Des ouvriers de Whirlpool interpellent Emmanuel Macron lors de sa visite de l’usine d’Amiens, 26 avril 2017. Sarah Alcalay / SIPA: 00804103_000013

Bien sûr, le dimanche 7 mai, je n’ai pas voté blanc, bien sûr j’ai voté Macron comme il le « fallait » et pourtant… Pourtant qu’est-ce qu’ils m’ont fatigué les « curés », les donneurs de leçons, les moralistes étriqués du camp du Bien. Ils m’auraient presque fait douter tant ils manquaient de doute, de curiosité et d’empathie. Moi, j’avais envie de nuance.

Il y a 30 ans, ma petite ville était heureuse

Au fond, j’aurais dû leur raconter l’histoire d’une ville comme il en existe beaucoup en France. Elle s’appelle Chauny, pourrait s’appeler Laon aussi, ou Soissons. Il y a trente ans, depuis mon petit village de Picardie, juché sur ma Mobylette 103 SP (pour les connaisseurs), j’allais y retrouver mes amis, la plupart fils d’ouvriers. C’était une ville heureuse, « la petite maison dans la prairie » version 20 000 habitants : un centre-ville vivant, des couples et des enfants aux sourires partagés, la simplicité d’existences réglées par les 3×8 des usines qui faisaient respirer l’économie de la ville et vivre le petit commerce. Une maison, un jardin, deux voitures, les couples d’ouvriers croyaient en l’avenir. Le parti communiste de l’époque accompagnait ces familles vers l’émancipation par les études et la culture.

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Seulement voilà, à partir des années 1990, les usines, l’une après l’autre, ont déposé le bilan ou été délocalisées. Nexans, Saint-Gobain, Atochem ont disparu du paysage. Il n’en reste plus une seule à Chauny. De plans sociaux en réductions d’effectifs, les ouvriers ont été ballottés, précarisés, chaque foyer perdant un puis deux emplois. Ne sont restés que quelques distributeurs low cost et grandes surfaces de hard-discount pour consommateurs subventionnés par la dette d’un État obèse.

Aujourd’hui, on y crève

Aujourd’hui, dans le centre historique de Laon, un magasin sur deux est en vente ou à louer. À Chauny, mon oncle médecin ne voit plus un seul patient à fiche de paye. Seuls demeurent les CMU, les RSA et les sans-rien. Chacun compte. À 30 euros près, le budget du mois déraille. On gratte le sol, on piste les promotions, on reporte les achats, on tente de faire pousser des légumes, on grappille, on troque. On prie pour que l’hiver ne soit pas trop rigoureux. Ici, on vit en réel le concept de « décroissance » cher aux enfants de bourgeois qui étudient la socio dans des facs proches du Quartier latin. Une panne de voiture met d

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Mai 2017 - #46

Article extrait du Magazine Causeur

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