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Juppé, la « tentation » du FN et la Chute de l’UMP

Sur son blog, Alain Juppé a le mérite de mettre les pieds dans le plat. En tant qu’ancien président de l’UMP, il relaie – pour mieux les critiquer – les préoccupations d’une grande majorité des militants qui souhaitent une alliance UMP-FN, ne serait-ce qu’à l’entre-deux-tours des législatives. Au moins évoque-t-il sans langue de bois le fossé grandissant entre la tête et les jambes de l’UMP, sans doute conscient que la position des Jean-François Copé et François Fillon devient de plus en plus intenable face à une base qui rêve d’en découdre avec la gauche sans s’embarrasser d’un antilepénisme éculé.

Pédagogue, Alain Juppé expose les trois raisons qui lui font rejeter toute idée d’entente avec le parti frontiste. Primo, « une raison morale : l’histoire, la culture, les références idéologiques de ce parti ne sont pas les nôtres; et, dans ce domaine, la nouvelle “direction” du FN n’a rien changé. » A cette assignation un brin de mauvaise foi, on rétorquera que les origines des mouvements politiques ne changent jamais (on ne refait pas l’histoire ! )… au contraire de leurs positions. Un esprit cruel rappellerait au « gaulliste » M. Juppé le hiatus entre sa politique étrangère interventionniste et la sacralisation des souverainetés étatiques qui vit De gaulle recevoir Khrouchtchev à l’Elysée en des temps où la Kolyma regorgeait de prisonniers politiques. Contre ce premier argument fallacieux, O tempora o mores, rétorquera-t-on poliment à Alain Juppé.

Secundo, l’ancien Premier ministre affine son argumentaire par « une raison programmatique : sur bien des points les propositions du FN sont en totale contradiction avec les nôtres. Deux exemples : le FN prône le retour à la retraite à 60 ans, et… la sortie de l’euro ! ». Là-dessus, le maire de Bordeaux a factuellement raison. Mais, lui opposera-t-on en citant Pasqua, les promesses n’engagent que ceux qui les croient. En politique, quelques sièges d’élus locaux, sinon quelques maroquins, ont vite raison des plus vives radicalités programmatiques…

Tertio, Juppé achève son raisonnement par l’exposé d’une « raison tactique : l’objectif du FN n’est pas de faire alliance avec nous, mais de casser l’UMP, quitte à assurer la victoire des candidats PS, pour asseoir sa prédominance sur la droite. On n’est pas obligé de tomber dans le piège. » C’est vrai, Marine Le Pen voudrait faire voler en éclats l’hégémonie de l’UMP sur la droite, et ne s’en cache pas. Mais le précédent du Programme Commun de la gauche nous démontre le contraire : tout le génie politique de Mitterrand fut d’embrasser le Parti Communiste pour mieux l’étouffer. Dans les années 1970, le parti de Marchais et Duclos entendait conserver sa domination sur la gauche, ne voyant pas dans le baiser du PS l’amorce d’un phagocytage politique. En 1981, avant le premier tour de la présidentielle, dans une campagne très nationale-communiste, Georges Marchais claironnait que son parti ne s’alignerait jamais sur un gouvernement bourgeois à vernis socialiste. On connaît la suite…


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