Qu’il est grand le mystère de la France ! Notre République laïque fille aînée de l’Eglise ne sait plus où elle habite ni quelle est son histoire. Du baptême de Clovis à la loi de 1905 sur la séparation de l’Eglise et de l’Etat, le roman national fait mauvais genre dans une France qui se voudrait hors-sol, sans passé ni identité, selon les nouveaux canons du « vivre-ensemble ». Cible des djihadistes, méprisés par le gouvernement durant le vote de la loi instaurant le mariage pour tous, aujourd’hui vilipendés par Emmanuel Todd, les catholiques français ne rasent plus les murs . S’ils sont sortis dans l’arène politique en 2013, ce n’est pas pour servir d’entremets aux lions laïcards. Ainsi, la « trahison des laïcs » que dénonce Fabrice Hadjadj est-elle une distorsion de la lettre et de l’esprit de la laïcité, puisque décatholiciser la société civile à la chlague bafoue la liberté de culte.

Mais, au-delà des querelles de chapelle entre libres-penseurs, héritiers malgré du sécularisme chrétiens, et cathos pratiquants, la bataille se mène sur le front identitaire. Comme le pressent Elisabeth Lévy, « ce qui enrage les cathos cuvée 2015, c’est une certaine façon de nier ce qu’ils sont et de dénigrer ce qu’ils ont été, un refus de concéder à leur droit d’aînesse le moindre privilège symbolique ». Mais du réveil des consciences à la tentation de devenir une minorité opprimée parmi d’autres, il y a un abîme car « on ne peut pas éternellement jouer sur deux tableaux : entre les délices de la posture minoritaire et les privilèges ingrats de l’ancienneté, il faut choisir », fait valoir notre cheftaine. De l’avis même des jeunes pousses politiques issues de la Manif pour tous que j’ai interrogées, des pans entiers du catholicisme français rêvent de nouvelles thébaïdes, vivant à l’écart du reste de la société, ce qui est un choix du reste parfaitement respectable mais peu compatible avec l’engagement dans la cité. De Frigide Barjot aux amoureux transis de Marion Le Pen, en passant par ce qu’il reste de chrétiens de gauche et le courant catho de l’UMP, explorons les cinquante nuances du militant catholique.

Le Père Chocholski, recteur du sanctuaire d’Ars, interrogé par Elisabeth Lévy, se félicite d’ailleurs de la diversité électorale des catholiques français, ravi qu’il y ait plusieurs bulletins de vote dans la maison de Père. Ce prêtre républicain et patriote, volontiers ouvert au dialogue avec les autres cultes, réagit aux débats post-Charlie et avoue avoir « bien plus peur des chrétiens tristes que des caricatures du Christ ». Tout aussi fervent catholique, l’acteur Michael Lonsdale, qui assure le doublage d’une série italienne sur saint Padre Pio, nous raconte son itinéraire d’évangélique, décrivant notre paysage multiculturel sans langue de bois.

Les brebis égarées allergiques à l’odeur du vin de messe et de l’hostie feront également ripaille dans ce numéro. En plein dans l’actualité, nous revenons sur la tragédie familiale des Le Pen, versifiée par Corneille, cependant que Paulina Dalmayer se gausse des campagnes néoféministes contre la drague de rue. « Harcelez-moi », supplie-t-elle la gent masculine, à la fureur des nouvelles ligues de vertu. Du côté de la Perse, après la signature de l’accord sur le nucléaire, la journaliste du Figaro Delphine Minoui nous dévoile une société iranienne méconnue, où les femmes s’émancipent malgré la chape de plomb religieuse et le guide Khamenei pose ses pions sur l’échiquier chiite régional. Bref, cela hérissera certains mais la République islamique est bel et la bien la pire ennemie de l’Etat islamique !

Dans notre hotte culturelle, instruits par la parution de deux biographies, nous avons glissé quelques archives compromettantes au sujet de l’architecte français contemporain vénéré dans le monde entier : Le Corbusier. Alors, fasciste ou utopiste ? Les deux, Maréchal, répondent Frédéric Rouvillois et Patrick Mandon ! Au chapitre des heures-les-plus-sombres, avec l’aimable concours de Jean Lopez, nous publions les photos spectaculaires des cent derniers jours du IIIe Reich lorsque la bête nazie agonisante frappait son propre peuple avec la cruauté d’un animal blessé. Et comme l’Histoire connaît parfois d’heureux dénouements, la panthéonisation de Geneviève De Gaulle et Germaine Tillion nous offre l’occasion d’honorer les résistants méconnus, fussent-ils communistes dissidents ou royalistes intrépides.

Pour finir, je manquerai à tous mes devoirs en oubliant de mentionner les chroniques de Basile de Koch, Alain Finkielkraut, Roland Jaccard, et L’ouvreuse qui ensoleillent ce printemps pluvieux. À vos marques, prêts, achetez Causeur !

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Daoud Boughezala
est journaliste.
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