Si les mots ont encore un sens, un père est autre chose qu’un « papa », une mère autre chose qu’une « maman ». D’ailleurs, je crois qu’un « papa », ça n’existe pas. Il y a « papa », je veux dire mon papa à moi, celui qui m’a appris le « Notre Père », que j’appelais « papa » quand je m’adressais à lui, à ma mère ou à mes sœurs. Mais il était « mon père » quand j’en parlais au reste de l’humanité. Et le reste de l’humanité, aussi, avait un père et une mère. « Un » papa, on n’avait jamais vu ça, et « une » maman non plus. Deux papas, deux mamans, un papa, une maman, tout cela ce sont des inventions, comme le « petit papa Noël ». Ce qui est inquiétant, c’est qu’avec les manifs et les contre-manifs pour tous, les papas et les mamans, on ne voit plus que ça dans la France contemporaine. Diogène de Sinope reviendrait-il parmi nous, muni de son antique lanterne, qu’il chercherait en vain un père ou une mère parmi les foules de papas et de mamans. Avoir un père et une mère, on savait à peu près ce que c’était. Pour un gamin, c’était autorité contre soin, affection et éducation. Un deal généralement équitable quoiqu’imposé sans négociation préalable à l’une des deux parties (et parfois même aux deux).
Mais avoir un papa ou une maman, qu’est-ce que c’est ? Un papa ou une maman, ce sont des gens cools, mignons et sympas chacun dans leur genre (même si on a tendance parfois à les confondre, puisqu’ils sont censés faire exactement la même chose à la maison et ailleurs), à qui l’on fait de gros bisous quand ils rentrent du boulot pour nous dire bonne nuit. Je n’ai rien contre les gros bisous, notez bien, c’est seulement qu’il n’y a pas que ça dans la vie.
Avançons ici une hypothèse. La mutation des pères en papas et des mères en mamans ne serait que la traduction sémantique d’une mutation en profondeur de la famille, dont le « mariage pour tous » constituerait moins les prémices que l’achèvement.

*Photo : Elendol.

Lire la suite