément à côté de la plaque, avaient prévenu qu’il y aurait des débordements communautaires. C’était dire qu’en quelques années les communautés s’étaient mises en place. Et que l’islam pouvait tranquillement prospérer dans des crânes vidés par les pédagogues de toute culture commune au profit d’un communautarisme concurrentiel, typique d’une Europe désétatisée, et d’un libéralisme mondialisé.

Le reste, c’est l’actualité. C’est la plainte en 2007 contre Charlie, coupable de caricaturer le Prophète. C’est un premier attentat au cocktail Molotov en 2011, c’est l’appel au meurtre des citoyens-rappeurs en 2013 (Saïd Kouachi a fait du rap, figurez-vous), et c’est mercredi dernier. Fin de partie. Communautarisme 12, République 0. Et le bilan s’est encore alourdi depuis. Parce que ce ne sont pas des cinglés qui tirent à l’aveuglette. Ce sont des tueurs organisés. Des assassins — du persan ḥašišiywn, « les gens de principe, de fondement de la foi ». Il fallait le rappeler.

Immédiatement, chœur des vierges et des bobos, qui dix minutes auparavant trouvaient que Charlie était un journal raciste — et c’est une injure que j’ai trouvée ces jours-ci dans certains forums où ils feraient mieux de se taire, par décence. Récupération de cadavres. Ils sont tombés par terre, c’est la faute à Voltaire — et, paraît-il, à Houellebecq, à Zemmour et à Finkielkraut — si !… Mais qui les a aidés quand il était encore temps ? Le gouvernement a même allégé la protection dont ils bénéficiaient. Jolie fenêtre de tir.
Il n’est plus temps. Umberto Eco a parfaitement formulé la situation : « C’è una guerra in corso e noi ci siamo dentro fino al collo, come quando io ero piccolo e vivevo le mie giornate sotto i bombardamenti che potevano arrivare da un momento all’altro a mia insaputa. Con questo tipo di terrorismo, la situazione è esattamente quella che abbiamo vissuto durante la guerra. » Oui, c’est une guerre, une guerre à distance contre l’Etat islamique, devenue une guerre de proximité — et Eco a raison, c’est comme en 1940 : qui collaborera, et qui résistera. Et nous nous y sommes plongés jusqu’au cou nous-mêmes, en cédant sur l’universalisme républicain, en cédant sur la laïcité, en cédant sur la transmission de la culture commune. En acceptant des voiles à l’université et dans les sorties scolaires : la femme de Chérif Kouachi en porte un intégral. L’Ecole qu’ont fréquentée toutes ces têtes creuses mériterait de figurer dans une nouvelle Histoire de l’Infâmie.

Et Zidane, qui avait appelé son fils Enzo, aurait décidé — info ou intox — de le rebaptiser Mokhtar. Les sites islamiques s’en réjouissent, dans l’orthographe rectifiée qui est la leur : « Cet convertion de Zidane dans ces jours-ci que les pays occidentaux veulent anéantir le visage de l’islam en créant les terroristes de Daesh dans la région du Moyen-Orient. » Sic.

Mais ce n’est pas important, l’orthographe…
Eh bien si. Je crois même que c’est un critère, parmi d’autres, pour reconnaître les apprentis jihadistes.

Écrasons l’infâme.

*Photo : CHAMUSSY/SIPA. 00510153_000001.

Le djihad, c’est fou!

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« Aux jeunes qui partent en Syrie, je veux dire qu’il y a 1 000 combats à mener dans la République, pour la France. » Le ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve, plein de sollicitude pour les apprentis djihadistes, tenait ce discours d’assistante sociale au printemps dernier sur Twitter. Depuis, la France a appris à connaître ses enfants perdus dans les bras de l’État islamique, avec son cortège de vidéocrimes scénarisés et d’esclaves sexuelles.

Convertis ou musulmans de souche, profil Maxime Hauchard ou Mehdi Nemmouche, ces sauvageons à barbe ne se contentent plus de mots, ils passent à l’acte.

Samedi 20 décembre, la France a découvert l’existence de Joué-lès-Tours, petite bourgade où Bertrand Nzohabonayo alias « Bilal » a attaqué un commissariat au couteau, sans faire de victime heureusement. Le jeune homme d’origine burundaise, notoirement inconnu des services de police comme s’est empressé de préciser la Place Beauvau, affichait le drapeau de l’État islamique sur son compte Facebook. Dans la foulée, son frère, islamiste fiché par la DGSI, se faisait ceinturer à Bujumbura, capitale de leur pays natal. La fratrie Nzohabonayo, convertie à l’islam depuis plusieurs années, montrait des signes extérieurs de piété, jusqu’au prénom Bilal, hommage au premier muezzin de l’islam, un esclave abyssin que Mahomet aurait affranchi et tiré des griffes du paganisme. Diagnostic du docteur Cazeneuve : « L’enquête révélera quel était son état psychologique (…), il semblait quand même à la fois très mystérieux, très déstabilisé, peut-être aussi par des circonstances familiales.» 

Moins de vingt-quatre heures après l’attaque de Joué-les-tours, le conducteur d’une voiture folle fonce dans la foule et renverse une dizaine de piétons à Dijon, aux cris d’« Allahou Akbar » (Dieu est le plus grand). Justifiant son acte par la souffrance des enfants palestiniens et tchétchènes, ce dingue pas très doux maîtrise parfaitement la rhétorique de l’islamiste postmoderne, puisqu’il accomplit son djihad pour venger le « martyre » des populations musulmanes « opprimées ». Son CV psychiatrique chargé – plus de 150 internements en dix ans – prouve qu’on peut être totalement frapadingue sans renier son credo islamiste. Bernard Cazeneuve et Manuel Valls ont insisté sur la dimension pathologique de ces actes qui n’ont bien évidemment « rien à voir avec l’islam ». Et des brumes de Saint-Pierre-et-Miquelon, François Hollande nous a exhortés à « ne pas céder à la panique, aux amalgames ». On le sait bien, le principal péril qui menace la France n’est pas le djihadisme, mais l’amalgamisme. Or, ce péril, un homme l’incarne et le nourrit : Éric Zemmour, voilà l’ennemi !

De Manuel Valls à Edwy Plenel, les princes qui nous gouvernent psychiatrisent volontiers les idées qui leur déplaisent, fussent-elles partagées par des millions de Français. S’ils câlinent les jeunes djihadistes, victimes selon eux de leur propre folie, ils montrent beaucoup moins d’indulgence pour d’honnêtes citoyens dont la seule folie consiste à écouter Éric Zemmour. « L’engrenage médiatique le rend fou », diagnostiquait Laurent Ruquier il y a quelques mois, sans doute une façon pour cet homme de gauche de se faire pardonner le temps de parole qu’il a jadis accordé à Zemmour. Le réac est fou mais, lui, pas question de le disculper comme le premier fan de Daesh venu ; ce dingue ultra-populaire, la police de la pensée l’a inculpé et viré d’iTélé !

Certains de ses confrères ont applaudi ce licenciement des deux mains, comme l’Union des écrivains soviétiques saluait hier l’internement d’un ennemi du peuple. Le patron de Mediapart nous a ainsi offert un tweet savoureux : « Mieux vaut tard que jamais. Après avoir banalisé en opinion son délire raciste, certains médias découvrent l’idéologie meurtrière de Zemmour » Certes, il y a des idées qui tuent, mais où sont les charniers du zemmourisme ?

Si notre Premier ministre fait si souvent référence au réprouvé Zemmour, jusqu’à publiquement déconseiller de lire Le Suicide français, si le porte-parole du gouvernement se croit obligé d’exhiber son brassard « de républicain et d’homme de gauche » lorsqu’on l’interpelle sur le limogeage de ce fieffé réac, c’est qu’il y a le feu au lac. Comme l’analyse avec brio le géographe Christophe Guilluy (voir « La gauche divine et ses apostats », pp. 82 -85), la diabolisation fournit des rustines commodes à une gauche multirécidiviste du déni de réel. Pour Manuel Valls, notre pays est en effet un paradis multiculturel parasité par les chantres d’une « vision triste, enfermée sur elle-même, rance, qui n’est pas celle de la France ». Une poignée d’affreux dépressifs pourrit donc la vie idyllique de ses concitoyens avec ses peurs irrationnelles et ses fantasmes nauséabonds. Puisque tout va bien dans le meilleur des mondes, il est curieux que Zemmour suscite une telle panique. C’est à se demander si nos gouvernants n’auraient pas eux aussi besoin d’une bonne rééducation!

Elisabeth Lévy, Sigmund Freud, Heinrich Heine : le pardon et l’humour juif

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La patronne de Causeur sort enfin du bois. Elle avoue non seulement qu’elle est Charlie, flic et juive, mais carrément qu’elle préfère l’humour juif au pardon chrétien.

Quel humour juif ? Freud nous en donne un échantillon dans  Malaise dans la civilisation.

« Un grand poète peut se permettre d’exprimer, tout au moins en plaisantant, des vérités psychologiques sévèrement prohibées. Ainsi, Henrich Heine avoue-t-il: « J’ai les dispositions les plus pacifiques. Voici mes souhaits: une modeste cabane, un toit de chaume, mais un bon lit, une bonne nourriture, du lait et du beurre, bien frais, devant la fenêtre des fleurs, devant la porte quelques beaux arbres, et si le bon Dieu veut me rendre tout à fait heureux, il me fera connaître la joie de voir, disons six ou sept de mes ennemis pendus à ces arbres. D’un coeur ému, je leur pardonnerai avant leur mort tous les torts qu’ils m’ont infligés dans la vie – certes, il faut pardonner à ses ennemis, mais pas avant qu’ils ne soient pendus. »

 

Canal + : Charlie encensé, mais Charlie censuré!

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ali baddou charlie hebdo

Guillaume Meurice est en colère. Pas comme à son habitude contre Sarkozy, Le Pen ou le grand patronat. Ou plutôt si, contre son patronat à lui, le groupe Vivendi-Canal-Plus.

Figurez-vous que ce garçon avait l’intention de montrer face aux caméras de « La Nouvelle Edition » sur Canal +, dont il est chroniqueur régulier, un dessin de Charb. D’après nos honorables correspondants à Boulogne-Billancourt, ledit dessin moquait certains extrémistes se réclamant d’une religion monothéiste qui n’est ni le judaïsme ni le christianisme.

En choisissant de publier ce dessin, ce garçon, que j’aurais volontiers qualifié de crétin intégral en d’autres circonstances, a donc prouvé qu’il était un brave. Mille excuses rétrospectives, Guillaume.

Hélas, tout le monde ne partage pas cette vision du monde. La direction de Canal Plus a formellement interdit « pour raisons de sécurité » à Guillaume de montrer ledit dessin à l’antenne. On aurait pu en rester là, entre gens de bonne compagnie.

