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Expulsons tous les prêcheurs de haine – et tous ceux qui les approuvent !

La modeste proposition de Jean-Paul Brighelli

Expulsons tous les prêcheurs de haine – et tous ceux qui les approuvent !
Gravure protestante représentant les dragonnades contre les huguenots français sous Louis XIV, après la révocation de l'édit de Nantes. Gravure de 1686

Notre chroniqueur, qui a horreur que l’on s’en prenne aux gens de lettres, réagit violemment à la tentative d’égorgement perpétrée sur Salman Rushdie. Causeur, bien sûr, qui est le magazine du juste milieu et de la modération, n’adhère pas à de tels propos…


Il fut un temps où, quand une religion — le protestantisme — était jugée non conforme aux intérêts de l’État, ledit État n’hésitait pas à révoquer ses engagements envers ceux de la « religion réformée », et à offrir à ses membres le choix entre la valise ou le fusil : en l’occurrence, en 1685, la conversion ou les dragonnades.

Et pourtant, c’était économiquement compliqué de se passer à cette époque des Huguenots, qui appartenaient souvent au quart supérieur de la bourgeoisie et détenaient une bonne part des liquidités. C’était même la raison pour laquelle Colbert avait si longtemps freiné l’ardeur catholique de Mme de Maintenon. Mais il venait de mourir, et la France de Louis XIV, en quelques années, se passa d’un dixième de sa population qui alla enrichir la Suisse, les Pays-Bas ou l’humus des cimetières.

Il fut un temps où, quand un opposant devenait gênant, le Service Action du SDECE — en fait, les anciens du 11ème Choc, patronnés par Alexandre de Marenches — s’occupaient de lui. Mais Giscard est venu et a moralisé les « services », ce qui a amené quelques années plus tard le désastre que l’on sait en baie d’Auckland, avec l’affaire du Rainbow Warrior. Comme a très bien dit Christine Ockrent dans un article consacré à sa mort au chef du SDECE : « Peu lui ressemblent qui lui succèdent. Et c’est dommage. » Je ne le lui fais pas dire.

Il fut un temps — dans les années 1980 — où le Hezbollah avait enlevé un représentant russe au Liban, demandant une rançon — comme il avait demandé une rançon pour Roger Auque et consorts. Les Russes enlevèrent parallèlement le n°2 de l’organisation chiite, le découpèrent en morceaux à vif et les envoyèrent au n°1, en le prévenant que désormais… Et le Hezbollah, qui est une organisation militaire qui ne reconnaît que les rapports de force, ne s’est plus jamais attaqué à un diplomate russe — après tout, il y avait tant de Français à disposition…

Il fut un temps, oui.

Nous en sommes à monter un dossier foireux pour expulser un disciple des Frères musulmans, alors qu’une circulaire suffit pour interdire les Frères, et tous ceux qui les imitent, grâce à la loi sur les dérives sectaires. Elle a été appliquée avec succès aux Témoins de Jéhovah ou à la Scientologie, en coupant toute possibilité de financement ; il n’y a pas de raison qu’elle ne marche pas contre des organisations qui professent qu’il n’y a de bon Juif qu’un Juif mort.

Mais ce sont des chiites qui ont lancé une fatwa contre Salman Rushdie, me direz-vous… Oui, et je suggère que l’on interdise, en France, tout parti qui dit du bien d’une organisation terroriste, quelle qu’elle soit. Chiites ou sunnites, dans leur version fanatique, ils sont aussi insupportables les uns que les autres. Et de surcroît, ils sont très loin d’appartenir au quart supérieur de la bourgeoisie — ils coûtent bien plus qu’ils ne rapportent. Après tout, « la valise ou le cercueil » est un slogan d’origine algérienne, que l’on trouve, dès 1946, dans un tract diffusé à Constantine…

Quant à l’idée que ce serait entrer en contradiction avec la « démocratie »…

Toute démocratie doit disposer de moyens d’extirper rapidement les cancers qui l’agressent. En douceur ou en force. Sans qu’un juge intervienne, sans qu’un tribunal européen s’en mêle. Si on ne peut pas légalement expulser un prêcheur de haine, on peut lui expliquer par l’exemple ce qui est arrivé à Ben Barka. Ou à tel ou tel opposant à Poutine ou à Xi Jinping. Il n’y a pas que des innocents qui meurent dans des accidents de voiture.

En 1639, Gabriel Naudé, qui appartenait à l’entourage de Richelieu, publia à très peu d’exemplaires un texte politique majeur, ses Considérations politiques sur les coups d’État. On appelait ainsi, à l’époque, les « coups » qu’ose un État pour préserver son intégrité ou accroître sa puissance. Et l’auteur — en plein XVIIe siècle — y explique posément que l’impératif moral (religieux) doit s’effacer devant l’intérêt d’État — et le Cardinal a bien raison de s’allier au Grand Turc pour occuper les Autrichiens sur leur flanc est. À moins qu’il n’y ait déjà plus d’État, bien sûr…

Gabriel Naudé, Considérations politiques sur les coups d’Etat, Pocket, 365p. 9€

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Normalien et agrégé de lettres, Jean-Paul Brighelli a parcouru l'essentiel du paysage éducatif français, du collège à l'université. Il anime le blog "Bonnet d'âne" hébergé par Causeur.

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