Ce dernier dimanche d’avant l’élection présidentielle, dans L’Esprit de l’escalier, Elisabeth Lévy et Alain Finkielkraut ont eu raison de rejeter les procès d’intention suscités par les propos de Marine le Pen sur le Vel’ d’Hiv’. Ils ont eu raison de dire que le problème posé par ces propos, ce n’est ni le négationnisme ni le pétainisme.

Mais ils ont eu tort de faire comme si ces propos ne posaient aucun vrai problème.


Alain Finkielkraut : “Le problème de Marine Le… par causeur

Sous prétexte que Marine le Pen prétend revenir à la position gaullienne selon laquelle Vichy n’était pas la France, Elisabeth Lévy et Alain Finkielkraut ont eu tort d’en conclure que ceux qui critiquent la position de Marine le Pen sur le Vel’ d’Hiv’ s’en prennent à De Gaulle et à la France résistante.

On peut admirer la France résistante et De Gaulle tout en rejetant le mythe gaullien d’une France entièrement résistante et donc entièrement innocente des crimes de Vichy.


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Ce mythe a été utile pour que la France retrouve son indépendance, fasse partie du camp des vainqueurs, et occupe même un siège permanent au conseil de sécurité de l‘ONU, comme si la France avait gagné la guerre.

Mais la part du feu de ce déni de la vérité historique a été la reconnaissance officielle de ce que la France de Vichy a fait aux Juifs, qui est tombée aux oubliettes.

En réalité, la différence fondamentale entre la position de Marine le Pen et celle de Chirac ne porte pas sur l’expression «  La France a commis l’irréparable ».

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Si c’était le cas, Marine le Pen aurait précisé : «  Si je suis élue présidente, je ne dirai pas comme Chirac « La France a commis l’irréparable », mais je reconnaîtrai au nom de la France que l’État français de Vichy est responsable de persécutions et de crimes contre les Juifs de France, et particulièrement  de la rafle du Vel’ d’Hiv’. ».

Elle n’a pas dit cela.

Elle a même dit le contraire.

Sous couvert d’une querelle sémantique roublarde sur l’expression «  La France », Marine le Pen nous prévient. « La France a été malmenée dans les esprits depuis des années. On a montré à nos enfants qu’ils avaient toutes les raisons de la critiquer. De n’en voir que les aspects historiques les plus sombres. Je veux qu’ils soient à nouveau fiers de la France. Ce lien d’amour est fondamental. »

Elle nous fait ainsi savoir qu’elle entend effacer la condamnation des crimes de Vichy des discours officiels, de la mémoire nationale, voire des programmes scolaires.

Ce retour à un demi-siècle de déni et de refoulement rouvrirait la blessure que le discours de Chirac a refermée. Vichy redeviendrait un passé qui ne passe pas.

Ce n’est évidemment pas ce que souhaitent Elisabeth Lévy et Alain Finkielkraut.

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est professeur agrégé de philosophie.