Heureusement, Guillaume Meurice a donné la preuve qu’on pouvait être à la fois un antiréac obtus et un honnête homme, en rendant publique cette censure sur sa page Facebook. Voilà ce qu’il a écrit:

« Aujourd’hui « pour des raisons de sécurité », on refuse que je diffuse un dessin de Charb sur Canal Plus dans « La Nouvelle Édition ». Aujourd’hui, « pour des raisons de foutage de gueule », je ne ferai pas de chronique sur Canal Plus dans La Nouvelle Édition. »

guillaume meurice canal

Quelques heures plus tard, la direction de Canal + a répondu à son message via Twitter , en  publiant ce communiqué signé Charlie +, fallait oser : « Canal+ défend depuis toujours la liberté d’expression et continuera à diffuser des caricatures, et ce sans céder à la provocation. »

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Contactée par le site Puremédias , la direction de Canal a été plus explicite (les mêmes explications, au mot près, ont été données à Télé 7 Jours) : La décision de publier ou non un dessin à un instant donné et dans un contexte donné relève d’un choix éditorial de chaque instant, étant entendu que la liberté d’expression ne suppose pas de céder à toute forme de provocation »

La censure de Charb n’avait donc rien à voir avec la sécurité du Fort Knox de Vivendi, mais c’est bel et bien « un choix éditorial » visant à ne pas faire de « provocation » . Provoquer qui, au juste, Canal ne le dit pas. Peut-être en avez-vous une vague idée, moi aussi.

Au fait, vous ne le saviez peut-être pas, mais « La Nouvelle Edition », c’est l’émission dirigée par Ali Baddou. Ali Baddou qui le 7 janvier dernier commentait ainsi à l’antenne la sortie du roman Soumission de Michel Houellebecq : « Ce livre m’a foutu la gerbe, autant le dire aussi simplement que ça, je me suis senti insulté. On est en 2015 et l’année démarre avec ça, c’est-à-dire avec l’islamophobie, installée et diluée dans le livre d’un grand romancier français. C’est un livre qui, pour moi, habitue au racisme antimusulman. »

Comme Ali Baddou n’a pas, à ma connaissance, réagi à cette censure avérée de Charlie dans sa propre émission, j’aimerais qu’il réponde à ces deux questions :

Le dessin de Charb lui a-t-il « foutu la gerbe » ?

Approuve-t-il qu’on ait empêché Charb d’habituer, fût-ce post mortem, le public « au racisme antimusulman » ?

Une dernière réflexion pour la route, que je donne à méditer à tous mes copains moralistes antifas à donf de Canal et d’ailleurs. L’antifa à donf utilise souvent la jurisprudence Niemöller[1. Emprisonné en camp de concentration depuis 1937 par les hitlériens, le pasteur protestant Martin Niemöller a écrit à Dachau, en 1942, ce poème sublime : « Lorsque les nazis sont venus chercher les communistes, je n’ai rien dit, je n’étais pas communiste. Lorsqu’ils ont enfermé les sociaux-démocrates, je n’ai rien dit, je n’étais pas social-démocrate. Lorsqu’ils sont venus chercher les syndicalistes, je n’ai rien dit, je n’étais pas syndicaliste. Lorsqu’ils sont venus chercher les juifs, je n’ai rien dit, je n’étais pas juif. Lorsqu’ils sont venus me chercher, il ne restait plus personne pour protester. »] pour combattre la bête immonde. Ils ont eu la preuve que ceux qui ont fait taire Zemmour, parfois hélas, sous leurs applaudissements, sauront faire taire les gauchistes qui pensent hors des clous demain.

C’est exactement ce que Canal a fait selon Guillaume Meurice : même après les dix-sept morts de cette semaine, la dénonciation de l’islamofascisme n’est pas un bon « choix éditorial ».

Juifs de France : le désastre et l’urgence

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Tous les samedis matins, aux alentours de midi, vers la fin de l’office religieux de shabbat, dans toutes les synagogues de France, nos compatriotes juifs, encore nombreux, qui ont le courage de se rendre dans ces lieux de culte bunkerisés, et protégés par les forces de l’ordre, récitent une prière pour la République Française où il est demandé au dieu des hommes de bénir et de « protéger la République et le peuple français ». Quelques minutes avant de se disperser rapidement – sécurité oblige –  ces fidèles juifs expriment ainsi leur amour pour la République et le peuple français.

Pour combien de temps ?

Ils sont aujourd’hui déjà moins nombreux qu’il y a quelques mois. La France se vide de ses juifs ; l’exode a commencé. Dans quelques années, le risque est grand que tous ces édifices cultuels qui font partie de l’histoire de France soient vidés, comme le sont aujourd’hui les synagogues « musées » des pays d’Europe de l’Est ou d’Afrique du nord. Une partie de la communauté nationale, victime de véritables persécutions, s’estime aujourd’hui contrainte de fuir la République qu’elle chérit pourtant.

Car il faut nommer les choses, pour en prendre la mesure. L’un des plus graves attentats antisémites en France depuis la fin de la seconde guerre mondiale vient de survenir dans les circonstances que l’on sait. Il fait suite à une décennie de statistiques alarmantes et de crimes perpétrés, dont l’horreur, comme la fréquence, ne cessent de s’aggraver, mois après mois et années après années. Merah et Nemmouche, héros d’hier, ont inspiré les héros du jour que sont Coulibaly et les frères Kouachi. Ces derniers sont déjà, en certains lieux de notre République, en train d’être célébrés par des jeunes dont la plupart sont nés en France et ont été éduqués par la République Française. Il suffit, pour s’en rendre compte, de pianoter quelques minutes sur internet ou de lire le compte-rendu fait par certains journalistes des difficultés rencontrées par des enseignants lors de la minute de silence prônée par le Président de la République le 8 janvier.

C’est bien de persécutions dont les juifs sont victimes. On peine à les identifier comme telles car elles ne sont fort heureusement pas le fait des gouvernants. Mais, depuis plus d’une dizaine d’années, on ne voit pas où on fait semblant de ne pas voir, que les juifs de France ne sont plus exactement des citoyens comme les autres. Ils le sont bien sur juridiquement, mais toute différente est la réalité de leur situation. Dans la République, l’insécurité les environne, les encercle, les oppresse, les frappe. Être juif en France, c’est souvent choisir entre judéité et sécurité, et c’est en tout cas toujours s’adapter pour concilier la première avec la seconde. La vie quotidienne d’un Juif en France, c’est passer sans cesse des portiques de sécurité pour accéder à des simples lieux de vie communautaire. C’est aussi, pour ceux qui veulent procurer une éducation juive à leurs enfants, les accompagner dans des écoles bunkers, configurées et protégées par la police et, nous dit-on désormais par l’armée, pour faire face à un assaut ;  envoyer ses enfants dans des colonies de vacances juives relève d’un acte courageux, comme l’est désormais celui de faire ses courses de shabbat dans une épicerie casher ou de prendre l’avion pour se rendre en Israël. Etre juif en France c’est prendre l’habitude de se cacher, ou cacher ses signes religieux, au risque de se faire tabasser. C’est assister, groggy et médusé, aux déferlements de haine quotidiens et démesurés dont chaque action ou abstention de l’Etat d’Israël constituent le prétexte bien commode : ils sont le fait de blogueurs, d’intellectuels, de fous, de manifestants, d’humoriste et d’assassins ; la haine inonde les tweets, slogans de manifestations et commentaires d’internautes. La haine anti-juive, innombrable, est partout. Elle menace. Elle agresse. Et elle tue.

 

Les juifs sont seuls. Abandonnés à leur triste sort, puisque, jour après jour, celui-ci ne change pas mais au contraire s’aggrave. Le signal d’alarme a été tiré cent fois. En vain. Naturellement, les institutions ne sont pas avares de mots aussi réconfortants que grandiloquents et assurent le minimum minimorum consistant, du mieux que possible, à protéger nos compatriotes juifs. Mais les mots, les participations aux célébrations et commémorations ne changent pas grand chose à la réalité des faits qui s’amplifie sans cesse.

Le pire du pire, si l’on peut dire, c’est qu’il est pratiquement interdit aux juifs de nommer leur malheur. Les voix juives, mais aussi les autres, qui mettent en parallèle les concessions inadmissibles que la République a faites à la Laïcité et la faillite du système d’intégration, comme d’éducation, dans les territoires perdus de la République, n’ont pas le droit de cité. Les partisans d’une laïcité sans concession sont qualifiés d’islamophobes, ou suspectés d’appartenir à l’extrême droite : leur voix est inaudible, pour ne pas dire illégitime. Le rouleau compresseur médiatique les rend coupable.  Leur exclusion du monde légitime des idées est parfois demandée. Ils prêchent dans le vide.

La réalité est pourtant là : le vivre-ensemble à la Française, tel qu’il est actuellement en train d’être conçu et qui s’inscrit dans le désastreux sillage du droit à la différence prôné par SOS racisme, se forge depuis 30 ans au détriment, certes de la communauté nationale, mais surtout, dans les faits concrets, contre les juifs. C’est le vivre-ensemble, certes, mais avec des juifs, menacés, tétanisés et bunkerisés, laissés sur le côté. C’est le vivre «presque » ensemble. Sans les juifs. Plus le voile a été toléré, moins on a pu, sans danger, porter la kippa en France ; moins les principes fondateurs de la République sont enseignés, ou peuvent l’être, dans les écoles, plus on casse du juif. Le parallèle historique entre les concessions jospiniennes au voile islamique au début des années 90 et l’apparition du nouvel antisémitisme que l’on n’a, dans un premier temps, pas voulu admettre avant qu’il ne s’impose factuellement à la face des politiques est saisissant. Le dire relève de l’islamophobie. L’exprimer relève du délit d’opinion.

Pour toutes ces raisons, l’exode, qui n’est aujourd’hui plus simplement justifié par la solitude de la communauté juive, mais aussi par la protection de  son intégrité physique, est en marche. Rien de sérieux n’a jusqu’à maintenant été fait pour retenir les juifs qui, victimes d’oppressions multiples dans leurs vies quotidiennes, et craignant pour leur sécurité, ne parviennent pas à voir, ici un avenir pour eux, leurs enfants et petits-enfants. Ils sont sous nos yeux en train de fuir, toutes choses égales par ailleurs, pour les mêmes raisons, que leurs parents, grands parents et arrières grands parents d’Europe de l’est ou d’Afrique du Nord. Et la plupart de ceux qui n’ont pas  encore fait leurs valises y pensent, jour après jour, de plus en plus sérieusement, avec tristesse et déchirement.

C’est un désastre historique auquel nous sommes en train d’assister. Les mots forts prononcés le 13 janvier par Manuel Valls à Paris et Ségolène Royal à Jérusalem à l’endroit de la communauté juive révèlent peut-être une prise de conscience et un sursaut. L’avenir dira si les actes, qu’il faudra précis et sans concession, seront à la hauteur de la grandiloquence des discours et si, pour protéger ses juifs, la République prendra les mesures nécessaires pour reconquérir ses territoires perdus. Derrière ce désastre qu’est l’exil des juifs en cours, c’est en fait l’avenir de la République qui se joue.

*Photo : Ariel Schalit/AP/SIPA. AP21677696_000025.

Charlie Hebdo : Désolée, je ne pardonne pas !

