Dans la 1ère circonscription de l’Ariège, une certaine Céline Bara se présente aux élections législatives 2012. Elle appartient toute entière au MAL, le Mouvement Antithéiste et Libertin (mais également, on n’est jamais trop prudent, « antisectes et anticapitaliste »).

Cette actrice de films pornographiques, dont le titre du dernier en date, Au nom du fist, est une sorte de synthèse de son projet anti-religieux et de ses activités extra-conjugales, a toute une série d’intéressantes mesures à promouvoir comme la fermeture des lieux de culte et des zoos, l’avortement jusqu’au dernier mois de grossesse et la peine de mort pour le condamné qui la réclame, l’interdiction de conduire pour les plus de 70 ans et la stérilisation des handicapés à la naissance, la politique de l’enfant mais également de l’animal domestique uniques etc…

On passera sur la contradiction qu’il y a à se dire anticapitaliste et avoir à son actif plus de 150 films classés X, à parler de volupté tout en affichant un regard glacial même soumise à toute une série d’acrobaties censées arracher au moins un sourire, à se dire libertine, tout en interdisant son site aux plus de 70 ans, mais on prendra plus au sérieux sa prétention à perpétuer l’esprit du Professeur Choron en ayant proposé, en 2009 mais également cette année, des calendriers supposés renouer avec l’iconoclasme d’Hara-kiri.

Si l’on voit sur le premier la dame dépoitraillée en niqab, en Vierge au chimpanzé ou en déesse Shiva faisant des doigts d’honneur, sur le dernier en date, on est en effet davantage dans une veine excrémentielle, avec étrons sur le drapeau français (mais ouf ! Frappé du logo du FN, donc dans une perspective qu’on imagine dérangeante et salutaire) ou traînées sanguinolentes par le biais d’un crucifix judicieusement placé, sur une étoile de David et un croissant (conjointement, hein ! pas de favoritisme). A noter également la dame sur le pot, celui-ci étant décoré comme une petite synagogue de poche, intitulé finement « territoire occupé ». A part peut-être le cliché qui la montre avec un marteau et une faucille comme si elle arborait des symboles hautement transgressifs (alors qu’ils sont, sur le canapé rouge de Drucker, à la portée du premier facteur venu), aucune de ces photos n’est drôle, plutôt triste à pleurer même, tant elles témoignent de la complète absence de cet esprit mordant et absurde, drolatique et violent, qui faisait le sel des montages d’Hara-kiri.

Comme l’a intelligemment démontré Pacôme Thiellement dans Tous les chevaliers sauvages (Editions Philippe Rey, 2012)), l’humour des Choron, Gébé ou Reiser ne peut plus contrer le système d’aujourd’hui non seulement parce que l’homme ou la femme politiques sont devenus des humoristes comme les autres, aussi ringards, aussi mauvais que les autres, mais surtout parce que la réjouissante cruauté et les éclats destructeurs d’Hara-kiri seraient immédiatement mis en cause comme « atteinte aux libertés fondamentales », « populisme qui ne dit pas son nom » ou que sais-je de plus infamant encore. Rien de tel bien évidemment ici, car en se tenant à quelques symboles souillés avec application, regard noir et poitrine en avant, en ne créant aucune surprise libératrice, à l’instar d’une banale pub Benetton pour adultes, Mme Bara fait surtout preuve d’un conformisme ennuyeux à mourir.

Elle est en tout cas l’une des preuves, s’il en était besoin, que le monde politique n’est plus que « le secteur divertissement du monde industriel et financier »[1. Comme le disait Frank Zappa cité par Thiellement.].

Photo : Céline Bara