Jean-Marc Ayrault est impopulaire. Jean-Marc Ayrault a le charisme d’une paire de charentaises. Jean-Marc Ayrault a professé la langue allemande. Jean-Marc Ayrault passe ses nuits mouvementées à rêver d’aéroports gigantesques d’où décolleraient des camping-cars à réaction. Ça tout le monde le sait déjà. Ce qui est moins connu, c’est que Jean-Marc Ayrault a une femme, Brigitte. Le quotidien nantais Presse Océan répare cette lacune, dans son édition de lundi, en proposant une fascinante interview de la femme du premier ministre, assortie d’un patchwork d’articles évoquant ses diverses actions – sous le titre dansant « Brigitte Ayrault fait bouger Matignon ».
Quand on lui demande « Vous avez mis quelques mois à vous installer à Matignon… », ce n’est pas pour une raison légère… « Je suis d’abord restée à Nantes pour préparer Factorev, la nuit de la récup’ Créative… » Car une femme de premier ministre se doit, de nos jours, d’agir dans les associations qui vont dans le bon sens… ainsi, on apprend que Brigitte est aussi « ambassadrice de la Mobilisation nationale contre l’isolement des personnes âgées ». Elle s’est « laissée convaincre » par  l’indispensable ministre Michèle Delaunay, précise le journal. Ainsi convaincue, elle a « (voulu) s’impliquer dans des actions innovantes et intergénérationnelles ». Les petits vieux c’est bien, mais la jeunesse c’est encore mieux. Brigitte l’a bien compris car elle se vante d’être aussi « marraine de la maison des adolescents de Nantes » et soutien actif à l’association « Permis de vivre la ville » qui « fait un travail remarquable avec les jeunes de Clichy-sous-Bois ». Parmi les initiatives colossales de cette association : la construction de nichoirs à oiseaux qui ont été installés dans les jardins de Matignon…
Mieux encore : Brigitte est sensible aux arts de la rue. « Elle a imposé le graff », révèle Presse Océan, « dans les salons de réception et le hall d’accueil » avec pour objectif sans pitié de « donner à Matignon un look un peu plus moderne et ouvert ».
Mais la vie intérieure de cette Dame patronnesse des temps modernes n’est pas oubliée. Brigitte aime son époux, et le dit haut et fort : « Jean-Marc est l’homme de la situation. Il est courageux, il fait le travail, il est loyal. » On dirait un écho de la chanson Mon Raymond que Carla Bruni a consacré à son époux Sarkozy… en somme Jean-Marc tient la boutique ! Mais ce petit cœur, s’il sait aimer, souffre aussi de temps en temps, comme lorsque Anne Gravoin, l’épouse violoniste de Manuel Valls a cru bon de se déclarer « un peu plus glamour que Mme  Ayrault, prof d’allemand dans la banlieue de Nantes ». Avec une pointe d’amertume, Brigitte corrige : « C’est faux, je suis prof de français ». Et le glamour ?
On a bien ri. Mais – dans cette débauche de sentiments humides et de novlangue un peu vieillie – pas un mot sur le combi Volkswagen…
On nous aurait menti ?

Vous venez de lire un article en accès libre.
Causeur ne vit que par ses lecteurs, c’est la seule garantie de son indépendance.
Pour nous soutenir, achetez Causeur en kiosque ou abonnez-vous !
François-Xavier Ajavon
est chroniqueur et professionnel de la presse.Il est également l’auteur de L’eugénisme de Platon (L’Harmattan, 2002) et a participé à l’écriture du "Dictionnaire Molière" (à paraître - collection Bouquin) ainsi qu’à un ouvrage collectif consacré à Philippe Muray  (à paraître -éditions du Cerf).