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charlie hebdo luz liberation

Si j’ai bien compris, dans la nouvelle France réconciliée, on a le droit de s’engueuler sans se fâcher ni s’insulter. Après tout, le pire hommage qu’on pourrait rendre à Charb, Cabu et les autres serait de les ensevelir dans la guimauve du consensus mou. Alors, que les survivants ne m’en veuillent pas, mais leur nouvelle « une » m’a passablement déconfite. Le mot « pardon », désolée, mais ça ne passe pas.

Dommage, car pour l’essentiel, Luz avait réussi l’exploit d’être vachard sans gâcher la fête: avec sa larme à l’œil et sa pancarte « Je suis Charlie », son Mahomet est à l’unisson de la belle humeur fraternelle du moment, prêt à souffrir avec nous, ce qui, après tout, est le boulot d’un prophète. Ce dessin s’amuse sans méchanceté, et même avec tendresse. Miraculé et en première ligne, Luz est en mode aimant: le prophète des dessinateurs, dit-il en substance, est un petit bonhomme très sympathique, bien plus que celui des islamistes. Il aurait eu toute sa place dans la manif républicaine de dimanche. Mahomet avec nous ! Peut-on imaginer message plus apaisant ?

L’ennui, c’est qu’il n’apaise pas tout le monde. En réalité, et Luz le sait, le simple fait de représenter le Prophète est un pied de nez aux assassins, c’est-à-dire un acte de courage, inouï dans les circonstances actuelles. Peu importe aux brutes que le prophète soit ou non à son avantage, le dessiner, c’est l’offenser, point barre. Bon, ça passera pour cette fois mais après, tolérance zéro, on vous aura prévenus : avec un spectaculaire sens du symbole, Amar Lasfar, président de l’Union des organisations islamiques de France (UOIF), a averti qu’il saisirait la justice si Charlie publiait une nouvelle représentation du prophète. Les douze morts de Charlie n’ont pas non plus ébranlé les certitudes d’Abdallah Zekri, membre du CFCM et président de l’Observatoire contre l’islamophobie: « Ça va mettre de l’huile sur le feu, déclare-t-il au Figaro. Je ne veux pas être désobligeant avec ces journalistes mais ils continuent la provocation (…) Mahomet, Mahomet, toujours Mahomet… Il est mort il y a 15 siècles! ». Après l’incendie qui avait détruit les locaux de l’hebdo en 2011, Charb avait croqué en « une » un homme des cavernes, tenant de l’huile dans une main et le feu dans l’autre, avec cette légende : l’invention de l’humour.

charb charlie hebdo

Apparemment, la bonne nouvelle n’est pas parvenue à monsieur Zekri, ni à la presse américaine qui, d’après Richard Malka, l’avocat de Charlie (et de Causeur !) a décidé de ne pas publier cette « une ». Quant à la direction de Canal +, elle doit ignorer que l’islam est une religion de paix et de tolérance : elle a prudemment refusé de diffuser une chronique illustrée par un dessin de Charb. Notre copain et confrère n’a pas encore été enterré, et Canal se soucie de ne pas froisser ceux qui ont contribué, par leurs attaques et dénonciations répétées, à affermir la haine des tueurs.

 

Dans une tribune hésitant entre sottise et abjection parue dans Libération, Laurent Chalumeau, écrivain de son état, s’interroge faussement. « Que «nous» reprochaient ces gens ? Quelques crobards de Mahomet cul nu ? Allons ! Un peu de sérieux. Personne ne tue pour ça. Pourquoi, alors ? Pourquoi tant de haine ? » Bien entendu, l’expert en haine a la réponse : ce n’est pas sur la liberté d’expression qu’on a tiré, mais sur « nous », « nous qui, depuis des années, faisons tout, jour après jour, pour pousser des Français arabes à la faute » – parle pour toi mon vieux. Et au bout de son viseur, Chalumeau finit par trouver Zemmour, quelle surprise. En somme, si d’aimables jeunes gens sont devenus des meurtriers fanatiques, c’est parce que Zemmour les a énervés. Il fallait oser.

Si je m’attarde sur ces élucubrations, c’est qu’elles montrent que certains cerveaux sont  décidément imperméables au « réveil des consciences » dont chacun se félicite. Déjà le camp du déni, droit dans ses bottes, invente le nouveau langage de l’excuse. Ici, Benoît Apparu dénonce le « totalitarisme laïcard » – saviez-vous que le laïcardisme a tué à Paris ?–, là des professeurs se flagellent parce que « nos enfants ont tué nos frères », ailleurs des responsables associatifs et autres défenseurs de la « laïcité ouverte » appellent au respect des religions – et pendant ce temps Edwy Plenel lutte contre le Front national. Tous parviennent peu ou prou à la même conclusion : c’est « nous » qui avons fabriqué les frères Kouachi et Coulibaly. Enfin, nous, c’est une façon de parler. Parce que quand Chalumeau, Zekri et les autres disent « nous », ils veulent dire « vous », vous les salauds, les réacs les beaufs racistes.  Nous, quoi.

On l’aura compris, ce qui nous plombe, si on ose dire, ce n’est pas le refus de la critique, ce n’est pas la haine du pluralisme, c’est la critique, c’est le pluralisme lui-même. Face à un aveuglement aussi stupéfiant, le message presqu’évangélique du Charlie des survivants met encore plus mal à l’aise. Tout est pardonné ? Qui est pardonné ? Qui pardonne ? Interrogé sur France Info, le rédacteur en chef Gérard Biard a balayé toute ambigüité. « C’est nous qui pardonnons », a-t-il affirmé. Pardon ? Pardonner ? Aux assassins ? Non, pas aux assassins, dit-il. Mais alors à qui ? À ceux qu’il a offensés ? – ça va faire un paquet de monde. À ceux qui, depuis 2006, dénoncent, accusent, font des procès ? Aux  confrères aujourd’hui extatiques qui, toutes ces années, faisaient la moue : « La liberté, d’accord, mais tout de même ils exagèrent » ? À tous ceux qui, depuis des années, prônent l’apaisement face aux islamistes ? À ceux qui n’étaient pas place de l’Hôtel de Ville après l’incendie de novembre 2011 ?

Et puis, pour être pardonné, il faut demander pardon, y compris, me semble-t-il, chez les catholiques qui l’ont plus facile que les autres. Mais au contraire, tous ceux qui, depuis des années, ne veulent rien voir, rien entendre et rien savoir se félicitent de n’avoir rien vu et nous enjoignent encore de nous bander nous-mêmes les yeux. La France est en guerre, on nous l’a assez répété. Alors l’heure n’est pas au pardon, mais au combat. Non, décidément, je ne pardonne pas. Ni aux assassins, ni aux aveugles.

*Photo : PALACIO DOMINIQUE/SIPA. 00701762_000019.

Charlie Hebdo : « C’est dur d’être aimé par des cons » ressort en salle ce mercredi

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Nous venons de recevoir le communiqué suivant, que nous reproduisons bien volontiers, et in extenso

« Il y a 8 ans s’ouvrait le procès de Charlie Hebdo, assigné en justice pour avoir reproduit les 12 caricatures danoises de Mahomet. Le procès a abouti à la relaxe de Charlie Hebdo au nom de la liberté d’expression.
 Cette histoire est l’objet d’un documentaire: C’est dur d’être aimé par des cons, réalisé par Daniel Leconte et produit par Film en Stock en 2008. Cette parole est plus que jamais d’actualité. Le film ressort en salle mercredi 14 janvier sur plus de 70 copies dans toute la France. Toutes les recettes liées à la ressortie (salles et DVD) seront reversées à Charlie Hebdo et aux familles des victimes. »

Ce que ce communiqué de Film en Stock ne dit pas, pour cause de modestie bien compréhensible, c’est à quel point le film de Daniel Leconte est intelligent, éclairant  et en un mot, excellent.

Courez-y !

charlie hebdo daniel leconte

Enseigner l’histoire, c’est combattre l’antisémitisme

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ecole antisemitisme liberation

Après l’assassinat de quatre juifs par Amedy Coulibaly le 9 janvier porte de Vincennes, nous publions cet article refusé par Libération en octobre 2014.

La rédaction

Si nous étions taquins, nous pourrions moquer Libération qui semble découvrir, ces jours-ci, et notamment aujourd’hui, que les juifs de France ont peur. Mais il faut les comprendre, à Libération : jusque-là, il  y avait juste eu la mort d’Ilan Halimi, les assassinats dans l’école juive perpétrés par Merah, la tuerie de Nemmouche et les multiples actes antisémites depuis quinze ans que les acteurs de terrain n’ont cessé de dénoncer sans que jamais le journal ne daigne prendre conscience de la réalité de la situation.

Ah mais non ! Vous diront-ils. Regardez ! Nous avons, entre autres, organisé, en octobre 2014, avec l’American Jewish Commitee et Fondapol, en collaboration avec Le Figaro, un colloque à Sciences Po et même que vous étiez convié ! Oui, c’est vrai, j’étais convié mais n’avais pu m’y rendre. Néanmoins, Libération et le Figaro devaient donner une suite à ce colloque, ouvrant leurs colonnes à des textes des participants. On me demanda alors une libre opinion pour Libération, avec, pour consigne, de faire un état des lieux de ce qui se passait sur le terrain, de faire apparaître une éventuelle évolution et enfin, de proposer des solutions. Je m’exécutais donc. Mais Libération ne voulait pas nommer les choses, alors le texte fut refusé. « Trop violent » me dit-on alors[1. Je tiens à disposition les échanges mail pour qui douterait de la réalité de la chose.]. Libération n’avait encore rien vu… ni compris.

Il est assis, la tête baissée, dans le bureau du Chef d’établissement. Il tente de nier, répondant difficilement aux questions. « Non, c’est pas moi », puis il finit par avouer à demi-mot. « Mais y a pas que moi ! L’autre il arrête pas de dire que s’il voit un juif il le tue !» ; « Donc, reprend le Principal du collège, tu confirmes ce que le professeur a entendu en classe, tu as bien dit « quand ce sera la fin du monde, les juifs seront exterminés » ? « Y a pas que moi…  » articule péniblement le gamin de 13 ans, incapable d’expliquer ni sa phrase ni les raisons de celle-ci. Cette scène s’est déroulée début octobre, dans un collège de Seine-Saint-Denis.  Elle frappe par la violence des propos mais elle témoigne aussi de la réactivité de l’administration de cet établissement scolaire, ce qui n’est pas toujours le cas.

Il serait néanmoins faux d’affirmer que des jeunes n’ont que cela à la bouche et ne rêvent que d’en découdre, tant ces discours peuvent apparaître comme sporadiques et ponctuels. Toutefois, tout professeur d’histoire, sait que, chaque année, il peut être amené à répondre à des assertions, des contestations, des interrogations faussement naïves qui sont autant de manifestations antisémites car il serait aussi erroné de penser qu’elles ne sont que propos d’adolescents en perte de repères. Quand cela fait plus de quinze ans que les établissements scolaires de certains territoires affrontent ce type de discours, quand les assassins de Toulouse et de Bruxelles sont passés par nos collèges, ce n’est ni ponctuel ni sporadique, cela ressemble à un fait culturel.

