Dieudonné dans Causeur ? Elisabeth Lévy et Gil Mihaely ont relevé le défi en rencontrant le comique désormais mondialement célèbre pour ses sorties antisémites. Un mois après la tempête médiatico-judiciaire que l’on sait, Dieudonné ne renie rien. Sa confession-fleuve, sans l’ombre d’une petite blague, constitue sans doute l’entretien écrit le plus fouillé qu’il ait accordé ces dix dernières années.

Etant entendu que « l’affaire Dieudonné est le point de convergence de toutes les crises françaises : fragmentation communautaire, naufrage scolaire, déclin intellectuel, impuissance politique », restent des questions lourdes et irrésolues. A-t-on trop glorifié le devoir de mémoire, au point d’en faire un culte que certains se plaisent à profaner ? Comment l’humour est-il devenu une arme de dézingage massif ? Que signifie l’étrange agrégat de mécontents réunis qui crièrent haro sur les juifs dans les cortèges du Jour de colère ?

Interrogé par Elisabeth Lévy et votre serviteur, Ariel Wizman se dit exaspéré par l’« humorisme » qui sévit sur les ondes. Pour le chroniqueur de Canal +,  « le rire est devenu la forme socialement acceptable de la violence » propagée par des « vanneurs » qui traquent leur cible en meute. Dans ce climat délétère où l’on tourne tout en dérision, l’ancien complice d’Edouard Baer rêve de comiques qui délaisseraient les pesanteurs de l’actualité. Wizman défend le « politiquement correct » et l’assume. Il y a donc des limites à ne pas transgresser.

Rony Brauman, également interviewé par la rédaction, regrette cette sacralisation de la Shoah. Le génocide juif a accédé au rang d’« événement métaphysique et en plaisanter est assimilé à un blasphème », déplore le fondateur de Médecins du Monde. Afin de combattre antisémitisme et négationnisme, Brauman entend replacer les crimes de masse dans leur histoire. « Le discours de substitution victimaire de Dieudonné est un effet-rebond de la loi Gayssot, qui a déclenché une concurrence des victimes », explique l’humanitaire, rappelant l’importance de la revendication mémorielle dans l’itinéraire de l’humoriste.

Quelques portraits de fans de l’artiste esquissent le portrait-robot du dieudonniste lambda, souvent étranger aux imprécations antisémites. Olivier Maulin se fait leur porte-parole dans sa défense et illustration du droit de rire avec Dieudonné.  Brillant écrivain, Maulin argue que les antisémites n’ont pas besoin de spectacles humoristiques pour nourrir leurs fantasmes et compare la scène du théâtre de la Main d’or à une nef des fous où l’ubuesque le dispute à l’atroce.

Heureusement, il y a vie en dehors de ces débats piégés, sur lesquels reviennent Alain Finkielkraut et Basile de Koch dans leurs journaux respectifs, hébergés par la maison.

Aux antipodes de ces polémiques franco-françaises,  nos pages actualités vous font notamment embarquer pour Damas et Rome. Après l’échec de la conférence de Genève 2, Gil Mihaely et  le géographe Fabrice Balanche décryptent la stratégie de contre-insurrection d’un régime syrien que l’on croyait condamné. Pendant ce temps, Frédéric Rouvillois se fait l’exégète de la pensée du pape François, beaucoup plus complexe qu’il n’y paraît.

Si le tumulte de l’actualité vous fatigue, rien de tel que notre dossier Jünger pour (re)découvrir cet immense écrivain allemand dont la destinée se confond avec le XXe siècle. À l’occasion de la parution de ses carnets de la première guerre mondiale, nous vous avons préparé un abécédaire assorti d’un entretien avec son biographe Julien Hervier et de quelques autres surprises disponibles en kiosque dès jeudi.

Vous êtes repus ? Allez, encore une dernière cuiller pour  la chronique gastronomique de Félix Groin !

Dieudonné - Drôle de rire