La culture, c’est l’autre, c’est l’ouverture, c’est le courant d’air, même, c’est le vent dans les cheveux, c’est la mèche élégamment soulevée, c’est la fière calvitie d’un crâne offensé par les propos ignobles des obscurantistes. La culture, c’est le théâtre du Rond-point, cette salle de patronage mondain, où, depuis des années, j’organise des soirées de colère et de solidarité, des soirées de résistance. La culture, c’est le partage, c’est la lutte des classes d’admiration, qui autorise les militants socialistes salariés à faire une haie d’honneur aux milliardaires socialistes. La culture, c’est la dénonciation clairvoyante et malgré tout joyeuse des fautes morales de la droite, c’est la célébration amusée et tout autant solidaire des qualités permanentes de la gauche : les premières ont conduit naturellement à l’esclavage des Noirs, au colonialisme, à la fuite des capitaux, et même à la corruption de Cahuzac ; grâce aux secondes, on peut jouir du capitalisme et en dénoncer les excès. La gauche, c’est la Raison au service des siens. La gauche, c’est l’appropriation collective des moyens de vivre de la droite, c’est la justification rationnelle du mode de vie de droite par la gauche riche.

Je suis de gauche. Je ne m’en lasse pas. Je n’ai jamais été tenté par la droite. Parfois, je pense à tout ce que je n’aurais pas obtenu, aux gens que je n’aurais pas côtoyés si j’avais été de droite, et j’en frémis. Par exemple, Valérie Trierweiler ne m’aurait pas embrassé en regardant les caméras, elle ne m’aurait pas confié à voix haute, pour être entendue pas la forêt de micros qui l’entoure en permanence, l’une de ces sentences creuses et fermes dont elle a le secret.

On reconnaît un humoriste de gauche au fait qu’il déclenche les rires seulement après avoir lancé une formule hargneuse et dénonciatrice, alors que les électeurs de droite sont tellement bêtes, tellement premier degré, qu’ils s’esclaffent dès que paraît un humoriste de droite. Au reste, il n’y a pas d’humoriste de droite. Il n’y a que des imbéciles de droite, qui attendent qu’un salaud les fasse rire ! La droite c’est le sperme d’Adolphe H., toujours actif, cherchant le ventre fécond d’une salope, d’une bourgeoise insupportablement belle, vêtue d’un pantalon en agneau plus souple que la soie de sa chair rose, en bas noir et à talons hauts, soumise à un rut brutal et furtif. La gauche, c’est le condom prêt à servir, afin que la semence satanique n’irrigue point ses muqueuses. La gauche, c’est l’interruption de grossesse en cas de rupture du caoutchouc : ainsi, le foutre d’abomination jamais ne donnera naissance à la nouvelle Bête immonde. Je suis donc un condom : qui me condamnera ?

La gauche, c’est le siècle des Lumières avant l’électricité ; la droite, c’est l’électricité par les centrales atomiques. Je suis de gauche. Le soir, dans mon lit, j’écoute avec ravissement tomber lentement mes paupières, et j’entends sans me lasser le friselis que font mes petits doigts dans le poil de ma barbiche. Je suis drôle. Mes amis rient.

Je roule à droite, mon volant est à gauche. Je ne crains pas d’évoquer la Révolution. Il ne m’arrivera rien. Je suis la moyenne des peurs et des aspirations de ma classe. Tout mon discours est une parfaite illustration de notre langue vernaculaire : celle du pouvoir. François Hollande vous étonnera. Guy Bedos ne m’a jamais déçu.

*Photo : REVELLI-BEAUMONT/SIPA. 00670715_000012.

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