Non, les classes de banlieue ne sont pas à feu et à sang dès qu’il est question du nazisme, de la Shoah ou du Proche-Orient, mais chacun sait que ces cours peuvent être difficiles, que le professeur doit être prêt à lutter pied à pied, à ne rien laisser passer, à rappeler aux élèves ce que l’on peut dire et ce qui tombe sous le coup de la loi. Ces rappels à la loi sont nécessaires car l’école est parfois le seul lieu qui leur permet de s’extraire d’un discours qui peut être dominant autour d’eux, laissant accroire qu’il est la norme. Mais cet antisémitisme ne sera pas combattu efficacement par des leçons de morale qui ne convaincront pas un antisémite convaincu ; ni par un catéchisme antiraciste avec lequel les élèves sont tous d’accord. La loi fixe les limites et elle doit être appliquée. En revanche, les élèves qui tiennent ces propos ne sont pas tous, loin de là, des idéologues, des Merah en puissance et, avec ceux-ci, il faut faire un travail de fond. Leur antisémitisme repose d’abord sur l’ignorance et les confusions alimentées entre autres par internet et les réseaux sociaux où tout le monde est spécialiste de tout, mais aussi, parfois, par un sentiment d’exclusion, de jalousie, face au poids qu’ils pensent que l’école donne à la Shoah.

Or, ce n’est pas à l’école, mais dans la société que la Shoah est omniprésente, pouvant entraîner un sentiment de trop-plein dont ont dernièrement témoigné les fans d’un ex-humoriste. Mais ce problème n’est pas lié à un défaut de mémoire ; on ne cesse de se souvenir, mais sans vraiment connaître. Ce qui fait défaut, c’est l’histoire. Le cours d’histoire doit faire apparaître clairement la portée universelle de la Shoah, sans faire dans le victimaire et le dolorisme, mais en lui donnant toute sa dimension politique. Il s’agit bel et bien, ce qui paraîtra surprenant à certains, de disqualifier le nazisme, sa vision complotiste et obsidionale du monde, de faire comprendre aux élèves que l’idéologie nazie enfermait l’être humain, quel qu’il fut, dans une vision utilitariste basée sur une conception biologico-raciale de l’humanité. C’est pour cela que furent assassinés des dizaines de milliers d’Allemands considérés comme porteurs de vie qui, alors, « ne méritent pas d’être vécues ». Disqualifier le nazisme, c’est disqualifier l’antisémitisme qui s’inscrit pleinement dans cette vision du monde, mais cela n’exonère pas d’expliquer d’où vient la haine antijuive. L’antisémitisme actuel ne tombe pas du ciel, c’est une très vieille histoire et il faut la raconter.

*Photo : wikicommons.

Les mêmes dangers pèsent sur l’Europe et sur Israël

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israel multiculturalisme antisemitisme

Le sionisme s’est pensé dès l’origine comme une entreprise de normalisation. Avec la création de l’État d’Israël, les juifs ont voulu se mettre à l’heure des nations européennes. Or, au même moment, ces nations changeaient d’heure, elles devenaient des sociétés post-nationales. Et cela au nom même de la mémoire d’Auschwitz. Méditer le malheur des juifs en Europe, c’est appeler à la venue d’une humanité que ne romprait aucune séparation intérieure. L’Europe se targue de donner l’exemple en empruntant, pour ne jamais exclure personne, la voie rédemptrice de l’indétermination. Fuir éperdument le spécifique, l’enracinement, le charnel, l’héritage, l’appartenance : telle est la mission auto-civilisatrice que s’assigne l’Europe en tant qu’Union européenne. Comme l’écrit le philosophe Jean-Marc Ferry, « l’identité européenne est une identité dont le principe consiste à s’ouvrir à d’autres identités ».

>Depuis le début des Temps modernes, la culture était, pour le dire avec les mots de Kundera, « la réalisation des valeurs suprêmes par lesquelles l’humanité européenne se comprenait, se définissait, s’identifiait ». Aujourd’hui, ce n’est plus la culture qui occupe cette place, c’est le respect des autres cultures, et notamment de celles qui ne respectent pas l’Europe. Israël est ainsi condamné de plus en plus souvent en tant qu’État juif.[access capability= »lire_inedits »] Il est, selon les tenants du devoir de mémoire, l’État occidental qui n’a tenu aucun compte de la Shoah. Et le sionisme, œuvre de normalisation, devient une anomalie, ou, comme l’a écrit Tony Judt, un « anachronisme ». Il faut croire que la Bible avait raison et que les juifs sont voués, quoi qu’ils fassent, à un destin séparé. En tout cas, Natan Sharansky voit juste : plus l’Europe sera multiculturelle et moins les juifs s’y sentiront chez eux. Je n’en conclus pas qu’ils doivent maintenant faire leurs valises, mais si les juifs ont un avenir en tant que juifs, c’est dans une Europe européenne et dans une France encore française, c’est-à-dire fidèle à elle-même.

Quant à l’avenir d’Israël, il est obscurci par une menace interne que Sharansky refuse de prendre en compte. Si les Israéliens ne trouvent pas le courage de se séparer des Palestiniens, alors l’État juif deviendra inexorablement un État binational. Et son modèle sera soit l’apartheid, soit, plus vraisemblablement, le Liban. Comme l’écrivait Bernard Lewis dès 1991, Israël risque de « devenir une association, une de plus, entre des ethnies et des groupes religieux en conflit. Les juifs se trouveraient dans la position dominante qu’avaient autrefois les maronites et la perspective d’un destin à la libanaise en fin de parcours ». La politique d’implantations est suicidaire, et seul un divorce avec les Palestiniens permettra au directeur de l’Agence juive en Israël de continuer à dire : « Bienvenue dans l’État juif et démocratique. »[/access]

 *Photo : wikicommons.

Grazie mille Anita Ekberg

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« Marcello, come here ! » Tout homme, qui fut adolescent sous le magistère cinématographique de Federico Fellini, garde un souvenir ému de la sculpturale Anita Ekberg rafraîchissant son large buste en fermant les yeux. Ah ! rejoindre Anita dans la fontaine Trevi, à Rome, répondre à l’invitation de sa voix mêlée au son perlé de la cascade, se blottir dans ses bras aimables, succomber à ce non-péché originel, à cette origine du monde, de la vie, de la dolce vita… 

Née à Malmö (Suède) en 1931, élue Miss Suède, repérée à Atlantic City parmi les finalistes du concours de Miss Univers en 1951, choisie pour le rôle de Sheena, reine de la jungle, série télévisuelle[1. Elle préféra suivre John Wayne, qui lui donna sa chance hollywoodienne dans Blood Alley. Irish McCalla, splendide blonde, plus athlétique, d’abord écartée, fut une impeccable reine de la jungle. Elle fit beaucoup pour le succès des grandes pulmonaires vêtues de quelques centimètres de peau de léopard.], elle reçut un Golden globe en 1956, au titre de « New Star Of The Year, Actress », pour son rôle de jeune femme chinoise (!) dans Blood Alley (L’Allée sanglante), de William Wellmann, avec John Wayne et Lauren Bacall.

Elle vivait presque dans la misère, alors qu’un peu de la collecte quotidienne des pièces de monnaie jetées dans cette même Trévi, destinée aux nécessiteux, lui aurait assuré une retraite plus confortable.

Marcello est mort, Fellini aussi, et Anita itou : à la fin, c’est toujours la même qui gagne !

Frères Kouachi : Génération Zidane et génération rap

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freres kouachi charlie hebdo rap

freres kouachi charlie hebdo rap

Qui a demandé, l’année dernière, « un autodafé pour ces chiens de Charlie-Hebdo » ? Un imam des Buttes-Chaumont ? Non. Un représentant de l’une ou l’autre des organisations musulmanes qui avaient porté plainte en 2007 contre l’hebdomadaire et qui verse aujourd’hui des larmes de crocodile, et sera certainement présent demain dimanche à ce rassemblement « républicain » (entendez : le camp du Bien) qui entend exclure un parti représentant 25% des Français ? Pas même.

En fait, l’auteur de cette boutade (un mot qu’en l’occurrence je ferais volontiers venir de l’expression « bouter le feu ») est un collectif rassemblant l’élite (?) des rappeurs français : Akhenaton, Kool Shen, Disiz la Peste, Soprano, Nekfeu, Dry, Lino, Nessbeal, Sadek, Sneazzy, S.Pri Noir, Still Fresh et Taïro. Des athlètes de l’intellect dont le portefeuille prospère sur la naïveté de ceux qui les écoutent. Charb avait alors dénoncé une chanson « fasciste » chantée par des « branleurs millionnaires ». Christiane Taubira ne s’en était pas émue. Ni la presse, pour l’essentiel. Seul Jack Dion, dans Marianne, avait signé un papier furieux où il écrivait de façon prémonitoire : «Certes, il ne s’agit que d’une chanson. Certes, on n’est ni en Afghanistan ni au Pakistan, mais chacun connaît le poids des mots et le choc des formule »
Et quelques lignes plus loin, il ajoutait, avec une grande pertinence : « Le plus inquiétant est que personne ne se soit offusqué d’un engrenage débouchant sur un cri de haine contraire à l’esprit même de la marche de 1983, d’inspiration laïque, et qui était à mille lieues de toute récupération religieuse. À l’époque, il s’agissait de défendre les immigrés. Aujourd’hui, on renvoie immédiatement ces derniers à une essence musulmane supposée ne tolérant aucune critique. »

Ah oui, la marche des Beurs… Cela remonte à 1983, à l’époque où Mitterrand se séparait du PC, après l’avoir descendu, réorientait son action économique dans le sens du tout-libéral (j’y reviendrai), et surtout, dans la perspective de 1988, inventait Le Pen, qu’il faisait inviter à « L’Heure de vérité », ce qui facilitait son élection l’année suivante au Parlement européen, et, en 1986, bénéficiant de la proportionnelle opportunément inventée par la gauche, d’entrer à l’Assemblée nationale. Tout se tient. « On a tout intérêt à pousser le FN. Il rend la droite inéligible. Plus il sera fort, plus on sera imbattables. C’est la chance historique des socialistes ». Tels sont les propos que Franz-Olivier Giesbert prête, non sans vraisemblance, à cet « honnête homme » de Pierre Bérégovoy dans Le Président (1990). J’en connais un, qui était alors directeur de cabinet de divers ministres socialistes, avant d’être nommé à la Cour des Comptes, qui s’en souvient encore, maintenant qu’il est président. Exclure ostensiblement le FN des manifestations de dimanche, c’est lui donner, aux yeux de ceux qui ne reconnaissent plus la représentativité de l’UMPS, une aura de semi-martyr médiatique. Si le plan de tous ces petits malins n’est pas de provoquer en 2017 un affrontement, au second tour, entre François et Marine, je veux bien perdre un œil.

