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Et si c’était sans elle…

Photo : Neno°.

A cinq mois de la présidentielle on voit refleurir la douloureuse question des parrainages. Ces fameuses 500 signatures d’élus qui permettent à un candidat potentiel de se présenter à la magistrature suprême.

Et comme tous les 5 ans, certains candidats, les petits mais pas seulement, enragent, menacent et dénoncent le système (« l’établissement » disait le Pen père) qui transforme cette pêche aux signatures en course d’obstacles.

La semaine passée, devant le congrès des maires (regroupant 3600 élus et autant de promesses de dons, pardon de paraphes) Marine Le Pen a plaidé pour le retour de l’anonymat du parrainage, comme avant 2001.

Le 22 novembre, elle a écrit en ce sens au premier Ministre pour lui demander cette réforme. Aujourd’hui, elle annonce disposer de 200 signatures et considère que le maintien du mode de sélection des candidats démontre une volonté de l’éliminer purement et simplement de la campagne. Veille rengaine utilisée par son père en 2002. Mais, dans cette lutte, elle a reçu des soutiens de choix. Le leader du Front de Gauche Jean-Luc Mélenchon, lui aussi candidat, est venu à son secours : « Le Front national a le droit d’être présent dans les élections, c’est ce qui a été décidé. Pas par moi, mais ça a été décidé. » Même ton rassurant du côté du ministre de l’Intérieur, Claude Guéant : « Eliminer de la possibilité de la candidature quelqu’un qui représente 17-18% des voix, cela pose problème. »

Evidemment, le même argument est valable pour Frédéric Nihous (les chasseurs, les traditions) ou Christine Boutin (les catholiques, les prisonniers, les démocrates). Bien sûr, ces deux derniers éventuels candidats ne menacent pas le président sortant et son rival socialiste. Et j’imagine que, pour un maire rural, accorder publiquement son parrainage au sniper de tourterelles ou à la dame BCBG n’a pas le même impact que de voir son nom accolé au logo du Front National.

Il semble en outre que les maires se sentent surveillés d’un peu trop près. Comme nombre d’élus ruraux, alors qu’ils avaient promis de voter pour des candidats de droite aux sénatoriales, se sont laisser aller dans l’isoloir, la majorité présidentielle serre les boulons. On appelle cela poliment des pressions amicales. Exemple : si tu donnes ta voix à Madame Le Pen, même au nom de la démocratie et du droit à la diversité des candidats, on expliquera à tes électeurs que tu es un affreux jojo. Valable aussi pour Philippe Poutou, mais avec une ampleur moindre question diabolisation.

Hélas, on n’exclura pas des pressions encore plus insidieuses, via les conseils généraux et régionaux ou bien les préfets : gare à qui tu parraines si tu veux qu’on finance ton rond-point sur la D26 ou ta médiathèque Mimie Mathy. Ou si tu ne veux pas qu’on te fusionne ton village avec les huit communes contigües sans autre forme de procès…

Cela posé, je me demande néanmoins si la droite a vraiment intérêt à bloquer une candidature de Marine le Pen. Je n’ai pas de vision paranoïaque de l’histoire, contrairement aux biographes de DSK. Où retrouverait-on les 13 à 20% que les divers sondeurs lui prédisent? Sans doute pas directement chez Nicolas Sarkozy : le ras-le-bol généralisé des électeurs FN, c’est logiquement un rejet du pouvoir en place… Mais on peut ne pas partager mon analyse et considérer que l’UMP est prête à toutes les éliminations pour faire un max de voix au premier tour.

Ce faisant, faut-il réformer les parrainages et aller vers une pétition citoyenne pour montrer l’audience des potentiels candidats, comme le propose Corinne Lepage (elle aussi candidate, au cas où vous l’auriez oublié, comme moi-même avant de préparer ma doc pour écrire ce papier) ? Autant dire que si le problème est d’avoir son nom associé à celui d’un candidat, ou d’une candidate considéré comme sulfureux, il est loin d’être résolu par un pseudo premier tour de votation populaire. Souvenons-nous de ces bataillons de sympathisants de gauche qui n’ont pas osé aller voter aux primaires socialistes de peur de finir fichés dans les ordis de Solferino. Sans compter que le parrainage n’est pas un premier tour de la présidentielle. C’est une opération administrative et technique, qu’on le veuille ou non. Et que le plébiscite pré-électoral, je n’aime pas trop.

Finalement l’anonymat avait peut-être du bon. François Fillon, dans sa réponse à la patronne du Front National, explique que la publicité des parrainages est rendue nécessaire par « la demande de transparence », des citoyens. Mais de quoi parle-t-on ? Est-ce qu’on demande à son maire ou à son conseiller général pour qui il a voté aux sénatoriales ? Est-ce qu’à la sortie de l’isoloir on nous demande d’afficher pour qui on a voté ?

Bizarre transparence, qui conduit à un seul résultat, l’instrumentalisation permanente de ces parrainages. Un marronnier de plus pour journalistes politiques (j’y cède) et une occasion de plus de faire campagne pour ceux qui font croire qu’ils ne pourront pas se présenter


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