En mon nom propre et en celui des centaines de milliers de lecteurs qui me font confiance, je demande solennellement pardon aux millions d’Africains récemment décédés à cause des déclarations scandaleuses du Pape sur le préservatif.

Je demande pardon à toutes les races, dont l’ignoble Zemmour a osé prétendre qu’elles existaient. Je demande pardon à tous les rappeurs, dont le spontanéisme révolutionnaire et le lyrisme poétique déclenchent périodiquement les aboiements des souchiens réactionnaires.

Pardon à l’art contemporain, traîné dans la boue et quotidiennement humilié par les petits-bourgeois hostiles à sa rebel attitude, heureusement saluée courageusement par tous les ministres de la Culture présents, passés et à venir et tous les musées publics, semi-publics et parapublics.

Pardon au public, laissé par la droite élitiste trop longtemps aux affaires dans une ignorance honteuse qui l’empêche malheureusement de comprendre et d’apprécier l’art contemporain à sa juste valeur et à son prix fort.

Pardon à Jeff Koons pour les nombreux haussements d’épaules de pharisiens ricanants, incapables de comprendre combien son homard à l’hélium avait regonflé Versailles.

Pardon aux intermittents du spectacle pour l’indigence prolétaire dans laquelle les maintient l’obscurantisme du Medef.

Pardon à Luc Besson, si souvent méprisé alors qu’il fait tant pour the rayonnement of the french culture.

Je demande pardon à Obama pour les plaisanteries honteuses de Berlusconi, qui ne sont pas sans rappeler les heures les plus sombres (no offense, Barack !) de Mussolini (on se méfiera jamais assez de tous ces noms en “ni”). Je demande pardon au peuple italien, si mal représenté par ce bouffon qui confond politique et commedia dell’arte.

Je demande pardon à la démocratie, qui devrait être protégée des puissances d’argent qui lui sont par essence étrangères. Je demande pardon à la télévision, rabaissée par Berlusconi au rang des jeux du cirque, alors que mille Arte pourraient s’épanouir ! Je demande pardon aux implants capillaires, auxquels il fait une si désastreuse contre-publicité.

Pardon aux altermondialistes, qu’un gouvernement cryptolepéniste tente d’empêcher de manifester leur juste colère à visage découvert.

Pardon à José Bové, à ce jour scandaleusement ignoré par la politique d’ouverture de Nicolas Sarkozy.

Pardon à Jack Lang, pour la rumeur odieuse laissant entendre qu’il aurait pu céder aux sirènes du pouvoir et intégrer le gouvernement.

Pardon à Rachida Dati, contrainte de rendre ses robes par l’égoïsme insensé de la maison Dior, dont le luxe arrogant n’en finit plus d’insulter la misère des pauvres.

Pardon à Valérie Létard, affreusement humiliée que personne n’ait la moindre idée de ses attributions au gouvernement.

Et pardon à toutes les femmes politiques (sauf Marie-France Garaud, bien sûr) pour l’inouï sexisme qu’elles ne cessent d’endurer aux plus hautes fonctions de l’Etat. Et pardon encore, Rachida, pour tous ces machistes qui prennent ton charme, ta légèreté et ta fraîcheur pour de l’incompétence, ton exigence pour une dureté cassante, ta passion pour de l’hystérie.

Pardon aux ours blancs, victimes de la fonte des glaciers. Pardon aux glaciers, victime de la néo-connerie de l’administration Bush et de son refus de signer le traité de Kyoto. Pardon à la ville de Kyoto, victime de la pollution infligée par l’activité inlassable des Japonais, ce « peuple de fourmis » comme disait si justement Edith Cresson.

Pardon à la nature, humiliée, brisée, martyrisée par une humanité que des millénaires de domination masculine ont transformée en machine à détruire.

Pardon au peuple de gauche pour l’existence de la droite, dont la ringardise culturelle et l’arrogance de classe sont une insulte au genre humain.

Pardon à l’avenir, auquel elle s’obstine à préférer le passé. Pardon à l’espérance, qu’elle insulte régulièrement au nom du réalisme. Pardon aux lendemains qui chantent, qui n’attirent que ses sarcasmes sinistres et grinçants.

Pardon aux espaces infinis, scandaleusement qualifiés d’effrayants par Blaise Pascal.

Pardon aux lecteurs de Libé pour la prose incompréhensible de Bayon. Pardon à ceux du Figaro pour ses valeurs obstinément bourgeoises. Pardon à ceux de L’Express pour les écharpes de Christophe Barbier. Pardon à ceux de Valeurs actuelles pour y avoir écrit… Euh non, attendez ! Avec tous les points de moralité que je viens d’accumuler, je ne vais pas, en plus, m’excuser pour quelque chose que j’aurais vraiment fait…

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Laurent Dandrieu
Laurent Dandrieu est rédacteur en chef adjoint à Valeurs actuelles, où il suit notamment les questions religieuses. Il vient de publier “La Compagnie des anges. Petite Vie de Fra Angelico” (éditions du Cerf).
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