La marche des Beurs (le mot entra l’année suivante dans les dictionnaires) fut initiée par un curé lyonnais, le Père Delorme, spécialisé dans le « dialogue inter-religieux », comme on dit poliment pour désigner la reddition de l’église catholique à l’islam, et un pasteur, Jean Costil, membre de la CIMADE qui a la même fonction œcuménique côté protestant. L’un et l’autre sont de la même génération que Philippe Meirieu, Lyonnais d’adoption, et membre éminent, dans les années 1960, des Jeunesses Ouvrières Chrétiennes — les JOC, c’est son Mai 68 à lui. Tout se tient.

Quand je pense que j’ai défendu Meirieu contre les plus jusqu’au-boutistes des pédagos, ici même… Et que ce même Meirieu, récemment sollicité pour LePoint.fr où je cause Education, a osé me répondre : « Nos relations ne sont pas “comme elles sont”, mais comme vous les avez construites par votre comportement et vos propos. Nul doute que vous ne trouviez quelque jouissance à la pratique de l’injure à mon égard. Mais, dans ces conditions, je préfère utiliser d’autre (sic) canaux que votre interlocution pour faire connaître mes analyses sur l’Ecole de la République. Au nom de l’éthique minimale nécessaire à tout débat démocratique. » On se pare volontiers de probité candide et de lin blanc, quand on est responsable du plus grand désastre scolaire de l’Histoire.

La marche des Beurs, où flottaient quelques keffiehs palestiniens, n’était pas exactement la sauce désirée. Le PS, l’année suivante, inventa SOS Racisme, avec l’argent de l’Elysée et de Pierre Bergé réunis, et le soutien, cette fois, de l’Union des Etudiants Juifs de France. Il fallait canaliser cette belle jeunesse dans une voie électorale adéquate — la « génération Tonton ».
Mais qu’on ne s’y trompe pas. Dans les slogans de l’époque (l’exaltation du métissage et du « mélange » — il y avait eu opportunément une « marche » des mobylettes), c’était déjà de la dissolution de la République qu’il était question.

Saïd Kouachi est né en 1980. Son frère Chérif, deux ans plus tard. Ils ont connu jusqu’à la nausée cette célébration du mélange qui devenait, peu à peu, une célébration de l’identité. Ils ont connu aussi, à l’entrée en collège, les bénéfices de la loi Jospin — qui deux mois après sa promulgation entraînait, au nom de la « liberté d’expression » qu’elle imposait, la première affaire de voiles. 1989 ! C’est tout proche, c’est très loin.
La démocratie à l’algérienne du GIA et du FIS est venue sur ces entrefaites allumer des foyers de terrorisme dans toutes les cités — le PS n’offrait pas une idéologie de substitution assez puissante, il fallut convoquer l’islam.

Zidane, né en 1972, était passé du bon côté de l’école. Même s’il s’est très tôt intéressé au foot, il a appris les fondamentaux. D’ailleurs, il est trop kabyle pour être très musulman, et son père, venu en France avant la guerre d’Algérie, ne lui a pas fait porter le poids d’une algérianité, si je puis dire, exacerbée.
La coupe du monde 1998, puis la coupe d’Europe deux ans plus tard, qui marquèrent son apogée, virent aussi l’émergence de cette France « Black / Blanc / Beur » qui n’était déjà plus du mélange (c’est-à-dire de l’intégration) mais de la juxtaposition communautaire d’entités pseudo-raciales disposées à l’étalage.

La preuve de cet éclatement de l’idéal républicain d’assimilation fut apportée l’année suivante, lors d’un match France-Algérie de sinistre mémoire. Les Renseignements généraux, qui ne sont pas forcément à côté de la plaque, avaient prévenu qu’il y aurait des débordements communautaires. C’était dire qu’en quelques années les communautés s’étaient mises en place. Et que l’islam pouvait tranquillement prospérer dans des crânes vidés par les pédagogues de toute culture commune au profit d’un communautarisme concurrentiel, typique d’une Europe désétatisée, et d’un libéralisme mondialisé.

Le reste, c’est l’actualité. C’est la plainte en 2007 contre Charlie, coupable de caricaturer le Prophète. C’est un premier attentat au cocktail Molotov en 2011, c’est l’appel au meurtre des citoyens-rappeurs en 2013 (Saïd Kouachi a fait du rap, figurez-vous), et c’est mercredi dernier. Fin de partie. Communautarisme 12, République 0. Et le bilan s’est encore alourdi depuis. Parce que ce ne sont pas des cinglés qui tirent à l’aveuglette. Ce sont des tueurs organisés. Des assassins — du persan ḥašišiywn, « les gens de principe, de fondement de la foi ». Il fallait le rappeler.

Immédiatement, chœur des vierges et des bobos, qui dix minutes auparavant trouvaient que Charlie était un journal raciste — et c’est une injure que j’ai trouvée ces jours-ci dans certains forums où ils feraient mieux de se taire, par décence. Récupération de cadavres. Ils sont tombés par terre, c’est la faute à Voltaire — et, paraît-il, à Houellebecq, à Zemmour et à Finkielkraut — si !… Mais qui les a aidés quand il était encore temps ? Le gouvernement a même allégé la protection dont ils bénéficiaient. Jolie fenêtre de tir.
Il n’est plus temps. Umberto Eco a parfaitement formulé la situation : « C’è una guerra in corso e noi ci siamo dentro fino al collo, come quando io ero piccolo e vivevo le mie giornate sotto i bombardamenti che potevano arrivare da un momento all’altro a mia insaputa. Con questo tipo di terrorismo, la situazione è esattamente quella che abbiamo vissuto durante la guerra. » Oui, c’est une guerre, une guerre à distance contre l’Etat islamique, devenue une guerre de proximité — et Eco a raison, c’est comme en 1940 : qui collaborera, et qui résistera. Et nous nous y sommes plongés jusqu’au cou nous-mêmes, en cédant sur l’universalisme républicain, en cédant sur la laïcité, en cédant sur la transmission de la culture commune. En acceptant des voiles à l’université et dans les sorties scolaires : la femme de Chérif Kouachi en porte un intégral. L’Ecole qu’ont fréquentée toutes ces têtes creuses mériterait de figurer dans une nouvelle Histoire de l’Infâmie.

Et Zidane, qui avait appelé son fils Enzo, aurait décidé — info ou intox — de le rebaptiser Mokhtar. Les sites islamiques s’en réjouissent, dans l’orthographe rectifiée qui est la leur : « Cet convertion de Zidane dans ces jours-ci que les pays occidentaux veulent anéantir le visage de l’islam en créant les terroristes de Daesh dans la région du Moyen-Orient. » Sic.

Mais ce n’est pas important, l’orthographe…
Eh bien si. Je crois même que c’est un critère, parmi d’autres, pour reconnaître les apprentis jihadistes.

Écrasons l’infâme.

*Photo : CHAMUSSY/SIPA. 00510153_000001.

Le djihad, c’est fou!

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Daech vidéo Etat islamique chrétiens Ethiopiens Libye

ere vide islam djihad

« Aux jeunes qui partent en Syrie, je veux dire qu’il y a 1 000 combats à mener dans la République, pour la France. » Le ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve, plein de sollicitude pour les apprentis djihadistes, tenait ce discours d’assistante sociale au printemps dernier sur Twitter. Depuis, la France a appris à connaître ses enfants perdus dans les bras de l’État islamique, avec son cortège de vidéocrimes scénarisés et d’esclaves sexuelles.

Convertis ou musulmans de souche, profil Maxime Hauchard ou Mehdi Nemmouche, ces sauvageons à barbe ne se contentent plus de mots, ils passent à l’acte.

Samedi 20 décembre, la France a découvert l’existence de Joué-lès-Tours, petite bourgade où Bertrand Nzohabonayo alias « Bilal » a attaqué un commissariat au couteau, sans faire de victime heureusement. Le jeune homme d’origine burundaise, notoirement inconnu des services de police comme s’est empressé de préciser la Place Beauvau, affichait le drapeau de l’État islamique sur son compte Facebook. Dans la foulée, son frère, islamiste fiché par la DGSI, se faisait ceinturer à Bujumbura, capitale de leur pays natal. La fratrie Nzohabonayo, convertie à l’islam depuis plusieurs années, montrait des signes extérieurs de piété, jusqu’au prénom Bilal, hommage au premier muezzin de l’islam, un esclave abyssin que Mahomet aurait affranchi et tiré des griffes du paganisme. Diagnostic du docteur Cazeneuve : « L’enquête révélera quel était son état psychologique (…), il semblait quand même à la fois très mystérieux, très déstabilisé, peut-être aussi par des circonstances familiales.» 

Moins de vingt-quatre heures après l’attaque de Joué-les-tours, le conducteur d’une voiture folle fonce dans la foule et renverse une dizaine de piétons à Dijon, aux cris d’« Allahou Akbar » (Dieu est le plus grand). Justifiant son acte par la souffrance des enfants palestiniens et tchétchènes, ce dingue pas très doux maîtrise parfaitement la rhétorique de l’islamiste postmoderne, puisqu’il accomplit son djihad pour venger le « martyre » des populations musulmanes « opprimées ». Son CV psychiatrique chargé – plus de 150 internements en dix ans – prouve qu’on peut être totalement frapadingue sans renier son credo islamiste. Bernard Cazeneuve et Manuel Valls ont insisté sur la dimension pathologique de ces actes qui n’ont bien évidemment « rien à voir avec l’islam ». Et des brumes de Saint-Pierre-et-Miquelon, François Hollande nous a exhortés à « ne pas céder à la panique, aux amalgames ». On le sait bien, le principal péril qui menace la France n’est pas le djihadisme, mais l’amalgamisme. Or, ce péril, un homme l’incarne et le nourrit : Éric Zemmour, voilà l’ennemi !

De Manuel Valls à Edwy Plenel, les princes qui nous gouvernent psychiatrisent volontiers les idées qui leur déplaisent, fussent-elles partagées par des millions de Français. S’ils câlinent les jeunes djihadistes, victimes selon eux de leur propre folie, ils montrent beaucoup moins d’indulgence pour d’honnêtes citoyens dont la seule folie consiste à écouter Éric Zemmour. « L’engrenage médiatique le rend fou », diagnostiquait Laurent Ruquier il y a quelques mois, sans doute une façon pour cet homme de gauche de se faire pardonner le temps de parole qu’il a jadis accordé à Zemmour. Le réac est fou mais, lui, pas question de le disculper comme le premier fan de Daesh venu ; ce dingue ultra-populaire, la police de la pensée l’a inculpé et viré d’iTélé !

Certains de ses confrères ont applaudi ce licenciement des deux mains, comme l’Union des écrivains soviétiques saluait hier l’internement d’un ennemi du peuple. Le patron de Mediapart nous a ainsi offert un tweet savoureux : « Mieux vaut tard que jamais. Après avoir banalisé en opinion son délire raciste, certains médias découvrent l’idéologie meurtrière de Zemmour » Certes, il y a des idées qui tuent, mais où sont les charniers du zemmourisme ?

