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Le djihad laïque, ça suffit !

Le djihad laïque, ça suffit !

Mosquée de Paris

En 1991, l’Union soviétique disparaît de la carte en laissant pour seule héritière une Russie en proie au chaos. L’islam remplace alors peu à peu le socialisme comme idéologie révolutionnaire dans les pays du Moyen-Orient, ce qui est une aubaine pour les Etats-Unis à la recherche désespérée d’un nouvel ennemi pour justifier leur centralité financière. Les événements du 11-Septembre concrétisent ce passage de témoin en faisant émerger une nouvelle incarnation du Mal, sous la forme du barbu islamiste qui déteste l’Amérique, sa liberté et sa prospérité au nom d’idées moyenâgeuses. L’Empire va donc pouvoir repartir en croisade pour faire étalage de sa puissance, du moins le croit-il.

La théorie du “choc des civilisations” s’est depuis diffusée dans tout le monde occidental. L’islam n’est plus la religion des peuples d’Orient, mais le totalitarisme du XXIe siècle, conquérant et belliqueux comme à l’époque de Mahomet. L’islamophobie n’est plus une forme de la xénophobie nauséabonde du bas peuple aux bas instincts, mais une idée à la mode, particulièrement chez les élites éclairées qui profitent de l’occasion pour revêtir leur costume de résistant remisé depuis belle lurette. Même la gauche dite républicaine s’y met, sous couvert de laïcité, de défense du droit des femmes, quand ce n’est pas de la République elle-même. [access capability=”lire_inedits”]

Offensive de l’islam ou réaction contre l’islamophobie ? Histoire de poule et d’œuf

Il est vrai que, dans le même temps, les populations musulmanes se sont radicalisées dans une crispation identitaire. On a vu les voiles se multiplier, la burqa apparaître, la nourriture halal se généraliser, des prières se tenir dans les rues, au moins sur Dailymotion… Effet d’optique lié à un reflux de la tolérance à l’égard des manifestations d’une culture exogène ou réalité d’un nouveau communautarisme revendicateur nourri par une immigration toujours plus nombreuse et concentrée ? Offensive de l’islam ou réaction contre l’islamophobie ? Un vrai problème d’œuf et de poule impossible à trancher.

Quelles que soient les causes, on constatera simplement que la tension monte entre deux communautés. D’un coté, les populations immigrées, les musulmans, les racailles et habitants des cités, rassemblés dans un amalgame répulsif à souhait. De l’autre, des Français racistes, intolérants, coupables de discriminations ou de « stigmatisation », comme on dit aujourd’hui.

Si cette tension ne se manifestait que par des joutes verbales autour de symboles, comme le débat public national en raffole, cela serait fâcheux mais pas bien grave. Le problème c’est que la situation peut exploser à la moindre étincelle. Qu’un agent des forces de l’ordre soit tué à l’occasion d’une nouvelle émeute dans un quartier sensible, que la police ouvre le feu, soit sur instruction, soit parce que l’un de ses agents aura perdu ses nerfs, et ce sont toutes les banlieues qui s’embraseront aussitôt, plongeant la France dans une guerre civile communautaire comme elle n’en a pas connu depuis les guerres de religions, avec des conséquences politiques absolument imprévisibles.

Voilà pour le constat. Jusque-là, je pense que tout le monde sera d’accord, en espérant ne pas avoir fait dans le déni de réalité, donné dans l’angélisme ou la bien-pensance, pour reprendre la ligne de défense préférée des adversaires de l’islam.

Et maintenant, qu’est ce qu’on fait ?

Le drame de la période est que, face à la posture moraliste « anti-stigmatisation », on n’entend guère qu’un discours haineux de pure confrontation dont les seuls effets possibles seront de précipiter la guerre civile que l’on prétend vouloir éviter.

Ces nouveaux croisés soulignent à longueur d’articles tout ce qu’il y a d’antirépublicain dans la charia, réfutent toute distinction entre la pratique normale de la religion musulmane et l’islamisme radical, dénoncent le machisme au nom de la sacro-sainte égalité homme-femme quand ce n’est pas l’arriération mentale que traduit l’observation de prescriptions religieuses.

Leur rêve ultime est probablement de finir en martyrs de la cause laïque, comme Théo Van Gogh, ou simplement de subir une fatwa en bonne et due forme, ce qui est pour le moins paradoxal venant de prétendus laïques. Ils ne reculeront devant aucune provocation. Et si leurs apéros-saucisson et leurs textes accusateurs ne suffisent pas, ils iront s’il le faut jusqu’au blasphème le plus insultant, au nom bien sûr, des droits de l’homme et de la liberté d’expression.

