Johnny Hallyday dans "Les poneyttes" (Sipa : REX40152021_000001)

Attention aux yeux, votre écran vient de passer à la couleur. Objet totalement hors-norme, entre le documentaire et le film publicitaire, entre la comédie musicale et le reportage de l’ORTF, entre les yéyés agonisantes et la déferlante « peace and love », entre Jean-Christophe Averty et le Club Dorothée, entre Eric Rohmer et Les Charlots, entre la France de Tante Yvonne et les robes métalliques de Paco Rabanne, ce film foutraque n’en demeure pas moins plaisant à visionner. Ses imperfections nombreuses, son amateurisme potache, son overdose de violet saturé, ses filles en jupes courtes et ses garçons en chemises à jabots en font le marqueur d’une époque charnière. Projeté une seule fois en salle, à l’Olympia en 1968, Les Poneyttes, film de Joël Le Moigné sur un scénario de Claude V. Coen, dialogues de Raphaël Géricault, tient de l’œuvre expérimentale à la gloire d’Europe numéro 1 et du disque triomphant.

Une sorte de Blow-up gentillet à l’usage des auditeurs de « Salut les Copains », une version Chobizenesse sans l’acidité de Jean Yanne, le témoignage naïf et brouillon de la fin d’une parenthèse enchantée où la création avait encore quelque chose d’artisanale et de baroque. Les Poneyttes annonce le star-system poussé à son volume maximum, le vedettariat jetable en variable d’ajustement, les financiers aux manettes de la production artistique, la culture du scoop avant celle du buzz, les rêves de Mademoiselle âge tendre transformés en papier monnaie et le slogan « jouir sans entrave » dans la tête de tous les adolescents chahutés intérieurement par leurs hormones. Les Poneyttes sont posées au milieu du gué, en cette année pré-érotique, où la jeunesse étudiante avait des fourmis dans les bras, un certain mois de mai, du côté de la rue Gay-Lussac. Les Poneyttes hésite entre vendre leur âme au diable pour rester en haut de l’affiche ou accepter leur déterminisme social sans broncher.

Les Poneyttes est un film guidé par l’insouciance gamine des baby-boomers et la peur du lendemain. L’âge de la majorité approchant, les années 70 sonneront comme un réveil brutal à toute cette frange de la population. Les Trente Glorieuses ont du plomb dans le réservoir. Mais qui sont les « Poneyttes  ? « Des filles dans le vent ». Des chanteuses en fleurs, des actrices en devenir, des sténos en rupture de ban, des ouvrières en quête d’ascenseur social, des anonymes attirées par une célébrité façon Ring Parade. Sur leur chemin pavé de mauvaises intentions, elles rencontrent Max Thorp, un self-made-man, à la fois patron d’un magazine, d’un club, d’un studio d’enregistrement et d’une radio pirate, incarné par l’animateur Hubert. Le film suit l’emploi du temps de cet ambitieux qui roule en Ferrari 275 GTB 4 recouverte d’une peinture « flower power » à la ville, comme à la plage. Ce playboy dutronesque, chasseur de nouveaux talents, se maintient à flot grâce à son charme et à son entregent dans un rythme épuisant. Cette comédie à gros traits vaut surtout pour son casting pléthorique. Du jamais vu, une telle concentration de stars ! Johnny Hallyday y interprète son propre rôle ainsi que deux titres : « Le hit-parade » et « Le mauvais rêve ».

A ce moment-là de sa vie, il semble lui aussi chercher sa voie. Fin 1966, il s’est offert, en première partie, de l’Olympia, un inconnu du nom de Jimi Hendrix. Début 1967, il s’est engagé au Rallye de Monte-Carlo au volant d’une Ford Mustang. L’idole des jeunes fait face à une crise de vocation, il doit réussir à fidéliser son ancienne clientèle, se renouveler musicalement, tout en assurant des concerts marathons à travers tout le pays. Dans Les Poneyttes, pochette surprise du tout-Paris, on retrouve Sylvie Vartan, Carlos, Daniel Ceccaldi, Nicole Calfan, Patrick Topaloff, Bruno Coquatrix, Danyel Gérard, le Président Rosko, et ce n’est pas fini, la liste est interminable : l’indispensable Dominique Zardi, Paul-Loup Sulitzer, le roi du gadget avant de devenir celui du best-seller, Corinne Piccoli alias Corinne Cléry qui explosera dans Histoire d’O quelques années plus tard, Arlène Dahl, la mère de Lorenzo Lamas dit Le Rebelle, sans oublier la présence du groupe folk « Les Troubadours », je vous dis dingue, complètement dingue.

Les Poneyttes – film de Joël Le Moigné – DVD LCJ Editions.

Vous venez de lire un article en accès libre.
Causeur ne vit que par ses lecteurs, c’est la seule garantie de son indépendance.
Pour nous soutenir, achetez Causeur en kiosque ou abonnez-vous !
Thomas Morales
Journaliste et écrivain.Spécialiste reconnu du cinéma et de l’automobile, il collabore à des revues parmi lesquelles Valeurs Actuelles, Service Littéraire, Schnock, Technikart, etc... Il écrit dans la presse automobile depuis près de 20 ans et nourrit depuis son enfance une passion pour les voitures anciennes, les Hussards ...
Lire la suite