Son absence aura été de courte durée : presque deux ans après en avoir été bannie, l’Irlande revient aujourd’hui sur le marché de la dette. Selon la NTMA, l’agence de la dette du pays, Dublin va essayer de lever 500 millions d’euros en échange de bons du Trésor à trois mois. Certes, il s’agit d’une émission de court terme mais son importance dépasse largement son échéance et la (modeste) somme en question. Car cet événement révèle surtout le retour en grâce de l’Irlande auprès des investisseurs et le refinancement normal de sa dette sur le marché des capitaux.

L’Irlande entame doucement son retour sur le marché car elle a un peu de temps devant elle. Jusqu’à la fin 2013, ses besoins de financement sont assurés par le plan d’aide international mis sur pied en 2010. Dublin se projette donc vers 2014, première année où elle devra de nouveau se financer de manière autonome.

Rappelons qu’après l’éclatement de sa bulle immobilière en 2008, le secteur bancaire irlandais a frisé l’écroulement, risquant d’emporter avec lui l’économie nationale toute entière. Le gouvernement fut alors obligé de renflouer les banques en urgence puis de nationaliser leurs dettes, ce qui fit culminer le déficit public irlandais à 32% du PIB.

Pour affronter cette faillite de fait, l’Irlande avait sollicité une aide de 85 milliards d’euros auprès de l’Union européenne et du Fonds monétaire international (FMI). Cet appel au secours était la conséquence de l’incapacité du pays de se financer à un prix raisonnable; et c’est à partir de ce moment-là que l’Irlande fut de facto exclue des marchés financiers. En novembre 2010, cette aide lui fut donc accordée en contrepartie d’une sévère cure d’austérité, réduisant les dépenses publiques de 11.5% entre 2008 et 2011.

Concrètement, l’enveloppe consacrée aux prestations sociales a été rognée de 5%, les effectifs de la fonction publique allégés de 20 000 postes, obligeant certains employés du secteur de la santé à traiter 30% de patients supplémentaires chaque jour ! Dans le même temps, le taux de chômage décollait, passant de 4.2% juste avant le déclenchement de la crise en 2007 à presque 14.4% aujourd’hui. Le pays s’est donc plié à la discipline budgétaire, a respecté ses engagements vis-à-vis de ses créanciers (le FMI et l’Union européenne), lesquels lui adressent régulièrement des satisfecit pour son application zélée du programme de redressement économique.

Au-delà de ces « bonnes notes », le chômage semble stabilisé voire en légère baisse et une nette amélioration sur le front de l’emploi est attendue pour 2013. La croissance du PIB reste molle mais l’ensemble des indicateurs rassurent les investisseurs privés au point d’envisager un retour plus tôt que prévu sur les marchés. Dix ans après son plan de redressement, l’Argentine, pour citer un modèle économique alternatif, ne peut que rêver du retour en grâce irlandais.

Pourtant, les Irlandais ont fait le contraire de ce que préconise la gauche française en termes de relance par la demande et de gestion de la dette. Ceci dit, la question n’est pas de savoir qui a raison et qui a tort mais de faire de l’économie et de la politique. La vérité est qu’il n’y a pas de réelle alternative à la politique que pratiquait le tandem Sarkozy-Fillon. On peut faire un peu mieux ou un peu moins bien, mais quoiqu’en disent nos actuels gouvernants, les marges de manœuvre restent extrêmement réduites. Une autre politique économique n’existe pas, au moins aujourd’hui ou dans un avenir proche. Et plus tôt on le reconnait, mieux c’est.

*Photo : dullhunk

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