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Les racines de l’Olivier

Les racines de l’Olivier

Le saviez-vous ? L’extrême gauche est au cœur des débats politiques hexagonaux. Le PS lui reproche de faire le jeu de la droite, tandis que celle-ci l’accuse d’orchestrer la contestation sociale sous toutes ses formes, dans les entreprises, le secteur public, les universités et jusque dans nos bras…

Pour comprendre ce phénomène (de foire), il faut remonter non pas les Champs-Elysées mais le fil de notre histoire jusqu’à la Révolution française. Celle-ci est, entre autres titres de gloire, la source de tous les courants de pensée et mouvements d’extrême gauche dont notre vie politique s’enorgueillit depuis deux cents et plus. Sans 89 point de 93, comme eût dit M. de La Palice, point de Babeuf ni de Hébert, ni même de Robespierre pour réconcilier ces frères ennemis sur la guillotine avant d’y passer à son tour, fermant cette marche funèbre et sanglante.

Point non plus d’Auguste Blanqui qui (admirons l’allitération !) à force d’appeler à l’insurrection sociale, sera entendu… par la justice bourgeoise, qui le collera au trou.

Plus profondément même, sans la suppression des corporations verticales, point de syndicats horizontaux, donc révolutionnaires. Sans la dictature d’une minorité cumulant tous les pouvoirs politiques et économiques, point de révolte de ces « classes laborieuses, classes dangereuses » qui vont servir de carburant à la Révolution industrielle.

Sans la prise de la Bastille, point de Trois Glorieuses en 1830, ni de ces Misérables inspirés par les barricades de 1832 ; point de révolution de 1848, de Commune de Paris ni même, selon toute vraisemblance, de cette Révolution russe qui va remodeler durablement – jusqu’à nos jours ! – l’extrême gauche française.

La jonction est opérée par la figure emblématique de Trotski. Après sa rupture avec Staline dans les années 20, ce serial killer à tête de prof barbichu acquiert très vite une auréole de “dissident” qui le lave de tous ses crimes avant même qu’il n’en soit accusé. Il ne le sera donc jamais.

Au contraire, réfugié en France à partir de 1933, il ne tarde pas à devenir la coqueluche du tout-Paris intello-culturel, de Malraux à Breton. Léon a son rond de serviette – et aujourd’hui sa plaque en cuivre – à la Closerie des Lilas. C’est chez nous que paraît le premier journal trotskiste, Vérité (Pravda) et que la IVe Internationale est fondée. Il aura le temps d’effectuer plusieurs séjours en France, et même d’y laisser une trace indélébile, avant de mourir en martyr en 40 au Mexique, d’un fameux coup de piolet transmis par un émissaire de son ancien camarade de jeu Staline.

Las ! La deuxième Guerre mondiale va diviser la famille trotskiste. A l’issue d’intenses débats tant stratégiques que tactiques, les uns (à l’instar de Charles Maurras) concluent à la neutralité entre le clan des “yes” et le clan des “ya”, les autres à l’engagement dans la Résistance. On s’étonne presque qu’aucun de ces intellos fumeux n’ait poussé la logique floue jusqu’à soutenir l’Allemagne nazie… Mais il y a une raison de fond : Staline l’avait fait avant eux !

Tout le fan club français de feu Léon se retrouvera en revanche solidaire des combats anticoloniaux en général et du terrorisme progressiste du FLN algérien en particulier. Là au moins, c’est clair : plus il y aura de nouveaux pays, plus la révolution à venir sera mondiale, comme le souhaitait Trotski !

Dans les années 1960, la IVe Internationale subit la concurrence du maoïsme. Plus fort que la révolution mondiale qui défie l’espace, voici la révolution permanente (a.k.a. « culturelle ») qui défie également le temps !

Hélas ça ne durera pas, et moins encore en France qu’en Chine. Il faut dire que, contrairement à Trotski, Mao Zedong n’a jamais séjourné dans l’Hexagone. Résultat : l’engouement français pour la “révo cul” sera de courte durée, même s’il gagne un temps de grands esprits comme Jean-Paul Sartre ou le proto André Glucksmann, vite reconvertis respectivement dans l’antitotalitarisme “néo-philosophique” et le Grand Sommeil tout court.

Le trotskisme français, lui, persiste dans l’être ; il en sera finalement récompensé après la chute du Mur de Berlin et l’effondrement subséquent du PCF. Dès 1998, ce sont des militants trotskistes pur jus qui créent le syndicat Sud, toujours aussi hype vingt ans après. Puis vient la reconnaissance électorale, avec les succès d’Arlette Laguiller (5, 30 % à la présidentielle de 1995) et d’Olivier Besancenot ( 4,08 en 2007), ouvrant la voie à la fondation du NPA.

Entretemps, comme une Eglise catholique normale, l’ex-secte des barbichus a fait son aggiornamento, intégrant successivement à son combat les justes luttes des LGBT (ex-“pédés & gouines rouges”), des “sans-papiers” (ex clandestins) et des altermondialistes d’Attac (ex babas du Larzac).

Mais qu’on se rassure : comme pour l’Eglise encore, le projet n’a pas substantiellement changé. Il reste toujours fondé sur le fantasme en collier de nouilles de la grève générale, de l’insurrection spontanée et de la prise du pouvoir par le peuple – c’est-à-dire par son avant-garde conscientisée (le NPA). Même que le facteur joufflu éprouve toujours les plus grandes difficultés à expliquer ce qu’il restera des libertés quand elles auront cessé d’être “formelles”, c’est-à-dire au lendemain matin de l’hypothétique Grand Soir.

Par chance, on ne lui pose plus guère la question ! Il faut dire aussi que le trotskisme dominant, aujourd’hui en France, comme dirait Le Parisien, ce n’est pas celui de Besancenot et du Krivine maintenu. Plutôt celui d’une intelligentsia d’origine trotskiste qui regarde avec une tendresse amusée les p’tits gars du NPA jouer à la Révolution. Pourquoi voudriez-vous qu’ils s’en inquiétassent ? Ça leur rappelle leur adolescence, et personne n’a peur de sa propre madeleine…

Juin 2009 · N°12

Article extrait du Magazine Causeur


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