On ne va encore dire que je vois le mal partout dans le capitalisme et que le temps est au chagrin et à l’émotion. Mais laisser aux commandes d’un avion un maniaco-dépressif, ça n’aurait pas un léger rapport avec la philosophie du low cost? Je m’explique. Manifestement, le co-pilote n’était pas islamiste, tarnacien ou ancien de la Fraction armée rouge. C’était un salarié d’une compagnie low-cost, German Wings, une filiale de Lufthansa. On aura beau dire que c’est un hasard, mais c’est quand même chez German Wings que la catastrophe est arrivée et pas dans la maison mère, Lufthansa. Et les pires attentes que l’on connaît dans les aéroports, les vols annulés à la dernière minute, avec le pilote qui aide à faire le ménage entre deux rotations, ça n’arrive pas sur les vols réguliers. Ou rarement. Les avions qui embarquent avec le strict minimum de carburant pour gagner un peu de temps et d’argent non plus.

Andreas Lubitz était un type avec de graves problèmes psychologiques depuis 2009, un maniaco-dépressif  avec un chagrin d’amour. La preuve du pudding, c’est qu’il se mange,  disait Engels qui lui aussi était allemand mais ne prenait pas German Wings sinon nous n’aurions pas pu lire Les origines de la famille, de la propriété privée et de l’Etat. Quand on voit à quoi est réduite la médecine du travail un peu partout en Europe comme tout ce qui est de l’ordre du « social », là aussi, c’est du low cost tout comme ce qu’est devenu le management qui est avant tout désormais une technique pour optimiser les profits en pressant les salariés, on peut au  émettre l’hypothèse, mais ce n’est qu’une hypothèse « à ce stade de l’enquête » que Andreas Lubitz, s’est  peut-être entendu dire des trucs du genre, « Eh mec, ta dépression, tu t’asseois dessus. Et tu vas bosser ou tu caltes, ok? » ou « Le dingo, mets le sur German Wings sinon il pourrait nous foutre la honte sur les vols réguliers. Et puis il y a un vieux expérimenté avec lui, ça ira. »

Sauf que ce n’est pas France Télécom, un avion à 11 000 mètres d’altitude avec 150 passagers. Ou un ingénieur du technocentre de Guyancourt. Quand un gars se suicide, ça se voit tout de suite beaucoup plus.

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Jérôme Leroy
Ecrivain et rédacteur en chef culture de Causeur.Dernier roman publié: Un peu tard dans la saison (La Table Ronde, 2017). Prix Rive Gauche