François Hollande a beau être le président de la République que l’on sait, il n’en demeure pas moins l’habile corsaire aguerri dans les couloirs de Solférino. Il serait ainsi idiot de tomber dans le piège qu’il tend aux opposants au mariage gay et à tous ses adversaires politiques, hors gauche, du même mouvement, à quelques jours des Manifs pour tous, prévues à Paris et à Bordeaux. A 10% de popularité, alors que « la croissance, elle est toujours pas là », que l’ancien adversaire a prononcé son discours de sous-préfet à Lambersart, que sa gauche gronde, que rien ne va plus comme toujours, bref, qu’il pleut dès qu’il fait une conférence de presse, la question dite sociétale lui servira samedi encore une fois à resserrer les rangs contre l’ennemi commun.

Il a résisté un an durant à des marées humaines dans la rue, qui ont cet avantage immense, pour la police, du pacifisme invétéré : une manif de plus n’est pas pour l’apeurer. Il en tirera au contraire de notables bénéfices : bobo sera heureux, la droite s’entretuera pour récupérer l’électorat inespéré des fascistes en loden, et le Front national se divisera.

Il n’y a d’ailleurs pas d’autre explication rationnelle au fait qu’il ait depuis l’été placé en première ligne son trio féminin de choc, Taubira, Vallaud-Belkacem et Touraine.

Taubira l’honnie des MPT reconduite sans douleur malgré son soutien aux frondeurs ; Vallaud-Belkacem faisant la promotion de ce genre introuvable dès la rentrée ; enfin, last but not least, Touraine annonçant avec tambours et trompettes la fin programmée de la politique familiale française, cinq jours avant les manifestations. Ou le président de la République est masochiste, ou dans sa stratégie de la tension, il est rusé comme le serpent.

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Jacques de Guillebon
est journaliste et essayiste.est journaliste et essayiste.
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