Frédéric Taddeï recevait, mardi soir, dans son émission Social Club sur Europe 1,l’éminence grise aux talents multiples et aux pronostics sinistres mais éclairés, Jacques Attali. Sa plume prolixe vient d’accoucher d’une Histoire de la modernité dans laquelle il interroge la capacité de l’humanité à penser son avenir.

Après une heure de discussion conceptuelle mais brillante et notamment un échange intéressant avec Alain Quemin, le spécialiste des hit-parades des artistes les plus « bankable » de l’art contemporain, Jacques Attali, emporté par ses convictions progressistes, termine son intervention en dévoilant que la seule manière, pour la France, d’incarner la modernité serait d’être un hôtel haut de gamme capable « d’accueillir et de recevoir touristes, investisseurs étrangers et artistes internationaux. »

Cette idée d’une France pour touristes consuméristes errant entre supermarchés et musées n’est pas une première. L’économiste l’avait déjà prophétisée sur quelques plateaux télé en 2011. Et en l’entendant de nouveau, il nous revient en écho la déclaration  déconcertante lancée par Michel Houellebecq au lendemain de son Prix Goncourt obtenu pour La carte et le territoire : « La France est un hôtel, rien de plus » Sa formule lapidaire avait alors froissé les cœurs les plus souverainistes convaincus que notre pays ne peut se réduire à une prestation de service, aussi luxueuse soit-elle, que ses habitants ne peuvent être compris comme des ayant-droit en transit sans devoir à accomplir et que le lien qui relie à une nation ne peut être seulement marchand.

Mais admettons qu’Attali ait raison, que la France soit tellement larguée qu’elle n’ait d’autre avenir que celui de cette nation hôtel, ouverte sur un monde de flux humains et financiers : encore faudrait-il que l’on ait toujours quelque chose à offrir de spécifiquement français, qu’il y ait donc un héritage conscient de sa particularité et religieusement cultivé et défendu. Mais lorsqu’on voit comment l’Etat est le premier à dilapider notre patrimoine, en envoyant pelleteuses et bulldozers pour détruire des édifices religieux ou en bradant ses hôtels particuliers, cette nation auberge risque de plus ressembler aux Novotel standardisés qu’à un Crillon étincelant de la beauté élégante des boiseries de ses salons.

Lire la suite