« Elle s’appellerait Claudine Dupont, elle ne serait peut-être pas là. Elle doit assumer son identité et en être fière ». Cités par Le Point, ces propos de Ségolène Royal au sujet de Najat Vallaud-Belkacem, jeune pousse ségoléniste devenue porte-parole du gouvernement, ont fait couler beaucoup d’encre la semaine dernière. Mais Royal a par la suite affirmé que sa pensée avait été déformée et qu’elle ne se reconnaissait pas « dans les propos réducteurs que lui prête le journal Le Point à propos de Najat Vallaud Belkacem et qui aboutissent à lui faire dire le contraire de ce qu’elle a toujours affirmé ».

Cette affaire vient peu après la polémique autour du passage sur Europe1 de Fleur Pellerin, ministre des PME et de l’Economie numérique. En introduction de son interview, le journaliste Daniel Schick lui a demandé : « Savez-vous vraiment pourquoi vous avez été choisie ? Parce que vous êtes une belle femme issue de la diversité ? Parce que vous appartenez à une minorité peu visible ? ». En retour, la sénatrice PS Laurence Rossignol a exigé qu’on « vire » Daniel Schick de l’antenne d’Europe1.

Il n’empêche qu’une question demeure. Les personnalités politiques « issues de la diversité » (mot politiquement correct pour ne pas dire Noir ou Beur) doivent-elle leur ascension essentiellement voire uniquement à leur origine ethnique ? Vallaud-Belkacem et Pellerin étaient-elles les meilleures à leur poste ?

A droite, Nicolas Sarkozy qui s’était vanté d’avoir nommé un « préfet musulman » en 2004, n’a pas caché ses positions en matière de discrimination positive. A gauche, au vu des réactions sur les affaires Pellerin et Vallaud-Belkacem, on semble considérer cette pratique comme anti-républicaine.

Sauf que dans les faits, le PS et ses cadres ont clairement avoué leur conception de la méritocratie. Sans oublier… Fleur Pellerin elle-même. Dans une interview donné à Elle, peu avant son passage sur Europe1, elle était revenue sur les raisons de sa promotion : « Quand il a fallu renouveler les équipes, on a cherché des femmes, jeunes, issues de la société civile et de la diversité, même si cette dernière donnée m’énerve. Je cochais pas mal de cases, et j’ai des compétences en finances publiques ».

Durant les législatives, le PS avait réservé 23 circonscriptions aux candidats « issus de la diversité » comme la 10e circonscription de l’Essonne, celle de Julien Dray devenu aujourd’hui le fief de Malek Boutih. Sur 6 autres circonscriptions réservées, c’est le bureau national du PS qui a désigné d’office les candidats, quitte à se fâcher avec les militants locaux. En Haute-Garonne, Kader Arif, élu et devenu ministre des anciens combattants, a ainsi dû affronter deux candidatures dissidentes.

A l’époque, le PS, par la voix de Christophe Borgel, secrétaire national aux élections, avançait que ces désignations d’office avaient été décidées parce que « les conditions locales d’investiture étaient telles qu’il y avait des refus d’accueillir un candidat ou une candidate issue de l’immigration ou des DOM ».

Et pour quelles raisons les sections locales ont fait barrage ? Imaginons qu’il y ait des militants PS purement racistes qui refusent de soutenir un candidat, pourtant méritant, en raison de la couleur de sa peau. Le règles internes au parti et le Code Pénal sont largement suffisants pour sanctionner de tels comportements (Frêche a été exclu pour moins que cela) et permettre que le meilleur candidat soit désigné, quelque soit ses origines ethniques. En revanche, imposer un candidat noir ou beur depuis Solférino est le meilleur moyen d’acter le fait que ce dernier a été choisi pour ses qualités génétiques plus que politiques.

Ce n’est pas la première fois que le PS avoue de telles pratiques. En février 2009, Martine Aubry avait lancé dans Le Parisien : « Sur la question de la diversité, la gauche n’a pas été bonne, je le reconnais. Aujourd’hui, nous agissons : 20 % des membres de notre direction sont ainsi issus de la diversité. Pour les élections européennes, nous garderons le même critère, y compris pour les places éligibles et les têtes de liste. » Sans le dire, Aubry a avancé l’idée d’un quota ethnique chiffré pour désigner ses candidats. Reste à savoir si placer un métis compte pour un demi-candidat issu de la diversité et si un noir de confession musulmane compte double.

On répondra que les députés et autres élus doivent représenter leurs électeurs. Que sans ces mesures, il n’y aurait que des mâles blancs dans les assemblées. Mais les députés sont censés représenter politiquement et non ethniquement leurs électeurs. Un noir de gauche se sentira toujours plus proche de Jean-Marc Ayrault que de Rama Yade. Or, les « icônes de la diversité » sont souvent issues des mêmes moules idéologiques que les mâles blancs. Le discours sur la diversité ne fait que ripoliniser la domination des mêmes castes. Fleur Pellerin a fait Sciences Po et l’ENA, Najat Vallaud-Belkacem a raté l’ENA mais est elle aussi diplômée de l’IEP de Paris. Si leur promotion a servi la diversité ethnique de la politique, elle n’a pas spécialement fait progresser la diversité idéologique. Les diplômes influent bien plus sur la vision du monde que le taux de mélanine.

Si on veut une Assemblée « à l’image de la France », il faut donc agir ailleurs. Combien de députés et de ministres sont des ouvriers, des enfants d’ouvriers, des sans-diplômes ? Le PS cherche ses « Obama » mais où sont ses Bérégovoy ? Bizarrement, la question de la promotion sociale ne semble pas intéresser le PS ni les médias dits « de gauche ». Libé aurait-il fait sa une sur les « cabinets bourgeois (ou énarques) de la République » ?

La carte de la diversité est finalement contre-productive. Pire que le racisme négatif qui exclut les Noirs parce qu’ils sont Noirs, il y a le racisme positif qui promeut les Noirs… parce qu’ils sont Noirs. Les intentions sont différentes mais le fond de la pensée est le même : les Noirs ou les Beurs sont avant considérés selon leurs origines et non selon leurs qualités professionnelles ou politiques. On ne leur réserve plus des places à l’arrière des bus mais des circonscriptions et des têtes de liste. Bref, le PS veut supprimer le mot « race » de la Constitution mais il le maintient dans sa pensée.

*Photo : Charles (dollstuff.net)

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