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Emmanuelle Béart modernise les chansons de son père

Béart, un père et trépasse

Emmanuelle Béart modernise les chansons de son père
Emmanuelle Béart. © Patrick Kovarik/AFP - Mantovani

En reprenant le titre de son père Qu’on est bien, Emmanuelle Béart a jugé nécessaire de réaliser des ajustements pour rendre les paroles conformes avec notre époque


Emmanuelle Béart a voulu rendre hommage à son père chanteur. Qui pourrait l’en blâmer ? C’est ce qu’on se disait avant d’écouter le double album de reprises qu’elle vient d’éditer. À elle la première chanson en duo avec le fils Dutronc (on est donc entre héritiers…), soit le célèbre titre Qu’on est bien, dont les paroles originales disent :

« Qu’on est bien dans les bras d’une personne du sexe opposé
Qu’on est bien dans ces bras-là
Qu’on est bien dans les bras d’une personne du genre qu’on n’a pas.
C’est la vraie prière, la prochaine aime le prochain
C’est la vraie grammaire, le masculin s’accorde avec le féminin. »

C’était sans compter sur la vigilance de Mademoiselle Béart qui s’autorise purement et simplement à caviarder le paternel pour chanter :

« Qu’on est bien dans les bras d’une personne du genre qui nous va
Qu’on est bien dans ces bras-là
C’est une prière, la prochaine aime le prochain
C’est une grammaire, le masculin s’accorde avec le féminin. »

Et plus loin, toujours et encore en substitution aux paroles originelles : « Qu’on est bien dans les bras d’une personne du sexe désiré. »

Et voilà comment on transforme une chanson tout bêtement hétérosexuelle en un hymne dans l’air du temps. Un caviardage d’autant plus incongru que Guy Béart dans sa chanson se gardait bien de toute forme d’homophobie en chantant : « Certains jouent quand même les atouts de même couleur /Libre à eux, moi j’aime les valets pour les dames, les trèfles pour les cœurs. »

Ce n’était pas assez pour Emmanuelle B. qui rejoint ainsi l’actuelle cohorte de celles et ceux qui voudraient refaire l’Histoire et les histoires au cinéma, en littérature, sur les noms de rues et sur les statues.

Spécialement pour cette fille à papa, voici le début d’un long travail à faire concernant la chanson française. Fini le « Ton style, c’est ton cul » de Léo Ferré, à remplacer immédiatement par un bien plus valorisant « Ton style, c’est ton QI ».

Remanié le Fernande de Brassens qu’il faut désormais chanter ainsi : « Quand je pense à Fernande, je bande, je bande / Quand je pense à Antony, je bande aussi. »

Complété le Mes hommes de Barbara par impérativement la formule « Mes hommes et mes femmes ».

On a du pain sur la planche et du ridicule à tuer sur l’air du « Ah ! ça ira, ça ira, les guillotineurs de mots à la lanterne ! »

Été 2020 – Causeur #81

Article extrait du Magazine Causeur


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