Si notre Premier ministre fait si souvent référence au réprouvé Zemmour, jusqu’à publiquement déconseiller de lire Le Suicide français, si le porte-parole du gouvernement se croit obligé d’exhiber son brassard « de républicain et d’homme de gauche » lorsqu’on l’interpelle sur le limogeage de ce fieffé réac, c’est qu’il y a le feu au lac. Comme l’analyse avec brio le géographe Christophe Guilluy (voir « La gauche divine et ses apostats », pp. 82 -85), la diabolisation fournit des rustines commodes à une gauche multirécidiviste du déni de réel. Pour Manuel Valls, notre pays est en effet un paradis multiculturel parasité par les chantres d’une « vision triste, enfermée sur elle-même, rance, qui n’est pas celle de la France ». Une poignée d’affreux dépressifs pourrit donc la vie idyllique de ses concitoyens avec ses peurs irrationnelles et ses fantasmes nauséabonds. Puisque tout va bien dans le meilleur des mondes, il est curieux que Zemmour suscite une telle panique. C’est à se demander si nos gouvernants n’auraient pas eux aussi besoin d’une bonne rééducation!

Elisabeth Lévy, Sigmund Freud, Heinrich Heine : le pardon et l’humour juif

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La patronne de Causeur sort enfin du bois. Elle avoue non seulement qu’elle est Charlie, flic et juive, mais carrément qu’elle préfère l’humour juif au pardon chrétien.

Quel humour juif ? Freud nous en donne un échantillon dans  Malaise dans la civilisation.

« Un grand poète peut se permettre d’exprimer, tout au moins en plaisantant, des vérités psychologiques sévèrement prohibées. Ainsi, Henrich Heine avoue-t-il: « J’ai les dispositions les plus pacifiques. Voici mes souhaits: une modeste cabane, un toit de chaume, mais un bon lit, une bonne nourriture, du lait et du beurre, bien frais, devant la fenêtre des fleurs, devant la porte quelques beaux arbres, et si le bon Dieu veut me rendre tout à fait heureux, il me fera connaître la joie de voir, disons six ou sept de mes ennemis pendus à ces arbres. D’un coeur ému, je leur pardonnerai avant leur mort tous les torts qu’ils m’ont infligés dans la vie – certes, il faut pardonner à ses ennemis, mais pas avant qu’ils ne soient pendus. »

 

Canal + : Charlie encensé, mais Charlie censuré!

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ali baddou charlie hebdo

ali baddou charlie hebdo

Guillaume Meurice est en colère. Pas comme à son habitude contre Sarkozy, Le Pen ou le grand patronat. Ou plutôt si, contre son patronat à lui, le groupe Vivendi-Canal-Plus.

Figurez-vous que ce garçon avait l’intention de montrer face aux caméras de « La Nouvelle Edition » sur Canal +, dont il est chroniqueur régulier, un dessin de Charb. D’après nos honorables correspondants à Boulogne-Billancourt, ledit dessin moquait certains extrémistes se réclamant d’une religion monothéiste qui n’est ni le judaïsme ni le christianisme.

En choisissant de publier ce dessin, ce garçon, que j’aurais volontiers qualifié de crétin intégral en d’autres circonstances, a donc prouvé qu’il était un brave. Mille excuses rétrospectives, Guillaume.

Hélas, tout le monde ne partage pas cette vision du monde. La direction de Canal Plus a formellement interdit « pour raisons de sécurité » à Guillaume de montrer ledit dessin à l’antenne. On aurait pu en rester là, entre gens de bonne compagnie.

Heureusement, Guillaume Meurice a donné la preuve qu’on pouvait être à la fois un antiréac obtus et un honnête homme, en rendant publique cette censure sur sa page Facebook. Voilà ce qu’il a écrit:

« Aujourd’hui « pour des raisons de sécurité », on refuse que je diffuse un dessin de Charb sur Canal Plus dans « La Nouvelle Édition ». Aujourd’hui, « pour des raisons de foutage de gueule », je ne ferai pas de chronique sur Canal Plus dans La Nouvelle Édition. »

guillaume meurice canal

Quelques heures plus tard, la direction de Canal + a répondu à son message via Twitter , en  publiant ce communiqué signé Charlie +, fallait oser : « Canal+ défend depuis toujours la liberté d’expression et continuera à diffuser des caricatures, et ce sans céder à la provocation. »

canal charlie hebdo

Contactée par le site Puremédias , la direction de Canal a été plus explicite (les mêmes explications, au mot près, ont été données à Télé 7 Jours) : La décision de publier ou non un dessin à un instant donné et dans un contexte donné relève d’un choix éditorial de chaque instant, étant entendu que la liberté d’expression ne suppose pas de céder à toute forme de provocation »

La censure de Charb n’avait donc rien à voir avec la sécurité du Fort Knox de Vivendi, mais c’est bel et bien « un choix éditorial » visant à ne pas faire de « provocation » . Provoquer qui, au juste, Canal ne le dit pas. Peut-être en avez-vous une vague idée, moi aussi.

Au fait, vous ne le saviez peut-être pas, mais « La Nouvelle Edition », c’est l’émission dirigée par Ali Baddou. Ali Baddou qui le 7 janvier dernier commentait ainsi à l’antenne la sortie du roman Soumission de Michel Houellebecq : « Ce livre m’a foutu la gerbe, autant le dire aussi simplement que ça, je me suis senti insulté. On est en 2015 et l’année démarre avec ça, c’est-à-dire avec l’islamophobie, installée et diluée dans le livre d’un grand romancier français. C’est un livre qui, pour moi, habitue au racisme antimusulman. »

Comme Ali Baddou n’a pas, à ma connaissance, réagi à cette censure avérée de Charlie dans sa propre émission, j’aimerais qu’il réponde à ces deux questions :

Le dessin de Charb lui a-t-il « foutu la gerbe » ?

Approuve-t-il qu’on ait empêché Charb d’habituer, fût-ce post mortem, le public « au racisme antimusulman » ?

Une dernière réflexion pour la route, que je donne à méditer à tous mes copains moralistes antifas à donf de Canal et d’ailleurs. L’antifa à donf utilise souvent la jurisprudence Niemöller[1. Emprisonné en camp de concentration depuis 1937 par les hitlériens, le pasteur protestant Martin Niemöller a écrit à Dachau, en 1942, ce poème sublime : « Lorsque les nazis sont venus chercher les communistes, je n’ai rien dit, je n’étais pas communiste. Lorsqu’ils ont enfermé les sociaux-démocrates, je n’ai rien dit, je n’étais pas social-démocrate. Lorsqu’ils sont venus chercher les syndicalistes, je n’ai rien dit, je n’étais pas syndicaliste. Lorsqu’ils sont venus chercher les juifs, je n’ai rien dit, je n’étais pas juif. Lorsqu’ils sont venus me chercher, il ne restait plus personne pour protester. »] pour combattre la bête immonde. Ils ont eu la preuve que ceux qui ont fait taire Zemmour, parfois hélas, sous leurs applaudissements, sauront faire taire les gauchistes qui pensent hors des clous demain.

C’est exactement ce que Canal a fait selon Guillaume Meurice : même après les dix-sept morts de cette semaine, la dénonciation de l’islamofascisme n’est pas un bon « choix éditorial ».

Juifs de France : le désastre et l’urgence

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juifs israel terrorisme antisemitisme

juifs israel terrorisme antisemitisme

Tous les samedis matins, aux alentours de midi, vers la fin de l’office religieux de shabbat, dans toutes les synagogues de France, nos compatriotes juifs, encore nombreux, qui ont le courage de se rendre dans ces lieux de culte bunkerisés, et protégés par les forces de l’ordre, récitent une prière pour la République Française où il est demandé au dieu des hommes de bénir et de « protéger la République et le peuple français ». Quelques minutes avant de se disperser rapidement – sécurité oblige –  ces fidèles juifs expriment ainsi leur amour pour la République et le peuple français.

Pour combien de temps ?

Ils sont aujourd’hui déjà moins nombreux qu’il y a quelques mois. La France se vide de ses juifs ; l’exode a commencé. Dans quelques années, le risque est grand que tous ces édifices cultuels qui font partie de l’histoire de France soient vidés, comme le sont aujourd’hui les synagogues « musées » des pays d’Europe de l’Est ou d’Afrique du nord. Une partie de la communauté nationale, victime de véritables persécutions, s’estime aujourd’hui contrainte de fuir la République qu’elle chérit pourtant.

Car il faut nommer les choses, pour en prendre la mesure. L’un des plus graves attentats antisémites en France depuis la fin de la seconde guerre mondiale vient de survenir dans les circonstances que l’on sait. Il fait suite à une décennie de statistiques alarmantes et de crimes perpétrés, dont l’horreur, comme la fréquence, ne cessent de s’aggraver, mois après mois et années après années. Merah et Nemmouche, héros d’hier, ont inspiré les héros du jour que sont Coulibaly et les frères Kouachi. Ces derniers sont déjà, en certains lieux de notre République, en train d’être célébrés par des jeunes dont la plupart sont nés en France et ont été éduqués par la République Française. Il suffit, pour s’en rendre compte, de pianoter quelques minutes sur internet ou de lire le compte-rendu fait par certains journalistes des difficultés rencontrées par des enseignants lors de la minute de silence prônée par le Président de la République le 8 janvier.

C’est bien de persécutions dont les juifs sont victimes. On peine à les identifier comme telles car elles ne sont fort heureusement pas le fait des gouvernants. Mais, depuis plus d’une dizaine d’années, on ne voit pas où on fait semblant de ne pas voir, que les juifs de France ne sont plus exactement des citoyens comme les autres. Ils le sont bien sur juridiquement, mais toute différente est la réalité de leur situation. Dans la République, l’insécurité les environne, les encercle, les oppresse, les frappe. Être juif en France, c’est souvent choisir entre judéité et sécurité, et c’est en tout cas toujours s’adapter pour concilier la première avec la seconde. La vie quotidienne d’un Juif en France, c’est passer sans cesse des portiques de sécurité pour accéder à des simples lieux de vie communautaire. C’est aussi, pour ceux qui veulent procurer une éducation juive à leurs enfants, les accompagner dans des écoles bunkers, configurées et protégées par la police et, nous dit-on désormais par l’armée, pour faire face à un assaut ;  envoyer ses enfants dans des colonies de vacances juives relève d’un acte courageux, comme l’est désormais celui de faire ses courses de shabbat dans une épicerie casher ou de prendre l’avion pour se rendre en Israël. Etre juif en France c’est prendre l’habitude de se cacher, ou cacher ses signes religieux, au risque de se faire tabasser. C’est assister, groggy et médusé, aux déferlements de haine quotidiens et démesurés dont chaque action ou abstention de l’Etat d’Israël constituent le prétexte bien commode : ils sont le fait de blogueurs, d’intellectuels, de fous, de manifestants, d’humoriste et d’assassins ; la haine inonde les tweets, slogans de manifestations et commentaires d’internautes. La haine anti-juive, innombrable, est partout. Elle menace. Elle agresse. Et elle tue.

 

Les juifs sont seuls. Abandonnés à leur triste sort, puisque, jour après jour, celui-ci ne change pas mais au contraire s’aggrave. Le signal d’alarme a été tiré cent fois. En vain. Naturellement, les institutions ne sont pas avares de mots aussi réconfortants que grandiloquents et assurent le minimum minimorum consistant, du mieux que possible, à protéger nos compatriotes juifs. Mais les mots, les participations aux célébrations et commémorations ne changent pas grand chose à la réalité des faits qui s’amplifie sans cesse.