On peut les comprendre. L’opinion est clairement en attente d’une réaction après des décennies d’immigration présentée comme une fatalité et de droit à la différence trop longtemps célébré. La libération de la parole xénophobe (au sens de rejet de celui qui se comporte en étranger sur le sol national) est incontestablement un puissant facteur de dynamique électorale et de succès médiatique. Sarkozy l’a bien compris, mais il n’est manifestement pas le seul.

Philosophiquement, l’islamophobie est déjà en soi critiquable, car si certaines critiques de l’islam sont fondées, l’exercice inverse, qui consisterait à interroger la culture dominante dans la France contemporaine, pourrait bien donner lieu à une critique tout aussi dévastatrice. Faisons donc l’inventaire des valeurs qui fondent aujourd’hui notre vivre-ensemble et demandons-nous s’il n’y a pas là une terrible carence qui pousse ces populations à se replier sur leur culture d’origine pour retrouver des valeurs fédératives consacrées dans des pratiques collectives ainsi qu’un sentiment d’appartenance qui fait cruellement défaut dans le pays de la laïcité.

Sur le plan pratique, la pensée islamophobe est en revanche absolument contre-productive et extrêmement dangereuse. Ce discours hémiplégique, qui flatte les uns et braque les autres, ne peut qu’exacerber les tensions, accélérer le durcissement de la société et de notre système politique et précipiter un véritable “choc des civilisations” sur notre sol.

Un système culturel ne se combat pas comme un système de pensée. On ne gagne pas une guerre de religion par le verbe comme on gagne une élection. On la gagne par les armes, l’extermination ou la conversion forcée ! Qui peut raisonnablement imaginer qu’un musulman qui tomberait sur un texte « riposte-laïcard » puisse se laisser convaincre que ses valeurs sont moyenâgeuses, que sa religion n’a pas décidément pas sa place dans ce beau pays qui est désormais le sien et qu’il est temps pour lui de se défaire de sa culture familiale pour enfin pleinement s’assimiler dans la nation française ?

Une culture agressée et niée ne peut que se radicaliser par réaction. Exacerber ainsi la conscience des différences culturelles ne peut que conduire à des identités irréconciliables et exclusives les unes des autres. À trop répéter aux musulmans qu’ils n’ont pas leur place en tant que tels dans la République, on les pousse à choisir entre deux identités devenues exclusives. Ils seront musulmans et rejetteront la France.

La cause de l’islamisation, c’est l’immigration sans contrôle. Légale ou illégale.

L’islamophobie ne devrait pas se revendiquer de l’héritage républicain, car non seulement elle divise au lieu de chercher à refonder l’unité nationale, mais elle s’oppose à notre tradition politique sur un point essentiel. L’ordre public a toujours été défini comme extérieur et matériel. La République s’est toujours refusée à faire la police des esprits. C’est cela aussi la laïcité !

C’est aux manifestations de l’islam − et par extension de tout ce qui peut paraître comme trop étranger pour avoir sa place sur le sol national − qu’il faut s’attaquer. Ce combat doit impérativement déboucher sur des revendications politiques et abandonner les postures trop faciles de la critique culturelle ou religieuse.

Peut-être faudrait-il commencer par s’attaquer aux causes de l’islamisation, à savoir l’immigration, légale ou illégale, dont le flux n’a jamais cessé ? Mais bien sûr, il est plus gratifiant et plus correct de dénoncer l’islamisation sous couvert de laïcité ou de féminisme, que de proposer de stopper l’immigration.

Peut-être faut-il oser durcir les conditions d’octroi de la nationalité pour faire ou refaire de ce droit un véritable parcours vers l’assimilation et, à l’occasion, redéfinir les droits et les devoirs attachés spécifiquement à la qualité de Français ?

Peut-être faudrait-il aussi se donner les moyens de fabriquer enfin un islam de France, débarrassé du contexte culturel moyen-oriental pour ne conserver que le message spirituel et les pratiques proprement religieuses, quitte à revenir temporairement sur la loi de 1905, via un nouveau Concordat qui permettait d’accoucher d’un clergé musulman de nationalité française et prêchant en français.

Peut-être aussi faut-il réglementer plus sévèrement la place de l’islam, ou de la religion en général, dans l’espace public, comme on a commencé à le faire avec l’interdiction du voile à l’Ecole puis de la burqa dans l’espace public.

Mais peut-être aussi faudrait-il reconnaître par un acte symbolique la légitimité d’un islam tolérant et modéré dans la République, par exemple en faisant d’une de ses fêtes religieuses un jour férié  ?

L’apaisement des tensions communautaires et l’intégration de l’islam dans la République, si c’est bien cela qu’on cherche, exigera en tout état de cause des efforts et des concessions des deux côtés. La nation française a été faite par la politique et non par la religion ou la culture. Traitons donc ce problème selon notre tradition, en le ramenant sur le terrain politique.[/access]

Octobre 2010 · N° 28

Article extrait du Magazine Causeur


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