Traditionnellement, après une élection, la distribution des postes offre une double opportunité : remercier les fidèles et donner dans le symbole, histoire de corriger une image forcément imparfaite. Et la règle ne vaut pas qu’entre Solferino et le faubourg Saint-Honoré. En Egypte, lorsque vous êtes un président issu des rangs des Frères Musulmans, déchiré entre la nécessité de donner des gages aux Etats-Unis et à l’opinion publique occidentale, et la volonté de resserrer les rangs islamistes, le grand écart vous guette. C’est ainsi que Mohamed Morsi, élu de justesse face au dernier Premier ministre de Moubarak, était attendu au tournant.

Après avoir nommé un gouvernement islamiste pur sucre, la liste de ses « assistants présidentiels » dévoilée hier corrige largement le tir et ne lésine pas sur les symboles. Au menu, une tambouille présidentielle fort éclectique. Admirez plutôt : sont donc promus assistants présidentiels le Frère Essam al-Haddad (jusqu’ici, tout va bien…), le salafiste Emad Abdel Ghafour (en charge des « relations avec la société civile », on ne ménage jamais trop son aile droite) et… l’intellectuel copte libéral Samir Morcos, au titre d’ « assistant pour la transition démocratique » flanqué de Pakinam al-Charkaoui, dont le principal mérite affiché est d’être une femme.

Les apôtres de la diversité pourront se féliciter de voir la politique des quotas strictement appliquée par le chef d’Etat égyptien. Mais les moins optimistes d’entre eux déploreront la bouteille à moitié vide : Morsi a en effet discriminé le courant queer, conscient que les homosexuels restent les parfaits boucs émissaires de la vindicte populaire égyptienne. Le jour où Le Caire nommera un conseiller présidentiel homosexuel stakhanoviste des soirées libertines, la cause de la tolérance aura sérieusement avancé au pays du Sphinx…

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