Sur le plateau du Grand Journal de Canal +, qui est l’équivalent contemporain du huitième cercle de l’enfer de Dante (réservé aux ruffians et séducteurs, adulateurs et flatteurs), tout le monde se réjouissait lundi soir de la démission du pape. Alors que le soi-disant écrivain catholique et bien nommé Karl Zéro déclarait que Benoît XVI était « chiant et rétrograde », que l’ermite médiatique Daniel Duigou et l’abbé mondain de la Morandais approuvaient plus ou moins en rigolant avec les mécréants, un bandeau sous-titrait en toute objectivité « Benoît XVI : entre scandales et déclin de l’Eglise ».
Oui, tout le monde semble se réjouir de la démission de ce pape trop introverti, trop « réac », trop coincé, trop intello peut être, en tout cas complètement inadapté au monde moderne, malgré sa tentative récente et pleine de bonne volonté de s’inscrire sur Twitter.
Mais à ceux qui citent les prophéties de Moretti et son dernier (mauvais) film Habemus papam, où le pape fraîchement élu s’enfuit et renonce à sa fonction, je réponds que ce n’est pas l’homme qui n’était pas fait pour la fonction mais, hélas, la fonction qui n’est plus faite pour le monde. Un monde où tout va trop vite, où tout doit être immédiat et où plus rien  ne peut être éternel, absolu et sacré aurait-il pu tolérer un Jean-Paul II tremblant, croulant et diminué qui alla pourtant jusqu’au bout de sa tâche ?  Je ne crois pas.
La décision courageuse de Benoît XVI créera sans doute un précédent, et l’on peut raisonnablement envisager que désormais tout pape prendra sa retraite,  ou « démissionnera » d’une tâche devenue un métier comme un autre, poussé par la fatigue, par les accusations incessantes de ringardise,  et les scandales d’un monde où tout se sait.
Il est fini le temps où le pape, assis sur son trône au Vatican, se contentait d’édicter des dogmes, de canoniser des saints et d’écrire quelques encycliques tout en se faisant baiser les doigts par un ou deux chefs d’Etat de temps à autre. Aujourd’hui, le pape, confronté au déclin de l’Eglise dans son foyer européen, doit se battre sur tous les fronts pour défendre ses positions en matière sociétale, s’insurger contre le massacre des chrétiens, dénoncer  la PMA et  négocier avec les lefebvristes, prendre des bains de foule aux quatre coins du monde et punir les pédophiles.
Être tour à tour festif aux JMJ, grave à Saint Pierre, charismatique et modéré,  mystique et médiatique, universel et œcuménique, infaillible et « humaniste ».
L’Eglise doit-elle courir après ce monde  si rapide ? Non. Son rôle est au contraire de rester en arrière pour ramasser ceux qui trébuchent et s’essoufflent, et n’arrivent pas à suivre le rythme effréné de l’ère du vide : les petits, les faibles, les pauvres de cœur.
Alors, quel pape faut-il à notre monde ? Christine Boutin et Bernadette Chirac donnent leur avis de bigotes médiatiques  d’un air entendu et détaché : « moi j’aimerais bien que ce soit un Africain », du même ton qu’elles commanderaient une salade d’ananas un dimanche de carême. Ça change.
Les belles âmes s’enthousiasment aussi pour les cardinaux tiers-mondistes, ignorant, ou feignant d’oublier que ce sont les plus conservateurs, bien éloignés de leurs idéaux boboïstes ou du cathofestivisme.
À l’heure où la barjotisation de l’Eglise bat son plein, où les ouailles doutent et le clergé déroute (Mgr Barbarin vient de se déclarer favorable au mariage des prêtres), tous s’accordent à désirer un pape jeune, un pape moderne et réformateur.
Souvenons-nous alors de ce que Philippe Muray écrivait avec sa verve habituelle en mai 2005 : « Non décidément, ce Benoît XVI ne passe pas, il est inadmissible. Par chance il est vieux, il ne durera pas , c’est un pape de transition. Nous voulons un pape comme nous, pas un pape papiste ou papophile, un pape papophobe, non papolâtre ou papocrate. Un pape moderne. Un pape comme la société moderne ».  Et il terminait par cette suggestion :  « Pourquoi ne pas l’élire nous-mêmes ? ».

*Photo : Xerones.

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