Exposition de Jonathan Siksou

‌Voici l’os d’un animal fraîchement soustrait au corps qu’il contribuait à soutenir, un os d’articulation, qui constituait, avec d’autres, un individu viable, c’est à dire apte à se mouvoir, un os sur lequel naguère encore venaient se fixer des tendons, lesquels transmettaient la force musculaire nécessaire et suffisante à la réussite d’un mouvement aussi éblouissant et banal que la flexion, et, bien sûr, l’extension, un os dont les extrémités sont d’une pâle couleur bleu humide, produite, aux extrémités, par leur cartilage hyalin. Cet os, que l’on vient de détacher de son squelette avec un peu de précision mais sans excès de douceur, il se pourrait que Jonathan Siksou le « considérât », qu’il le convoitât, même, et qu’il l’emportât dans son atelier.

Là, il le soumettra à un long traitement. Il débarrassera sa surface de toute scorie et matière, jusqu’à obtenir une apparence lisse, d’un blanc de calcium originel : « j’ai commencé à ramasser les ossements, que mes promenades me faisaient découvrir. Je les plaçais en évidence sur une étagère. J’admirais leur aspect, les surfaces que le jeu de l’ombre et de la lumière faisait naître. Cavités orbitaires, fosses nasales, fissures, tout excitait ma curiosité, réveillait mon imagination. J’aimais et j’aime toujours les crânes, leur parfaite symétrie. Ils me sont apparus comme le support parfait d’un acte de transformation. »

Tout en conservant leur identité, il modifia leur code esthétique : ils étaient crâne ou fémur, ils acquirent une autre dignité visuelle. Ainsi naquit sa belle série des « crânes géographiques ».

Les planisphères vinrent épouser parfaitement les reliefs et les cavités naturelles. Mais les pièces de squelette présentées ici sont, pour la plupart, d’un blanc immaculé, acrylique : elles peuvent être appariées à des objets de brocante ressortant aux arts de la table, par exemple.

D’autres formes sont suggérées par l’assemblage savant de menus os, disposés tel un linceul opaque, une brève averse osseuse fantomatique…

L’entreprise est vraiment singulière, qui relève, en effet, d’une ancienne coutume européenne, née à la Renaissance : le cabinet de curiosité, dont l’idée a toujours séduit Jonathan Siksou. Dans une salle réservée à cet effet, tel grand seigneur disposait des objets rares et précieux, dont la seule étrangeté enchantait les esprits : pierres de foudre, mâchoires, crânes, défenses d’animaux alors mal identifiés voire légendaires, secrets d’alchimiste…

Il entre de la fascination dans la parade des œuvres de Siksou : il place, par le seul effet de sa « fantaisie » qui le métamorphose, le crâne d’un mouton anonyme dans l’univers de l’objet modifié, d’abord par l’artiste puis par le regard des autres, celui des visiteurs des galeries où il est exposé.

Dans le même lieu, on admire sans restriction les statues de Béatrice Massa, et l’on est vivement intéressé par les quelques tableaux de Kliclo. Or, on apprend que Kliclo est la mère de Jonathan ! Attendons une prochaine occasion pour parler de cette artiste, qui interroge nos « traces » culturelles, sociales, nos preuves de comportement post-industriel : deux membres d’une même famille soutenus par un article dans le magazine où collabore le fils, cela aurait fait copinage !

Jusqu’au 30 juin 2017 à la Galerie Au Fond De La Cour Marie-Laure de l’Ecotais,  49 rue de Seine, Paris – 11 h à 13 h, 14 h à 19 h


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