Emmanuel Macron à Bercy, septembre 2014. Crédit photo : FRED DUFOUR.

À son sujet, on aura tout entendu : banquier et politicien cynique, publicitaire doré sur tranche et trop bien coiffé, dauphin hystérique de Hollande Ier, Hollande II, Brutus et Alcibiade, produit manufacturé tout droit sorti de l’usine médiatico-politique, télévangéliste à la solde de la finance mondiale et du grand capital… Enfin non, pas tout, et pas l’essentiel. Car notre président est bien autre chose. En lui cohabitent un drapier florentin du quattrocento et un professeur de gymnastique. C’est une ficelle, un canif, un coupe-ongles, une allumette, un archet de viole de gambe, une cigarette après l’amour, une toux sèche, un parfum aigu, un fémur, un faon, une belette, une musaraigne.

Le lecteur pensera que je divague. Il aura raison. Le lecteur sait tout, et d’abord que notre président est un puits. Un puits de science, un puits d’une profondeur de puits sans fond, mais que l’on ne pourrait observer que depuis son sommet, assis sur la margelle, un puits où l’on aurait jeté tout un tas d’objets d’un prix considérable, et qui, tombant dans les profondeurs, auraient aussitôt disparu de la surface macronienne pour l’éternité. C’est pourquoi plus on connaît Emmanuel Macron, moins on trouve qu’il ressemble à quoi il devrait ressembler.

Il a reçu le premier prix de piano au Conservatoire d’Amiens. Ancien assistant éditorial de Paul Ricœur, c’est un grand lecteur qui a lu, entre autres et dans le désordre, René Char, Carlos Fuentes, André Gide, Pascal Quignard, Victor Hugo, Jorge Luis Borges, François Villon. Il aurait écrit plusieurs romans. De ce glorieux bagage, l’on aurait peine à retrouver la trace en lui, dans les aléas de sa syntaxe, la platitude de son vocabulaire ou le rayon sans aspérité de son visage. Ce visage, c’est un visage où rien ne pèse, où rien n’a jamais pesé et ne pèsera jamais, c’est le visage de l’homme qui n’a pas eu de vie antérieure, sans rancune, sans joie vraie, sans remords, où l’on chercherait en vain l’écho d’un rire naissant ou d’une larme ancienne. C’est un visage qui porte un sourire d’enfant d’avant le péché originel, mais reconstitué après qu’il fut commis par des mains transhumaines dans le monde d’ici et maintenant. Un visage qui descend du sourire de Ségolène Royal à la façon dont les traders descendent des ascenseurs des tours de la Défense.

Une grâce sous un masque c

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Mai 2017 - #46

Article extrait du Magazine Causeur

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