C’est le peuple le plus impopulaire de la Vème République. Jamais, de mémoire de politologue ou de journaliste, on n’avait observé un tel désamour de l’exécutif pour ses compatriotes. Ceux-ci semblaient ne pouvoir tenir aucun cap dans la durée, faisant un pas en avant puis deux pas en arrière sur tous les sujets qui préoccupaient vraiment le président. D’abord, le peuple qui avait pris la responsabilité d’élire François Hollande avait presque immédiatement renié son bulletin de vote dans les sondages. Puis, non seulement il avait rechigné à se mettre au travail pour inverser la courbe du chômage, mais en plus il avait fait barrage à toutes les réformes sociétales du chef de l’Etat : manifestations monstres contre le mariage unisexe, incompréhension face à la pénalisation de la demande sur un marché – celui de la prostitution – où l’offre demeure légale, doutes quant à l’urgence de passer de « l’égalité hommes-femmes » à « l’égalité femmes-hommes », refus de soumettre ses enfants à l’obligation de se définir selon leur « genre »… On le croyait mou, indécis, mais le peuple s’était révélé redoutablement dur, et têtu. Le président commençait à se demander s’il avait affaire à un sourd. Exaspéré, il exigeait des réponses. Soucieux de le rassurer, et espérant ainsi retrouver grâce à ses yeux, les Français sont donc allés à la rencontre de François Hollande. Ce mardi 6 mai, ils avaient promis d’aborder sans langue de bois les principales questions que le président se posait, en direct sur RMC et BFM TV. Compte-rendu.

« François Hollande : – Échec sur quoi ? Sur le chômage ?

Peuple français : – Oui, monsieur le Président, vous avez échoué. Ce qu’on ne vous reprocherait pas tant si ce n’était le problème dont découlent à peu près tous les autres. Et si vous n’aviez pas promis de réussir avant la fin de l’année dernière.

FH : – Est-ce que j’ai dissimulé la gravité de la crise ?

PF : – Pendant toute votre campagne, oui. Mais on vous comprend : ça n’a pas trop réussi à Sarko de nous prévenir d’avance qu’il faudrait se serrer la ceinture.

FH : – Est-ce que je n’ai pas suffisamment dit au lendemain de l’élection que la situation que j’avais trouvée était grave ?

PF : – C’est vous qui êtes grave. La situation est bien pire aujourd’hui.

FH : – Qu’est-ce que j’ai fait ? J’ai tergiversé ? J’ai hésité ? J’ai attendu ?

PF : – Un peu mon neveu, c’est même votre marque de fabrique. Lisez la presse. »

FH : – Pourquoi j’ai pris cette décision [de refiscaliser les heures supplémentaires] ? Pour faire mal aux Français ?

PF : – On se demande. Parce que travailler plus, si c’est pas pour gagner plus, c’est moins excitant.

FH : – Mais qu’est-ce que je dois faire ?

PF : – Vous auriez peut-être dû y réfléchir avant d’être élu. Maintenant, une dissolution ne serait pas de refus.

FH : – Qu’est-ce que j’ai eu à faire ? Parler aux Français tout de suite ?

PF : – Oui, chapeau pour les anaphores, mais avouez qu’il n’était pas très futé de nous parler du retour de Leonarda sans sa famille ou de la menace fasciste qui consiste à avoir un papa et une maman…

FH : – J’ai réorienté l’Europe sur le Pacte de croissance, vous croyez que ça s’est fait comme ça ?

PF : – Non, l’euro c’est du boulot, mais alors vous auriez pu nous épargner le sketch du non-aligné avec Angela Merkel. Du coup, ça nous donne pas super envie de voter aux Européennes, voyez.

FH : – Vous pensez que dans une période de crise, dans une période de difficulté, les Français pourraient être indulgents, pourraient être bienveillants, quand on leur demande tant d’efforts ?

PF : – Et puis quoi encore ? Une médaille ? Des bonbons ? Une réélection en 2017 ?

FH : – Amateurisme quand il s’est agi de sortir de la crise de la zone euro ? Amateurisme quand il s’est agi d’intervenir au Mali quand personne ne le faisait et que le terrorisme était en train de gagner la partie ? Amateurisme quand il s’est agi d’aller en Centrafrique pour éviter un génocide ? Amateurisme quand il s’est agi sur la crise Syrienne où j’étais le seul chef d’Etat occidental à dire : attention, ce qu’on est en train de laisser faire, c’est un massacre ?

PF : – Puisque vous êtes amateur d’anaphores, allons-y : oui vous avez été un amateur au regard de votre record du nombre de lois retoquées par le Conseil constitutionnel, oui vous avez été un amateur au regard de votre refus d’entendre des millions d’opposants à la privation légale de père ou de mère, oui vous avez été un amateur au regard de votre inaptitude à arbitrer la cacophonie ministérielle, oui vous avez été un amateur en attendant deux ans pour tenter d’enrayer la hausse des dépenses publiques. On continue ?

FH : – Qu’est-ce que je fais le 14 janvier [en prenant un virage social-démocrate] ?

PF : – La preuve de votre amateurisme. Bis repetita.

FH : – Qu’est-ce que j’ai fait [pour Alstom] avec le gouvernement de Manuel Valls et avec Arnaud Montebourg ?

PF : – La preuve de votre amateurisme. On trisse.

FH : – Est-ce qu’aujourd’hui les taux d’intérêts sont hauts, en France ?

PF : – À nouveau, faites comme Manuel Valls : lisez la presse. Non, ils sont très bas, ce qui ne fait pas de la France le matador de la finance, mais au contraire un pays qui peut encore s’endormir tranquille sur sa dette grâce à une abondance de crédit. Et tant pis pour nos enfants.

FH : – Comment voulez-vous qu’à la fin du mandat, si j’ai échoué sur le chômage, échoué sur la croissance, échoué sur le redressement du pays, je puisse dire : j’ai la solution pour la suite ?

PF : – En ne changeant rien à votre slogan de 2012 : le changement c’est maintenant. Puisque 2017, ce sera le nouveau maintenant, banane. »

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