Le pire du pire, si l’on peut dire, c’est qu’il est pratiquement interdit aux juifs de nommer leur malheur. Les voix juives, mais aussi les autres, qui mettent en parallèle les concessions inadmissibles que la République a faites à la Laïcité et la faillite du système d’intégration, comme d’éducation, dans les territoires perdus de la République, n’ont pas le droit de cité. Les partisans d’une laïcité sans concession sont qualifiés d’islamophobes, ou suspectés d’appartenir à l’extrême droite : leur voix est inaudible, pour ne pas dire illégitime. Le rouleau compresseur médiatique les rend coupable.  Leur exclusion du monde légitime des idées est parfois demandée. Ils prêchent dans le vide.

La réalité est pourtant là : le vivre-ensemble à la Française, tel qu’il est actuellement en train d’être conçu et qui s’inscrit dans le désastreux sillage du droit à la différence prôné par SOS racisme, se forge depuis 30 ans au détriment, certes de la communauté nationale, mais surtout, dans les faits concrets, contre les juifs. C’est le vivre-ensemble, certes, mais avec des juifs, menacés, tétanisés et bunkerisés, laissés sur le côté. C’est le vivre «presque » ensemble. Sans les juifs. Plus le voile a été toléré, moins on a pu, sans danger, porter la kippa en France ; moins les principes fondateurs de la République sont enseignés, ou peuvent l’être, dans les écoles, plus on casse du juif. Le parallèle historique entre les concessions jospiniennes au voile islamique au début des années 90 et l’apparition du nouvel antisémitisme que l’on n’a, dans un premier temps, pas voulu admettre avant qu’il ne s’impose factuellement à la face des politiques est saisissant. Le dire relève de l’islamophobie. L’exprimer relève du délit d’opinion.

Pour toutes ces raisons, l’exode, qui n’est aujourd’hui plus simplement justifié par la solitude de la communauté juive, mais aussi par la protection de  son intégrité physique, est en marche. Rien de sérieux n’a jusqu’à maintenant été fait pour retenir les juifs qui, victimes d’oppressions multiples dans leurs vies quotidiennes, et craignant pour leur sécurité, ne parviennent pas à voir, ici un avenir pour eux, leurs enfants et petits-enfants. Ils sont sous nos yeux en train de fuir, toutes choses égales par ailleurs, pour les mêmes raisons, que leurs parents, grands parents et arrières grands parents d’Europe de l’est ou d’Afrique du Nord. Et la plupart de ceux qui n’ont pas  encore fait leurs valises y pensent, jour après jour, de plus en plus sérieusement, avec tristesse et déchirement.

C’est un désastre historique auquel nous sommes en train d’assister. Les mots forts prononcés le 13 janvier par Manuel Valls à Paris et Ségolène Royal à Jérusalem à l’endroit de la communauté juive révèlent peut-être une prise de conscience et un sursaut. L’avenir dira si les actes, qu’il faudra précis et sans concession, seront à la hauteur de la grandiloquence des discours et si, pour protéger ses juifs, la République prendra les mesures nécessaires pour reconquérir ses territoires perdus. Derrière ce désastre qu’est l’exil des juifs en cours, c’est en fait l’avenir de la République qui se joue.

*Photo : Ariel Schalit/AP/SIPA. AP21677696_000025.

Charlie Hebdo : Désolée, je ne pardonne pas !

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charlie hebdo luz liberation

charlie hebdo luz liberation

Si j’ai bien compris, dans la nouvelle France réconciliée, on a le droit de s’engueuler sans se fâcher ni s’insulter. Après tout, le pire hommage qu’on pourrait rendre à Charb, Cabu et les autres serait de les ensevelir dans la guimauve du consensus mou. Alors, que les survivants ne m’en veuillent pas, mais leur nouvelle « une » m’a passablement déconfite. Le mot « pardon », désolée, mais ça ne passe pas.

Dommage, car pour l’essentiel, Luz avait réussi l’exploit d’être vachard sans gâcher la fête: avec sa larme à l’œil et sa pancarte « Je suis Charlie », son Mahomet est à l’unisson de la belle humeur fraternelle du moment, prêt à souffrir avec nous, ce qui, après tout, est le boulot d’un prophète. Ce dessin s’amuse sans méchanceté, et même avec tendresse. Miraculé et en première ligne, Luz est en mode aimant: le prophète des dessinateurs, dit-il en substance, est un petit bonhomme très sympathique, bien plus que celui des islamistes. Il aurait eu toute sa place dans la manif républicaine de dimanche. Mahomet avec nous ! Peut-on imaginer message plus apaisant ?

L’ennui, c’est qu’il n’apaise pas tout le monde. En réalité, et Luz le sait, le simple fait de représenter le Prophète est un pied de nez aux assassins, c’est-à-dire un acte de courage, inouï dans les circonstances actuelles. Peu importe aux brutes que le prophète soit ou non à son avantage, le dessiner, c’est l’offenser, point barre. Bon, ça passera pour cette fois mais après, tolérance zéro, on vous aura prévenus : avec un spectaculaire sens du symbole, Amar Lasfar, président de l’Union des organisations islamiques de France (UOIF), a averti qu’il saisirait la justice si Charlie publiait une nouvelle représentation du prophète. Les douze morts de Charlie n’ont pas non plus ébranlé les certitudes d’Abdallah Zekri, membre du CFCM et président de l’Observatoire contre l’islamophobie: « Ça va mettre de l’huile sur le feu, déclare-t-il au Figaro. Je ne veux pas être désobligeant avec ces journalistes mais ils continuent la provocation (…) Mahomet, Mahomet, toujours Mahomet… Il est mort il y a 15 siècles! ». Après l’incendie qui avait détruit les locaux de l’hebdo en 2011, Charb avait croqué en « une » un homme des cavernes, tenant de l’huile dans une main et le feu dans l’autre, avec cette légende : l’invention de l’humour.

charb charlie hebdo

Apparemment, la bonne nouvelle n’est pas parvenue à monsieur Zekri, ni à la presse américaine qui, d’après Richard Malka, l’avocat de Charlie (et de Causeur !) a décidé de ne pas publier cette « une ». Quant à la direction de Canal +, elle doit ignorer que l’islam est une religion de paix et de tolérance : elle a prudemment refusé de diffuser une chronique illustrée par un dessin de Charb. Notre copain et confrère n’a pas encore été enterré, et Canal se soucie de ne pas froisser ceux qui ont contribué, par leurs attaques et dénonciations répétées, à affermir la haine des tueurs.

 

Dans une tribune hésitant entre sottise et abjection parue dans Libération, Laurent Chalumeau, écrivain de son état, s’interroge faussement. « Que «nous» reprochaient ces gens ? Quelques crobards de Mahomet cul nu ? Allons ! Un peu de sérieux. Personne ne tue pour ça. Pourquoi, alors ? Pourquoi tant de haine ? » Bien entendu, l’expert en haine a la réponse : ce n’est pas sur la liberté d’expression qu’on a tiré, mais sur « nous », « nous qui, depuis des années, faisons tout, jour après jour, pour pousser des Français arabes à la faute » – parle pour toi mon vieux. Et au bout de son viseur, Chalumeau finit par trouver Zemmour, quelle surprise. En somme, si d’aimables jeunes gens sont devenus des meurtriers fanatiques, c’est parce que Zemmour les a énervés. Il fallait oser.

Si je m’attarde sur ces élucubrations, c’est qu’elles montrent que certains cerveaux sont  décidément imperméables au « réveil des consciences » dont chacun se félicite. Déjà le camp du déni, droit dans ses bottes, invente le nouveau langage de l’excuse. Ici, Benoît Apparu dénonce le « totalitarisme laïcard » – saviez-vous que le laïcardisme a tué à Paris ?–, là des professeurs se flagellent parce que « nos enfants ont tué nos frères », ailleurs des responsables associatifs et autres défenseurs de la « laïcité ouverte » appellent au respect des religions – et pendant ce temps Edwy Plenel lutte contre le Front national. Tous parviennent peu ou prou à la même conclusion : c’est « nous » qui avons fabriqué les frères Kouachi et Coulibaly. Enfin, nous, c’est une façon de parler. Parce que quand Chalumeau, Zekri et les autres disent « nous », ils veulent dire « vous », vous les salauds, les réacs les beaufs racistes.  Nous, quoi.

On l’aura compris, ce qui nous plombe, si on ose dire, ce n’est pas le refus de la critique, ce n’est pas la haine du pluralisme, c’est la critique, c’est le pluralisme lui-même. Face à un aveuglement aussi stupéfiant, le message presqu’évangélique du Charlie des survivants met encore plus mal à l’aise. Tout est pardonné ? Qui est pardonné ? Qui pardonne ? Interrogé sur France Info, le rédacteur en chef Gérard Biard a balayé toute ambigüité. « C’est nous qui pardonnons », a-t-il affirmé. Pardon ? Pardonner ? Aux assassins ? Non, pas aux assassins, dit-il. Mais alors à qui ? À ceux qu’il a offensés ? – ça va faire un paquet de monde. À ceux qui, depuis 2006, dénoncent, accusent, font des procès ? Aux  confrères aujourd’hui extatiques qui, toutes ces années, faisaient la moue : « La liberté, d’accord, mais tout de même ils exagèrent » ? À tous ceux qui, depuis des années, prônent l’apaisement face aux islamistes ? À ceux qui n’étaient pas place de l’Hôtel de Ville après l’incendie de novembre 2011 ?

Et puis, pour être pardonné, il faut demander pardon, y compris, me semble-t-il, chez les catholiques qui l’ont plus facile que les autres. Mais au contraire, tous ceux qui, depuis des années, ne veulent rien voir, rien entendre et rien savoir se félicitent de n’avoir rien vu et nous enjoignent encore de nous bander nous-mêmes les yeux. La France est en guerre, on nous l’a assez répété. Alors l’heure n’est pas au pardon, mais au combat. Non, décidément, je ne pardonne pas. Ni aux assassins, ni aux aveugles.

*Photo : PALACIO DOMINIQUE/SIPA. 00701762_000019.

Charlie Hebdo : « C’est dur d’être aimé par des cons » ressort en salle ce mercredi

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Nous venons de recevoir le communiqué suivant, que nous reproduisons bien volontiers, et in extenso

« Il y a 8 ans s’ouvrait le procès de Charlie Hebdo, assigné en justice pour avoir reproduit les 12 caricatures danoises de Mahomet. Le procès a abouti à la relaxe de Charlie Hebdo au nom de la liberté d’expression.
 Cette histoire est l’objet d’un documentaire: C’est dur d’être aimé par des cons, réalisé par Daniel Leconte et produit par Film en Stock en 2008. Cette parole est plus que jamais d’actualité. Le film ressort en salle mercredi 14 janvier sur plus de 70 copies dans toute la France. Toutes les recettes liées à la ressortie (salles et DVD) seront reversées à Charlie Hebdo et aux familles des victimes. »

Ce que ce communiqué de Film en Stock ne dit pas, pour cause de modestie bien compréhensible, c’est à quel point le film de Daniel Leconte est intelligent, éclairant  et en un mot, excellent.

