Alors que les sondages se suivent et se ressemblent, que les media nous prédisent unanimement la victoire d’Hollande, que les efforts louables mais légèrement désespérés de l’UMP ne semblent pas changer la donne, il ne reste plus qu’un moyen de renverser la vapeur : le bulletin de vote.

Les socialistes sont déjà dans l’après 6 mai, mais l’élection n’a pas encore eu lieu, et c’est encore le peuple qui aura le dernier mot. Et il n’est pas dit que celui-ci, en dernière analyse, voire au dernier moment, ne choisisse pas de se prononcer sur une vision de la France et sur un cap à tenir dans une conjoncture mondiale plus qu’instable. Non, la crise n’est pas derrière nous, oui la France est menacée au sein de la zone euro et plus largement dans la mondialisation. Et pourtant, ce n’est ni le repli ni le déni qui permettront à notre vieux pays de sortir de la léthargie dans laquelle il menace de s’enfoncer de manière définitive.

Ainsi, de la même manière que Gerhard Schröder a imposé à l’Allemagne une cure de réforme dans les années 2000 pour restaurer l’économie de son pays, il est plus que temps de revoir notre modèle de développement économique et social. Si l’Etat-Providence doit nécessairement garantir aux plus pauvres et aux plus démunis une existence décente et digne, sa vocation n’est nullement de s’immiscer dans tous les aspects de la vie économique de notre pays. C’est pourquoi les freins que sont le code du travail, la fiscalité des entreprises ou encore l’empilement normatif et législatif toujours plus contraignant doivent être levés afin de permettre à notre pays de repartir sur un bon pied.

Le principe de responsabilité doit être posé afin de garantir à chacun un juste équilibre : ainsi, pourquoi ne pas imaginer que le salarié qui accepterait une plus grande souplesse dans son contrat de travail soit récompensé par un supplément de rémunération et/ou d’assurance chômage dont la charge incomberait non plus à l’Etat mais à l’entreprise qui l’embauche ? Au nom de quoi proposer un contrat spécifique pour les jeunes serait-il plus indigne que de les condamner à des périodes de chômage qui ne cessent de s’allonger ? En ces temps de disette salariale, le CPE pourrait avoir du bon pour mettre le pied à l’étrier aux milliers de jeunes peu ou pas qualifiés qui arrivent sur le marché du travail. Lorsqu’on a 50 ans et que l’on est chômeur depuis plus d’un an, accepter un contrat plus souple pour l’entreprise ne serait-il pas profitable plutôt que de continuer à pointer à Pôle Emploi ?

En contrepartie de ces avancées significatives, l’entreprise doit prendre ses responsabilités : ceux qui acceptent de prendre leur part de risque dans le challenge permanent que représente le monde professionnel doivent être rémunérés en conséquence et/ou assurés qu’en cas d’accident de parcours, leurs droits leur seront garantis. Et l’Etat doit permettre cela. L’entreprenariat doit être encouragé et la fiscalité appliquée aux entreprises entièrement revue. L’imposition des grands groupes doit être harmonisée avec celle des PME et TPE. Il ne suffit pas créer un impôt sur les bénéfices des grands groupes pour se dédouaner de l’effort de révolution fiscale nécessaire pour remettre notre système productif sur les rails. La suppression de la taxe professionnelle procédait de ce raisonnement, malheureusement le gué n’a été qu’à moitié franchi et les vieilles logiques immobilistes ont une fois encore eu raison de la nécessité réformatrice. Le bon sens et l’intérêt général doivent présider à cette remise à plat. En outre, il faut cesser de faire de cas particuliers des dispositifs d’exonération qui au final bénéficient à tous. Certes, chaque activité a ses spécificités, mais ce n’est pas le rôle de l’Etat que de prévoir des exceptions au principe, puis des exceptions aux exceptions et ainsi de suite. Dès lors, comment s’étonner que les dirigeants de nos PME ne s’y retrouvent plus et que ceux de nos grands groupes fassent le choix de payer à prix d’or des cabinets de fiscalistes chargés d’optimiser l’imposition de leurs entreprises ?

Enfin, il faut imposer à nos responsables politiques qui présentent et votent les lois de prévoir au préalable l’abrogation systématique des normes préexistantes. Le rôle du parlementaire ou du ministre est de décider par la loi ou le règlement de l’orientation législative de la France. Mais toute modification doit être assortie de la suppression de la législation jusqu’alors en vigueur. C’est la seule solution pour éviter l’empilement et le mille-feuille juridique dans nos différents codes.

Toutes ces bonnes paroles n’ont en apparence que peu de rapport avec la réélection de Nicolas Sarkozy. Et pourtant… Des dix candidats en lice pour ce premier tour de l’élection présidentielle, aucun si ce n’est lui, n’a la capacité ni l’envie de mettre en œuvre des réformes urgentes pour la France. François Hollande rassure les français en promettant de ne rien changer et en garantissant toujours plus d’Etat (le déni). Marine Le Pen ne propose que l’isolationnisme anti-européen et l’arrêt de l’immigration (par ailleurs nécessaire) comme autant de solutions miracles pour sortir de la crise. Seul François Bayrou pourrait avoir la clairvoyance nécessaire pour participer au relèvement intellectuel et économique de la France. Mais, obnubilé par son vieil ennemi Sarkozy et persuadé d’avoir été désigné comme le successeur d’Henri IV, il a perdu 5 ans, voire 10, en oubliant l’indispensable pragmatisme qui doit guider l’engagement politique (Rappelons qu’Henri IV, le vrai, avait carrément changé de religion pour mettre fin à la guerre civile en France, la vraie).

Seul Nicolas Sarkozy, par son extraordinaire capacité à ne prendre en compte aucun des avis contradictoires qui l’entourent, peut faire bouger les lignes et bousculer les conservatismes. Regrettons au passage que l’électoralisme qui sévit dans toute campagne l’empêche de dévoiler l’ampleur des projets qui sont les siens pour notre nation. Enfin, espérons que l’absence de perspective de réélection en 2017 lui permettra de se défaire des chaînes de l’opinion qui retiennent depuis 30 ans nos responsables politiques d’envisager et de mettre en œuvre toute réforme un tant soit peu ambitieuse.

Si le cœur a ses raisons que la raison ignore, alors laissons tomber un instant le cœur au profit du cerveau et parions sur le seul chef qui, vraiment, veut nous sortir du marasme.

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