Une soixantaine de « personnalités » du milieu artistique et culturel français ont cosigné une tribune pour dire « stop au Hollande-bashing » dans les colonnes du Journal du Dimanche.

« Dès le départ, regrettent-ils, François Hollande a fait face à un incroyable procès en illégitimité. Ce dénigrement permanent met à mal toutes les institutions de la République et la fonction présidentielle. Il perdure encore aujourd’hui malgré la stature d’homme d’État que François Hollande a parfaitement incarnée, tant dans les crises internationales que lors des épouvantables tragédies que notre pays a traversées. C’est comme si, en quatre ans, on n’avait jamais entendu parler ni retenu tout ce qui a été accompli, systématiquement effacé par ce Hollande-bashing » déplore gravement la petite troupe de signataires.

Parmi eux, Agnès B., Catherine Deneuve, Benjamin Biolay, Juliette Binoche, Denis Podalydès, Irène Jacob, Sylvie Testud, Laure Adler, Patrick Chesnais, Gérard Darmon, Michel Ribes, Mazarine Pingeot, Bernard Murat, Michel Rotman ou le très-urgentiste Patrick Pelloux qui n’a certainement pas oublié la chaleureuse étreinte du Président aux lendemains des attentats de Charlie Hebdo.

Le président people?

Dix jours après la victoire anti-showbiz de Donald Trump, l’élite artistique française a peur. Elle a peur pour la table du festin, où elle est encore assise, mais que le peuple s’apprête à renverser aussi de ce côté de l’Atlantique. Elle signe alors des tribunes dans la presse, monte au créneau de Saint-Germain-des-Prés, chante contre la haine, mais n’entend toujours pas la musique, moins amplifiée mais plus rythmée, qui s’élève des trottoirs et des campagnes du pays réel.

Ils braillent : « Nous dénonçons cet acharnement indigne qui entraîne le débat politique dans une dérive dangereuse pour la démocratie! » Mais de quelle démocratie à dérive dangereuse est-il question ? De celle qui donne la voix à tous ceux dont le nom des ancêtres est silencieusement gravé sur les monuments aux Morts de la nation et fait taire un instant lauréats des Césars et faiseurs de Disque d’or ? De celle qui donne la voix à tous ceux qui construisent le pays dans sa chair et fait taire un instant ceux qui cherchent à le déconstruire dans son identité ?

Un coup de grâce médiatique

Ces artistes, acteurs, musiciens, hommes et femmes de lettres, si absorbés par la petite musique qu’ils nous jouent depuis des décennies, si mélomanes en matière d’humanisme à quatre sous, si attentifs aux justes accords de la bien-pensance, ont l’oreille un peu dure lorsqu’il s’agit d’entendre la rumeur qui monte de la rue et qui leur est hostile. Ils n’ont toujours pas compris que leurs sermons d’humanité sont devenus inaudibles au peuple historique, celui qu’ils ne chantent pas. Ils n’ont toujours pas compris que le secours au président Hollande, qu’ils espèrent providentiel, est contre-productif.

Mais, pour eux, l’essentiel est peut-être ailleurs. A l’heure où la nation se clive, il s’agit de bien délimiter les camps et d’exclure de celui du Bien les brebis galeuses ou égarées.

Le JDD, qui promeut chaque année le fameux classement des personnalités préférées des Français jamais interrogés, a publié cette tribune de plus qui n’est au fond qu’un entre-soi, un sauf-conduit qui ouvre encore les portes de la classe culturelle dominante.

François Hollande, lui, n’avait certainement pas besoin d’un tel coup de poignard médiatique.

Mesdames, Messieurs les humanistes, et vous, Monsieur Pelloux l’urgentiste: vous devriez le savoir, on ne tire pas sur l’ambulance !

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