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Jacques Chevallier, l’incompris d’Alger

Pour la sympathisante de l’indépendance algérienne que je fus jadis, le livre de José-Alain Fralon[1. Jacques Chevallier, l’homme qui voulait empêcher la guerre d’Algérie, José-Alain Fralon, éditions Fayard, mai 2012.] sur l’ancien maire d’Alger (1941-1958) est saisissant. À partir d’archives familiales, d’interviews, en puisant dans les mémoires écrits par les différents protagonistes de l’époque, l’ancien journaliste du Monde, lui-même pied-noir, parvient à ressusciter sobrement la personnalité hors normes de Jacques Chevallier. Jeune résistant, plus jeune maire de France, membre des services de renseignement français aux États-Unis (sa mère était issue d’une lignée d’émigrés de Louisiane), il fut député de l’Algérie à Paris et ministre de la Guerre dans le gouvernement de Pierre Mendès-France. Il se fit ensuite l’infatigable bâtisseur des cités nouvelles d’Alger la blanche et le défenseur d’une Algérie fédérale où musulmans et européens auraient cohabité dans l’égalité des droits, dans le cadre d’une relation renouvelée et privilégiée avec la France. Jacques Chevallier ne rencontra jamais Albert Camus. Mais il était son frère.

En vain… Le déchaînement des “événements”, de la “révolution”, en clair de la guerre, le meurtrit sans l’étonner, puis le dépassa. Les virevoltes et silences de De Gaulle le laissèrent incrédule et blessé. Considéré comme « libéral » parce qu’il cultivait les meilleures relations avec les notables musulmans algériens, bête noire d’Alain de Sérigny, le très réactionnaire directeur de L’Écho d’Alger, et du gouverneur socialiste Robert Lacoste, rallié au parti des pieds-noirs extrémistes, il devint la cible des généraux rebelles du putsch d’avril 1961, puis de l’OAS.

C’est pourtant grâce à sa médiation que fut conclu, en juin 1962, un accord de dernière minute entre OAS et FLN qui épargna à Alger d’être incendiée après les accords d’Évian. Mais la poursuite des attentats et des meurtres produisit l’irréversible : entre mars et juillet 1962, le départ massif d’Algérie de millions d’Européens, sans espoir de retour. Jacques Chevallier fut l’un des rares à ne pas choisir l’exil. Le pouvoir FLN l’humilia, en dépit de son engagement total et sincère en faveur de l’Algérie nouvelle. Il mourut en 1971 d’un cancer, laissant la terre qu’il avait tant aimée à un parti unique de type soviétique et aux militaires qui ont pratiqué l’arabisation à marche forcée et confisqué la rente gazière qui aurait pu assurer à leur peuple la vie meilleure dont Jacques Chevallier rêvait pour l’Algérie.

Jacques Chevallier, l’homme qui voulait empêcher la guerre d’Algérie, José-Alain Fralon, éditions Fayard, mai 2012.


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