En refermant, il y a quelques jours, le livre de Danielle Bleitrach, Bertolt Brecht et Fritz Lang, sous-titré Le nazisme n’a jamais été éradiqué, je suis resté longtemps silencieux, pensif. Inquiet peut-être. J’avais abordé cet ouvrage, qui analyse le film de Lang Les bourreaux meurent aussi, en cinéphile, et c’est l’homme qu’il avait convoqué. Les questions posées à travers ces pages en suscitaient d’autres. Et celle-ci n’était pas la moindre : pourquoi un tel silence de la presse autour de cet ouvrage – certes « pointu » mais qui à l’évidence fera date, non seulement dans la manière d’analyser un film mais aussi dans la perception que nous pouvons avoir de notre histoire contemporaine ? Pourquoi moi-même avais-je résisté à cette lecture, plusieurs fois différée aux mille prétextes de mille autres urgences ? Quel lièvre avait soulevé Danielle Bleitrach dans ce livre aussi stimulant intellectuellement que politiquement, moralement inconfortable, qui justifiât cet embarras ?

Chercheur renommé, sociologue, spécialiste des mouvements ouvriers latino-américains, Danielle Bleitrach n’avait a priori aucune raison de s’intéresser au cinéma, et encore moins à ce film de 1943, Les bourreaux meurent aussi, plus connu des cinéphiles (le seul dont le scénario fut signé par Bertolt Brecht) que du grand public. Réalisé pendant la guerre, à Hollywood où Lang et Brecht partagent un même exil, le film évoque l’exécution du hiérarque nazi Heydrich, fin mai 1942 à Prague. Mais ce n’est pas le statut de fétiche culturel du film, son côté pépite pour initiés et autres radicaux de la cinéphilie – à l’instar de Lifeboat, ce film d’Hitchcock également réalisé en 1943 – qui a éveillé l’intérêt de l’auteure et justifié son enquête.

Lisez la suite de l’article sur le blog d’Olivier Prévôt

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