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Hier j’ai appris un mot grâce au Premier ministre : la « scorpionite », présentée entre guillemets dans son discours de vœux à la presse. François Fillon, presque souriant, a expliqué qu’il « combat cette maladie, cette sorte de « scorpionite », cette autolyse, qui consiste à nous envenimer pour mieux croire au mythe du phénix qui renaît de ses cendres. »

En clair, entre trois mesures de réforme de la France dans les trois premières minutes du discours –auxquelles lui-même n’a guère l’air de croire-, le Premier ministre a attaqué le candidat socialiste, François Hollande. Et d’une nouvelle manière : plus question d’insister sur l’irréalisme des propositions du PS, il s’agit dorénavant de dénoncer le « catastrophisme rustique », toujours du Fillon dans le texte.

En clair, la gauche en panne d’idées passerait son temps à « déprimer » les Français : « A écouter Monsieur Hollande, tout n’est qu’échec, iniquité, désolation, bref, poursuit Fillon, notre pays est dans le gouffre. » A cause du vilain président de la République victime de cette « diabolisation infantile. »
En regardant de plus près, l’attaque est assez habile. Classique, mais habile. L’ennemi de l’intérieur qui déprime les bonnes volontés, c’est vieux comme un discours au parlement. Comment espérer redresser la France, la mettre à la hauteur des enjeux (merci de compléter vous-même les phrases manquantes) si on est dans le dénigrement permanent ? Et, au-delà, si le candidat pleure sur l’état déplorable du pays, comment pourrait-il affronter les tempêtes qui s’annoncent ?

La gauche démoralisatrice, voilà l’ennemi ! Pour être déjà vue, limite clicheton, l’attaque tombe pourtant juste. Comment donner envie, si ce qu’on promet se limite à donner « du sens à la rigueur », comme l’explique François Hollande ? Le concept est sans doute séduisant, mais pas suffisant. Dès qu’une mesure un peu spectaculaire est annoncée, comme la réforme brutale mais juste du quotient familial, elle est immédiatement démentie sur le mode, houlala, pas d’emballement, il s’agit juste « d’une piste de travail. » Tu m’étonnes que le candidat baisse dans les sondages et que ses adversaires qui ne font pas campagne avec des pincettes et des « pistes de travail » mais à la tronçonneuse et la vérité chevillée au corps grimpent, eux, en flèche. Je pense à la candidate du Front National mais aussi à François Bayrou, qui promet un autre genre d’apocalypse. Mais à tout prendre, pour un électeur, mieux vaut la fin du monde que 5 ans de Prozac…

Ce faisant, remarquons tout de même que le Premier ministre ne manque pas d’humour quand il attaque Hollande sur son syndrome dépressif : lui-même, pendant 5 ans n’a-t-il pas incarné à merveille le chef de gouvernement potiche, le « collaborateur » à la marge de manœuvre aussi riquiqui que le tour de taille d’une animatrice télé ?

Le Droopy de Matignon sait de quoi il parle quand il soupçonne autrui d’être dépressif voire déprimant. N’est-ce pas lui qui quelques mois après la présidentielle, en septembre 2007, avait expliqué qu’il se trouvait à la tête d’un Etat « en faillite » ? Comme signe d’optimisme et de volonté de réforme, on a connu mieux, même si aujourd’hui, en pleine hystérie collective anti-Dette, Fillon se fait fort d’expliquer qu’il avait raison avant tout le monde. Il s’agit sans doute de la bonne vieille ficelle du gouvernant qui dénigre le bilan de ses prédécesseurs pour arranger le sien.

Un argument finaud, limite spécieux, mais qu’on risque de ne pas entendre très longtemps. Car trop rappeler qu’il avait 100% raison dès le début du quinquennat, c’est aussi souligner à quel point son volontariste de patron avait vraiment tout faux.

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