L’Islande est une île calme, très calme… Hormis l’ébullition de ses sources volcaniques et les quelques nuits alcoolisées de Reykjavík, l’Etat insulaire s’échauffe rarement. Pour ne pas dire jamais. De mémoire d’historien, la police n’a dû faire usage de ses armes à feu qu’une seule fois, en 2013, pour neutraliser un forcené qui tirait depuis la fenêtre de chez lui. Et pourtant, une information de la plus haute importance (comme dirait Pierre Dac) nous apprend que le commissaire du district des Fjords occidentaux, Jonas Gudmundsson, a abrogé, le 22 avril dernier, le décret rédigé par l’un de ses prédécesseurs stipulant que « les Espagnols peuvent être tués en toute impunité ». Ça ne rigole pas au large de la Norvège et du Groenland. Ari Magnusson édicta cette libérale permission en 1615, au lendemain du massacre de trente-deux Basques espagnols, chasseurs de baleine, dans des circonstances et pour un différend que tout le monde ignore aujourd’hui. L’histoire ne retient pas davantage les motivations de ce texte, défense d’intérêts particuliers ou protectionnisme vigoureux, le pays étant alors confronté aux embargos danois, aux attaques pirates et aux épidémies diverses. Une certitude cependant, il n’a jamais révélé, ou réveillé, une folie meurtrière chez les Islandais à l’encontre des Hispaniques. On dit même que des touristes espagnols viennent régulièrement passer leurs vacances en Islande, par curiosité. Mais devoir de mémoire oblige, l’abrogation de ce décret a été suivie de l’inauguration d’une stèle en hommage aux victimes, à Holmavik, en présence des descendants d’un de ces pêcheurs Basques et d’un des meurtriers. La cérémonie fut digne et émouvante. Rêvons – l’espoir fait vivre – que ce bel exemple d’amitié retrouvée entre Midi et Septentrion inspirera quelques pensées pacifiques aux énervés qui s’activent toujours sous des cieux nettement plus chauds, du côté de la péninsule arabique.

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