Le communisme selon Marx a-t-il été réalisé ou est-il toujours immaculé ? En tant qu’Idée, le communisme n’a pas d’autre définition possible que la communauté des biens et donc l’absence de propriété individuelle. Telle est sa seule essence invariable.
Cette idée a été mise en pratique sous diverses formes : par les États communistes, par certaines communautés religieuses, par les kibboutzim, et encore par d’autres expériences locales.
La communauté des biens est-elle un idéal de vie respectable ?
Naturellement, mais à seule une petite condition : que ce mode de vie soit choisi en toute liberté par des adultes consentants qui le désirent pour eux-mêmes.
Le communisme de Marx et des communistes ne respecte pas cette condition absolument impérative.
Il se distingue avec fierté des autres formes de l’idée communiste sur ce point : loin de résulter d’un libre choix individuel, il se présente comme le résultat nécessaire et s’imposant à tous du mouvement de l’histoire, dont la réalisation est l’affaire historique du prolétariat.
Cette idée du communisme qui est exposée dans le Manifeste du parti communiste a été mise en pratique par les partis communistes au pouvoir.
C’est le seul point sur lequel je dois contredire l’excellent article de Guillaume Nicoulaud, quand il écrit : « Le communisme, nous disent des Gérard Filoche ou des Jérôme Leroy, n’a jamais existé : comment pourrait-il être responsable de ce dont on l’accuse ? Eh bien ils ont raison. Le communisme, au sens marxiste – et donc canonique – du terme, c’est une société où les classes sociales ont été abolies, une société débarrassée de la propriété privée des moyens de production mais aussi une société sans État. Le communisme, c’est une forme d’anarchisme et vous conviendrez avec moi que des régimes comme celui de l’ex-URSS, de la Chine maoïste ou de l’actuelle Corée du nord ne cadrent pas du tout avec cette définition. »
Mille regrets, le communisme selon Marx et selon le Manifeste du parti communiste ne désigne pas seulement le terme final de la révolution communiste, à l’exclusion de son commencement. Le communisme selon Marx connaîtra des stades, mais pas de changements de nature.
Entre le communisme du départ et le communisme de l’arrivée, voyons ce qui fait la différence.
Au départ du communisme, même quand tous les moyens de production auront été collectivisés, il faudra continuer de travailler par nécessité, tandis que quand la rareté des biens aura fait place à leur abondance, le travail deviendra une activité libre, et même le premier des besoins.
Au départ du communisme, toujours à cause de cette satanée rareté des biens, il faudra conserver la division du travail, tandis que plus tard, grâce l’abondance, chacun fera ce qu’il veut dans tous les types d’activité et deviendra un « homme total ».
Au départ du communisme, chacun sera rémunéré à proportion de sa contribution en temps de travail social à la production des biens, tandis que quand règnera l’abondance, ce sera à chacun selon ses besoins et de chacun ses moyens, si tant est qu’une répartition s’impose.
Quant à l’État, il existe bel et bien au départ du communisme, puisque selon le Manifeste tout est placé entre ses mains et qu’il dispose d’un pouvoir total. Mais quand grâce à l’abondance, les conflits d’intérêts auront disparu et qu’il n’y aura donc plus besoin d’un pouvoir politique exerçant sa domination par la violence, alors la société pourra s’administrer elle-même sans être soumise à un pouvoir politique.
L’erreur de base de Marx est d’avoir cru que la suppression de la propriété privée mènerait à l’abondance, laquelle ferait disparaître tous les maux.
Sa faute de base est d’avoir condamné la liberté individuelle en tant que valeur bourgeoise faisant barrage à l’abondance.
Que dire alors à ceux qui se proclament communistes et révolutionnaires tout en condamnant ce qu’a montré la pratique du communisme ?
Cette remarque de Bossuet : « Dieu se rit des hommes qui se plaignent des conséquences alors qu’ils en chérissent les causes. »

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