Gil Mihaely. « Les couches populaires et moyennes de ce pays sont réalistes et ne demandent pas que l’État puisse tout. Elles demandent simplement que l’État puisse quelque chose » : voilà ce que vous écriviez dans Libération, le 6 décembre 2012. Entre le réalisme de Michelin et le volontarisme de Florange, entre « inacceptable » et « inévitable », où placez-vous le curseur de l’intervention publique ?
François Kalfon. À gauche, on observe deux types d’attitudes tout aussi problématiques face au pouvoir. D’un côté, il y a ceux qui, comme Mélenchon et certains membres du Parti socialiste, refusent en réalité tout compromis. Cette opposition systématique issue d’une forme de surmoi marxiste est idéologiquement confortable mais fonctionnellement inefficace. De l’autre, il y a ceux qui, au nom du mot-valise « social-démocratie », acceptent tout. Entre les deux, il y a place pour la politique et c’est celle que nous entendons occuper. Ce réarmement du politique a déjà permis de faire beaucoup.
GM. Quoi, par exemple ?
Une Banque publique d’investissement a été créée, Hollande a tenté de sauver le budget européen et mis en place le crédit d’impôt compétitivité-emploi. Un accord historique sur le marché du travail réunit pour la première fois patronat et syndicats réformistes, là où l’ancien pouvoir brutalisait la démocratie sociale.
Élisabeth Lévy. Très bien, vous avez fait le boulot. Maintenant, Najat Vallaud-Belkacem, sors de ce corps…
Ce n’est pas seulement du service après-vente ! Pourquoi cet accord qui a provoqué la fureur de la gauche de la gauche était-il nécessaire ? L’an dernier, sur 25 millions de contrats de travail signés, 18 millions étaient des CDD, dont 15 millions de moins d’un mois ! Si on ne crée pas plus de souplesse, les embauches en CDI vont se réduire comme peau de chagrin.
GM. Un tsunami énorme est parti des États-Unis, les gens attendent de l’État de changer le cours de l’eau et on leur donne une serviette-éponge… Installer des salles de shoot ou légaliser le mariage gay ne va pas sortir le pays de la crise.
Je partage cette analyse, et je fais même partie des quinze élus socialistes qui ont signé, en décembre 2012, l’« Appel pour l’urgence sociale » exhortant François Hollande à rééquilibrer sa politique au profit des questions économiques et sociales, car les deux priorités absolues des Français sont l’emploi et le  pouvoir d’achat.

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