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Fenêtre sur Cour

Le nouveau film de Benoît Jacquot nous conte la relation de la reine Marie-Antoinette avec sa lectrice, Sidonie Laborde, une orpheline instruite et cultivée. L’action se déroule pendant quatre jours à la cour de Versailles du 13 au 16 juillet 1789, au moment où des événements dramatiques sans précèdent secouent le royaume de France. Sidonie Laborde est chargée de lire à la reine des pages de littérature, mais aussi de la servir de quelque manière que ce soit, en réalisant une broderie, en écoutant ses confidences amoureuses ou politiques. Approchant chaque jour l’intimité des souverains, Sidonie entre dans les secrets d’amour et d’Etat de la cour. Vouant un amour fidèle et un dévouement sans faille à sa maitresse, Sidonie va se plier à son désir le plus impitoyable : jouer le rôle de la duchesse de Polignac, l’amante de la reine, dans la fuite organisée des époux Polignac, eux-mêmes déguisés en valets, pour la Suisse.

Servi par une troupe de comédiens et surtout de comédiennes de haut vol, Diane Kruger (Marie-Antoinette), Léa Seydoux (Sidonie Laborde), Virginie Ledoyen (Gabrielle de Polignac), Noémie Lovsky (Madame Campan) ou encore Xavier Beauvois (Louis XVI), Benoît Jacquot nous montre la souffrance d’une reine, la solitude du pouvoir, la peur de l’aristocratie, alors que gronde aux murs du palais la révolution des gueux et des sans-culottes dirigée par la bourgeoisie avide de prendre le pouvoir. Le 15 juillet au matin, la rumeur enfle : la prison de la Bastille est tombée aux mains du peuple, des têtes on été coupées, l’effroi commence à gagner la cour, une liste de 286 noms de nobles à décapiter circule.

Au détour des couloirs, à l’aune des conversations entendues par Sidonie, nous comprenons la panique qui s’empare de la cour devant les menaces imminentes de la mort, la propagation des idées révolutionnaires, les lâches retournements politiques de certains, les fuites à l’étranger d’une partie de la noblesse. Les Adieux à la Reine dresse un amer et effrayant portrait d’une France où la cour vivait dans la frivolité et l’opulence inconsciente au moment où le pays et son peuple vivaient dans la pauvreté. Le Roi prenant conscience de la gravité de la situation se rend à Paris au grand désespoir de la Reine qui souhaitait fuir pour Metz. On pressent dans la détresse des nobles et de leurs serviteurs l’imminence de l’effondrement d’un monde et la fureur barbare qui va advenir. La chute de la monarchie est vue au travers du regard de Sidonie qui est littéralement folle d’amour et de dévouement pour sa souveraine. Maîtresses et servantes sont somptueusement filmées par le cinéaste qui montre à la fois la puissance du désir qui circule, la volupté des corps et la souffrance des femmes à la cour.

Le film est une ode au dévouement féminin, bien souvent d’ordre amoureux et érotique. Les scènes entre Marie-Antoinette, La duchesse de Polignac et Sidonie la lectrice sont d’une très grande sensualité. Le dénouement, impérial, nous révèle jusqu’où ce dévouement sans limite peut conduire. Cadre rigoureux, lumière sophistiquée et oppressante font de cette œuvre adaptée du roman de Chantal Thomas une superbe réussite.


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est directeur de cinéma.

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