Il y a des retrouvailles qui n’attristent pas, malgré le temps qui a passé. Elles rassurent parce qu’au contraire la vie a gagné contre le temps.

Il y a dix ans, à la suite du hasard de la publication d’un livre – un dialogue vigoureux avec Bruno Gaccio, sous l’égide bienveillante du regretté Gilles Verlant -, j’avais fait la connaissance d’Olivier Besancenot puis, quelque temps plus tard, nous avions dîné ensemble.

Je ne craignais pas ses foudres révolutionnaires – il militait alors pour la LCR qui est devenue le Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA) en 2009 – parce que d’emblée j’avais perçu chez lui une extrême politesse, beaucoup de gentillesse personnelle comme s’il ne voulait pas dilapider l’intensité et parfois la dureté de son discours politique dans des circonstances et avec des personnes peu accordées à celui-ci.

Je me souviens d’échanges qui m’avaient beaucoup intéressé parce que j’avais la certitude d’avoir en face de moi une personnalité intelligente, intègre et convaincue, fascinante dans la mesure où d’abord elle fuyait comme la peste tout ce qui aurait pu ressembler à une séduction démagogique et que, par ailleurs, on percevait une cohérence entre ses idées et ses comportements, entre son être intime et son être politique.

Il exerçait le métier de postier à Neuilly-sur-Seine et on sentait que chez lui ce n’était pas une occupation de façade, au contraire cette quotidienneté du travail révélait la volonté de n’être pas un responsable politique comme les autres.

Cette urbanité, ce savoir-vivre qui lui faisaient si parfaitement distinguer ce qui relevait de la lutte idéologique et partisane de ce qui concernait la convivialité immédiate m’avaient frappé comme le signe précisément qu’il ne s’agissait pas d’un révolutionnaire de salon qui brûlerait ses cartouches en permanence et n’importe où mais d’un engagé lucide qui savait s’économiser pour l’essentiel.

Par ailleurs, appréciant sa conversation, j’étais confirmé dans l’impression que j’avais toujours eue à son sujet : un grand talent pour l’oralité, une parole vive, sèche, nette et abrupte mais parvenant sans détour inutile dans l’oreille et l’esprit de l’interlocuteur.

En 2007, je suis persuadé que nous aurions pu avoir un formidable débat, si le système l’avait permis, entre le candidat Sarkozy et lui-même. Le second aurait été largement à la hauteur du premier et ces deux talents auraient dans l’inimitié offert un spectacle rare.

Olivier Besancenot me semblait être un Mélenchon qui n’aurait pas oublié la civilité et aurait moins houspillé les journalistes qu’il n’aurait cherché à les convaincre ou à pourfendre ses contradicteurs.

De l’eau a coulé sous les ponts de la France et Olivier Besancenot, après avoir été candidat en 2002 à la présidentielle, l’a été à nouveau en 2007.

Philippe Poutou l’a remplacé pour la campagne de 2012 et si je ne partage rien du NPA – sinon son refus absolu du communisme stalinien et bureaucratique -, j’ai trouvé lamentable la condescendance à l’égard de son candidat de la part d’une classe politique qui estimait qu’un ouvrier n’avait pas à s’inviter dans ses joutes à elle.

Je n’ai plus vu ni entendu Olivier Besancenot. Pas plus à la télévision qu’à la radio. Sauf un soir, il y a quelques mois, avec, notamment André Vallini et Marion Maréchal-Le Pen. Le même mais avec un peu d’atténuation, moins de sarcasme, un propos toujours aussi percutant mais, si je puis dire, plus classique.

Je ne pensais jamais le rencontrer à nouveau.

Pourtant, c’est arrivé, par hasard également. Je l’ai retrouvé, dix ans après.

Il n’est plus le porte-parole de NPA mais continue à militer, toujours postier mais à Paris, dans un arrondissement qui correspond à sa fibre populaire. Il écrit, seul ou de concert.

Le même et un autre, comme nous tous après dix ans. Mais une fidélité à soi, une constance dans ses choix, dans son acharnement à mêler sa conception révolutionnaire de la lutte à la banalité nécessaire des travaux et des jours. Au bonheur d’une famille.

Je ne voudrais pas le gêner en laissant croire que nous pourrions être amis. Les purs et durs chez lui lui reprocheraient d’être estimé par un réactionnaire.

Je ne sais pas ce qu’il deviendra mais Olivier Besancenot, c’est sûr, est détachable du NPA. On peut vouloir bouleverser la société de fond en comble, on peut même parfois faire craindre le pire à ceux que le grand soir révolutionnaire n’a pas encore touchés de son aile rouge mais il n’empêche.

J’ai été heureux de croiser pour la deuxième fois la route d’Olivier Besancenot.

Le destin peut encore me réserver des surprises.

*Photo: IBO/SIPA. 00673044_000004

 

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Philippe Bilger
anime le blog "Justice au singulier".
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