L’hiver vient et l’automne est déjà froid. La Macronie connaît une période d’intempéries d’une intensité jamais vue depuis son indépendance en 2017. La démission de Gérard Collomb isole encore un peu plus Emmanuel Macron au cœur de la tempête.


Voilà 10 jours que la France est entrée dans l’automne. Mais depuis plus longtemps encore, un bien mauvais air frais souffle sur la Macronie. Depuis le lendemain de la Coupe du Monde en fait… Avec les débuts de l’affaire Benalla. « Une affaire d’Etat ! », selon des esprits malintentionnés. La passation de pouvoirs glaciale à l’Intérieur, hier, signe bien plus que la fin de Collomb place Beauvau: dans tous les rangs de la Macronie, le doute se répand… D’autant que les questions sécuritaires et identitaires – que des esprits plus malveillants encore estiment liées – reviennent, lancinantes et minantes.

« Nous ne sommes pas nombreux à pouvoir encore lui parler »

Il avait pourtant prévenu ! Dès le 23 septembre, dans La Dépêche du Midi, alors que l’affaire Benalla avait déjà refroidi ses rapports avec Emmanuel Macron, Gérard Collomb affirmait : « Nous ne sommes pas nombreux à pouvoir encore lui parler. Ceux qui parlent franchement sont ceux qui sont là depuis le début (Ferrand, Castaner, Griveaux et moi). D’ailleurs, il va finir par ne plus me supporter… »

Ce weekend, c’était décidé: il lâcherait le président isolé. Macron aurait préféré qu’il attende au moins les élections européennes… Vous connaissez la suite : Macron refuse la démission, Collomb ne se soumet pas, une grave crise d’autorité s’enclenche et le président est finalement contraint de mettre fin au conflit grotesque. Il fallait se méfier davantage du « vieux » ! Selon la journaliste Raphaëlle Bacqué du Monde, certains membres du gouvernement Philippe l’appelaient « son Altesse sénilissime ». Délicat ! Selon Le Canard Enchainé, des députés macronistes parmi les plus « progressistes » l’avaient, eux, qualifié de « facho », étant donnée sa fermeté – affichée – vis-à-vis des clandestins. Ambiance…

« Je ne changerai pas de politique »

Dans Le Journal du Dimanche du 30 septembre, Emmanuel Macron avait essayé de rester droit dans ses bottes, alors que la dépression météo et politique arrivait. Il ne voulait surtout pas donner l’impression que l’exécutif hoquetait tous azimuts. Il le proclamait à la une, il avait la ferme intention de tenir la barre coûte que coûte: « Je ne changerai pas de politique ». Pour la mettre en œuvre cette politique, ses ministres d’Etat ont changé, eux.

Après les départs de Hulot et Collomb, les petits couacs de communication automnaux semblent désormais devoir se transformer en véritable cacophonie pour l’exécutif. Pour François Bayrou, dans Le Figaro, les Français « ne voient plus bien où conduisent les réformes ». Selon Le Monde, peu porté sur le Macron-bashing, c’est « le parti majoritaire [qui] est le maillon faible de la Macronie ». Et pour de nombreux Français, enfin, ce serait carrément l’attitude du chef de l’Etat qui poserait problème.

On compte les points…

Même les télés autrefois les plus convaincues prennent maintenant un malin plaisir à ergoter pendant des heures sur le moindre épiphénomène que le citoyen se doit de reprocher au chef de l’Etat ou sur la moindre petite contrariété qui se présente à lui. Sur BFM TV, par exemple, chaîne presque autoproclamée macroniste (l’émission du weekend ne s’intitule-t-elle pas « Et en même temps » ?), regarder Bruce Toussaint est à ce titre éclairant. Ce type d’émission politique se complaît avec gourmandise à détailler chaque hypothétique raison des pertes de points de popularité du président.

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En prenant congé de son ministère, mercredi, pour s’en retourner « en région », à côté d’un Edouard Philippe glacial, Gérard Collomb était alarmiste sur la sécurité des Français et « des quartiers » (reproduire ici la liste des communes citées prendrait bien trop de place…). « Aujourd’hui, c’est la loi du plus fort qui s’impose – des narcotrafiquants, des islamistes radicaux – et qui a pris la place de la République », a lâché l’ex-ministre de l’Intérieur, visiblement pas comblé par son bilan à l’Intérieur. Il s’est même permis au passage une incartade blessante pour le président : « Il faut une vision d’ensemble pour [y] recréer de la mixité sociale. » Il avait déjà dit par le passé que la Macronie manquait d’ « humilité ». Emmanuel Macron coiffe donc un exécutif prétentieux et sans vision. N’en jetez plus, il était effectivement temps de faire les cartons !

Le président est une île

L’épisode du majeur mal placé du jeune antillais, terrible en termes d’image, n’est certes qu’un incident mineur comparé à toutes ces manœuvres politiques. Mais le président aurait pu facilement l’éviter… A cause d’un petit doigt d’honneur de rien du tout, la sympathique opération de reconquête de l’opinion dans les îles a, en tout cas, fait pschitt. Et les déclarations serviles et absurdes d’une secrétaire d’Etat plus connue que tous les autres ministres réunis y sont pour autant dans l’affaire que les indignations instinctives de l’opposition !

Pour tenter de mieux s’entourer dans un moment de lâchage généralisé, le président avait dit aux Français, en Martinique : «Vous ne pouvez pas seulement me dire ‘ça ne va pas’, il faut me proposer des solutions, sinon je passe ma vie dans le pays à distribuer de l’argent.» Mais dans un Etat si jacobin et si interventionniste, c’est un pari de croire qu’un tel message pourrait prendre. Il lui restera le très discret Edouard Philippe pour tenter de le faire, il semble fidèle et combatif. Lors de l’Emission politique, il affirmait la semaine dernière son total dévouement au chef de l’Etat. Encore quatre ans !

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