Ils vont partir pour l’Irak. Ils sont très motivés, mais pas très nombreux. Une dizaine d’hommes, anciens militaires pour la plupart, regroupés sous le sigle Task Force Lafayette (voir notre entretien exclusif). Leur destination : Erbil au Kurdistan irakien. Là, ils feront le coup de feu contre les psychopathes de Daech dans les rangs des peshmergas kurdes, les seuls combattants dignes et courageux de cette région.

Selon le chef du groupe, leur expédition n’obéit à aucune motivation religieuse. « Nous avons récusé tous les candidats qui voulaient s’engager par amour pour la foi chrétienne ou qui manifestaient de l’animosité à l’égard de l’Islam. » Il confie son écœurement face aux monstruosités de Daech, à l’indifférence occidentale et dit s’inspirer de l’exemple des Brigades Internationales de la Guerre d’Espagne. Un ancien militaire se revendiquant d’une culture de gauche, ça a de quoi surprendre. Mais peut-être a-t-il lu Malraux ?

Il y a donc des hommes en France qui sont prêts à mourir pour une certaine idée qu’ils se font de la dignité humaine. Mais ils ne sont qu’une dizaine. Cela vaut-il un article ? Oui, ça vaut tous les articles du monde ! Ils étaient combien au Thermopyles ? Il faut parler d’eux pour qu’ils ne restent pas, ne meurent pas anonymes.

Dans un pays las, fatigué et qui n’a d’autre identité qu’une identité malheureuse, tellement piétinée et bafouée qu’on en arrive à douter qu’elle existe, ces quelques hommes témoignent que la lâcheté et la soumission ne sont pas une fatalité. Et pourtant, le discours dominant est celui de la servitude volontaire. « Plutôt rouges que morts ! » clamaient les pacifistes des années 1980, obnubilés par la puissance soviétique. « Plutôt verts (la couleur de l’Islam) que morts ! » répètent leurs héritiers d’aujourd’hui.

Des centaines et des centaines de jeunes Français partent pour la Syrie et l’Irak. C’est pour tuer. On en parle tous les jours. On condamne mais on explique. On déplore et on justifie. « Ah ! Ils étaient si biens, si doux, pas du tout fanatiques ». Hors de question de les punir. On préfère les soigner. Pour eux, on a inventé des « cellules de déradicalisation », comme il y a des cellules de dégrisement pour les soulographes invétérés.

Un jour, ces djihadistes attirés par l’odeur du sang, se trouveront peut-être face aux hommes de la Task Force Lafayette. Français contre Français, ça s’appelle la guerre civile. Loin de la France, il est vrai. Pour le moment…

Vous venez de lire un article en accès libre.
Causeur ne vit que par ses lecteurs, c’est la seule garantie de son indépendance.
Pour nous soutenir, achetez Causeur en kiosque ou abonnez-vous !
Benoît Rayski
est journaliste et essayiste
Lire la suite