Courez-y !

charlie hebdo daniel leconte

Enseigner l’histoire, c’est combattre l’antisémitisme

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ecole antisemitisme liberation

ecole antisemitisme liberation

Après l’assassinat de quatre juifs par Amedy Coulibaly le 9 janvier porte de Vincennes, nous publions cet article refusé par Libération en octobre 2014.

La rédaction

Si nous étions taquins, nous pourrions moquer Libération qui semble découvrir, ces jours-ci, et notamment aujourd’hui, que les juifs de France ont peur. Mais il faut les comprendre, à Libération : jusque-là, il  y avait juste eu la mort d’Ilan Halimi, les assassinats dans l’école juive perpétrés par Merah, la tuerie de Nemmouche et les multiples actes antisémites depuis quinze ans que les acteurs de terrain n’ont cessé de dénoncer sans que jamais le journal ne daigne prendre conscience de la réalité de la situation.

Ah mais non ! Vous diront-ils. Regardez ! Nous avons, entre autres, organisé, en octobre 2014, avec l’American Jewish Commitee et Fondapol, en collaboration avec Le Figaro, un colloque à Sciences Po et même que vous étiez convié ! Oui, c’est vrai, j’étais convié mais n’avais pu m’y rendre. Néanmoins, Libération et le Figaro devaient donner une suite à ce colloque, ouvrant leurs colonnes à des textes des participants. On me demanda alors une libre opinion pour Libération, avec, pour consigne, de faire un état des lieux de ce qui se passait sur le terrain, de faire apparaître une éventuelle évolution et enfin, de proposer des solutions. Je m’exécutais donc. Mais Libération ne voulait pas nommer les choses, alors le texte fut refusé. « Trop violent » me dit-on alors[1. Je tiens à disposition les échanges mail pour qui douterait de la réalité de la chose.]. Libération n’avait encore rien vu… ni compris.

Il est assis, la tête baissée, dans le bureau du Chef d’établissement. Il tente de nier, répondant difficilement aux questions. « Non, c’est pas moi », puis il finit par avouer à demi-mot. « Mais y a pas que moi ! L’autre il arrête pas de dire que s’il voit un juif il le tue !» ; « Donc, reprend le Principal du collège, tu confirmes ce que le professeur a entendu en classe, tu as bien dit « quand ce sera la fin du monde, les juifs seront exterminés » ? « Y a pas que moi…  » articule péniblement le gamin de 13 ans, incapable d’expliquer ni sa phrase ni les raisons de celle-ci. Cette scène s’est déroulée début octobre, dans un collège de Seine-Saint-Denis.  Elle frappe par la violence des propos mais elle témoigne aussi de la réactivité de l’administration de cet établissement scolaire, ce qui n’est pas toujours le cas.

Il serait néanmoins faux d’affirmer que des jeunes n’ont que cela à la bouche et ne rêvent que d’en découdre, tant ces discours peuvent apparaître comme sporadiques et ponctuels. Toutefois, tout professeur d’histoire, sait que, chaque année, il peut être amené à répondre à des assertions, des contestations, des interrogations faussement naïves qui sont autant de manifestations antisémites car il serait aussi erroné de penser qu’elles ne sont que propos d’adolescents en perte de repères. Quand cela fait plus de quinze ans que les établissements scolaires de certains territoires affrontent ce type de discours, quand les assassins de Toulouse et de Bruxelles sont passés par nos collèges, ce n’est ni ponctuel ni sporadique, cela ressemble à un fait culturel.

Non, les classes de banlieue ne sont pas à feu et à sang dès qu’il est question du nazisme, de la Shoah ou du Proche-Orient, mais chacun sait que ces cours peuvent être difficiles, que le professeur doit être prêt à lutter pied à pied, à ne rien laisser passer, à rappeler aux élèves ce que l’on peut dire et ce qui tombe sous le coup de la loi. Ces rappels à la loi sont nécessaires car l’école est parfois le seul lieu qui leur permet de s’extraire d’un discours qui peut être dominant autour d’eux, laissant accroire qu’il est la norme. Mais cet antisémitisme ne sera pas combattu efficacement par des leçons de morale qui ne convaincront pas un antisémite convaincu ; ni par un catéchisme antiraciste avec lequel les élèves sont tous d’accord. La loi fixe les limites et elle doit être appliquée. En revanche, les élèves qui tiennent ces propos ne sont pas tous, loin de là, des idéologues, des Merah en puissance et, avec ceux-ci, il faut faire un travail de fond. Leur antisémitisme repose d’abord sur l’ignorance et les confusions alimentées entre autres par internet et les réseaux sociaux où tout le monde est spécialiste de tout, mais aussi, parfois, par un sentiment d’exclusion, de jalousie, face au poids qu’ils pensent que l’école donne à la Shoah.

Or, ce n’est pas à l’école, mais dans la société que la Shoah est omniprésente, pouvant entraîner un sentiment de trop-plein dont ont dernièrement témoigné les fans d’un ex-humoriste. Mais ce problème n’est pas lié à un défaut de mémoire ; on ne cesse de se souvenir, mais sans vraiment connaître. Ce qui fait défaut, c’est l’histoire. Le cours d’histoire doit faire apparaître clairement la portée universelle de la Shoah, sans faire dans le victimaire et le dolorisme, mais en lui donnant toute sa dimension politique. Il s’agit bel et bien, ce qui paraîtra surprenant à certains, de disqualifier le nazisme, sa vision complotiste et obsidionale du monde, de faire comprendre aux élèves que l’idéologie nazie enfermait l’être humain, quel qu’il fut, dans une vision utilitariste basée sur une conception biologico-raciale de l’humanité. C’est pour cela que furent assassinés des dizaines de milliers d’Allemands considérés comme porteurs de vie qui, alors, « ne méritent pas d’être vécues ». Disqualifier le nazisme, c’est disqualifier l’antisémitisme qui s’inscrit pleinement dans cette vision du monde, mais cela n’exonère pas d’expliquer d’où vient la haine antijuive. L’antisémitisme actuel ne tombe pas du ciel, c’est une très vieille histoire et il faut la raconter.

*Photo : wikicommons.

Les mêmes dangers pèsent sur l’Europe et sur Israël

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israel multiculturalisme antisemitisme

israel multiculturalisme antisemitisme

Le sionisme s’est pensé dès l’origine comme une entreprise de normalisation. Avec la création de l’État d’Israël, les juifs ont voulu se mettre à l’heure des nations européennes. Or, au même moment, ces nations changeaient d’heure, elles devenaient des sociétés post-nationales. Et cela au nom même de la mémoire d’Auschwitz. Méditer le malheur des juifs en Europe, c’est appeler à la venue d’une humanité que ne romprait aucune séparation intérieure. L’Europe se targue de donner l’exemple en empruntant, pour ne jamais exclure personne, la voie rédemptrice de l’indétermination. Fuir éperdument le spécifique, l’enracinement, le charnel, l’héritage, l’appartenance : telle est la mission auto-civilisatrice que s’assigne l’Europe en tant qu’Union européenne. Comme l’écrit le philosophe Jean-Marc Ferry, « l’identité européenne est une identité dont le principe consiste à s’ouvrir à d’autres identités ».

>Depuis le début des Temps modernes, la culture était, pour le dire avec les mots de Kundera, « la réalisation des valeurs suprêmes par lesquelles l’humanité européenne se comprenait, se définissait, s’identifiait ». Aujourd’hui, ce n’est plus la culture qui occupe cette place, c’est le respect des autres cultures, et notamment de celles qui ne respectent pas l’Europe. Israël est ainsi condamné de plus en plus souvent en tant qu’État juif.[access capability= »lire_inedits »] Il est, selon les tenants du devoir de mémoire, l’État occidental qui n’a tenu aucun compte de la Shoah. Et le sionisme, œuvre de normalisation, devient une anomalie, ou, comme l’a écrit Tony Judt, un « anachronisme ». Il faut croire que la Bible avait raison et que les juifs sont voués, quoi qu’ils fassent, à un destin séparé. En tout cas, Natan Sharansky voit juste : plus l’Europe sera multiculturelle et moins les juifs s’y sentiront chez eux. Je n’en conclus pas qu’ils doivent maintenant faire leurs valises, mais si les juifs ont un avenir en tant que juifs, c’est dans une Europe européenne et dans une France encore française, c’est-à-dire fidèle à elle-même.

Quant à l’avenir d’Israël, il est obscurci par une menace interne que Sharansky refuse de prendre en compte. Si les Israéliens ne trouvent pas le courage de se séparer des Palestiniens, alors l’État juif deviendra inexorablement un État binational. Et son modèle sera soit l’apartheid, soit, plus vraisemblablement, le Liban. Comme l’écrivait Bernard Lewis dès 1991, Israël risque de « devenir une association, une de plus, entre des ethnies et des groupes religieux en conflit. Les juifs se trouveraient dans la position dominante qu’avaient autrefois les maronites et la perspective d’un destin à la libanaise en fin de parcours ». La politique d’implantations est suicidaire, et seul un divorce avec les Palestiniens permettra au directeur de l’Agence juive en Israël de continuer à dire : « Bienvenue dans l’État juif et démocratique. »[/access]

 *Photo : wikicommons.

Grazie mille Anita Ekberg

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« Marcello, come here ! » Tout homme, qui fut adolescent sous le magistère cinématographique de Federico Fellini, garde un souvenir ému de la sculpturale Anita Ekberg rafraîchissant son large buste en fermant les yeux. Ah ! rejoindre Anita dans la fontaine Trevi, à Rome, répondre à l’invitation de sa voix mêlée au son perlé de la cascade, se blottir dans ses bras aimables, succomber à ce non-péché originel, à cette origine du monde, de la vie, de la dolce vita… 

Née à Malmö (Suède) en 1931, élue Miss Suède, repérée à Atlantic City parmi les finalistes du concours de Miss Univers en 1951, choisie pour le rôle de Sheena, reine de la jungle, série télévisuelle[1. Elle préféra suivre John Wayne, qui lui donna sa chance hollywoodienne dans Blood Alley. Irish McCalla, splendide blonde, plus athlétique, d’abord écartée, fut une impeccable reine de la jungle. Elle fit beaucoup pour le succès des grandes pulmonaires vêtues de quelques centimètres de peau de léopard.], elle reçut un Golden globe en 1956, au titre de « New Star Of The Year, Actress », pour son rôle de jeune femme chinoise (!) dans Blood Alley (L’Allée sanglante), de William Wellmann, avec John Wayne et Lauren Bacall.

Elle vivait presque dans la misère, alors qu’un peu de la collecte quotidienne des pièces de monnaie jetées dans cette même Trévi, destinée aux nécessiteux, lui aurait assuré une retraite plus confortable.

Marcello est mort, Fellini aussi, et Anita itou : à la fin, c’est toujours la même qui gagne !