Après quelques péripéties qui ont agité le landerneau bruxellois, le parlement européen s’apprête à voter, lundi 8 octobre, la modification  de la directive antitabac datant de 2001, durcissant les conditions de vente de l’herbe à Nicot et des produits assimilés au sein de l’UE. Partant du principe que le tabagisme est responsable de la mort prématurée de 700 000 Européens chaque année, la Commission et le Parlement européen se sont fixés comme objectif de réduire ce chiffre de 2% d’ici 2020. Pour y parvenir à ce modeste résultat, les gnomes de Bruxelles proposent d’augmenter à 75% la surface des emballages  consacrée à mettre en garde les utilisateurs contre l’usage du tabac sous toutes ses formes, et l’interdiction des présentations « glamour » de la cigarette (mentholée ou « slim » pour les dames). Cette dernière restriction ne devrait cependant pas franchir l’obstacle parlementaire, car les députés allemands de toutes tendances ont été sensibles à la révolte d’un «  grand européen », l’ex-chancelier Helmut Schmidt, 94 ans, qui grille quotidiennement son paquet de Reyno menthol. Prévoyant, l’illustre hambourgeois a stocké deux cents cartouches de clopes en prévision du diktat de Bruxelles.

Ce faisant, il s’est rendu complice, aux yeux des ayatollahs de la santé publique,  du lobby des cigarettiers, qui entretiennent une armada de sbires à Bruxelles et dans les couloirs (non fumeurs) des parlements des 28 pays de l’UE. Ces derniers sont accusés des pires turpitudes, notamment d’actions de corruption au plus haut niveau de la Commission, pour protéger leur juteux commerce, sur lequel les Etats ne manquent pas de prélever des taxes de plus en plus élevées – toujours au nom de la sacro-sainte santé publique, bien entendu.

Ainsi le commissaire européen chargé de la santé et de la protection des consommateurs, le Maltais John Dalli, a été contraint à la démission en 2012, pour avoir fréquenté de trop près des industriels produisant le « snus », ce tabac à chiquer parfumé dont se délectent les Suédois. Stockholm a réussi à obtenir de l’UE de pouvoir continuer à consommer ce produit interdit ailleurs.

On ne s’étonnera pas de voir les Verts, dont l’ineffable José Bové, en première ligne de cette croisade antitabac qui allie l’antiaméricanisme primaire – haro sur Reynolds, Philip Morris et American Tobacco – avec le dogme hygiéniste des big brothers écolos.

Cette agitation bruxelloise est d’autant plus dérisoire que les politiques de santé, et leur conséquences fiscales demeurent du ressort exclusif des Etats membres, qui décident souverainement des taxes pesant sur le tabac, à la grande satisfaction des trafiquants, petits et grands, qui font leur beurre sur les disparité du prix des cigarettes au sein de l’UE, et des pays de sa proximité immédiate.

Un autre lobby, plus discret mais non moins efficace, celui de l’industrie pharmaceutique, tente, à l’occasion de cette révision de la directive antitabac de conquérir une position dominante sur un marché en pleine expansion, celui de la cigarette électronique. Ils ont réussi à glisser dans le projet de nouvelle directive une disposition faisant de l’e-cigarette un médicament, dont la mise sur le marché et la distribution seraient soumises aux mêmes règles et procédures que les spécialités pharmaceutiques. L’enjeu financier est considérable et la vente de produits à base de nicotine (pastilles, patchs, inhalateurs) destinés à aider les fumeurs à décrocher a permis ces dernières années aux grands labos de faire de considérables profits. Si l’on met en regard le prix, sur le marché mondial de la nicotine pure extraite du tabac (environ 500 € le kg), et celui des produits  en contenant quelques milligrammes vendus en pharmacie, les bénéfices sont de l’ordre de 1000%, même si l’on inclut l’emballage, la pub et la marge du potard ! Les acteurs du marché de l’e-cigarette, sur le web ou dans les boutiques spécialisées qui éclosent dans nos villes comme des pâquerettes après la pluie, se contentent de profits confortables, mais honnêtes en distribuant un produit plus efficace pour le sevrage tabagique. Cette jeune industrie n’a pas encore eu le temps de se doter de lobbyistes aguerris, et risque donc de voir les géants de la pharmacie l’écraser de tout leur poids. C’est pourquoi il faut saluer bien bas l’alliance historique qui vient de se former, en France, entre l’Office de prévention du tabagisme (OFT), un organisme public dirigé par le Pr Dautzenberg  et l’Association indépendante des utilisateurs de cigarettes électroniques (AIDUCE). Dans un communiqué commun, ils se déclarent « d’accord pour normer et encadrer le marché de l’e-cigarette dans le souci d’apporter avant tout qualité et transparence aux citoyens européens vapoteurs, sans chercher à inciter les adolescents et les non-fumeurs.« Pas d’accord pour donner un statut pharmaceutique exclusif à l’e-cigarette. Il faut laisser l’e-cigarette facilement accessible aux fumeurs dans tous les pays européens ; plus le produit est accessible aux fumeurs, plus ils seront nombreux à quitter le tabac ».  On ne peut que souhaiter la victoire de David le vapoteur hissé sur les épaules d’Hippocrate !

*Photo :  AP21413479_000001 (AP Photo / Tim Ireland, PA).

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