Le CCIF s’est fait un superbe coup de promotion en relançant l’affaire de la crèche Baby-Loup auprès du Comité des droits de l’homme de l’ONU (CDH). Il a réussi à présenter le port du voile en France comme une affaire de droits humains, alors que c’est tout simplement une affaire de charia… puisque c’est la charia qui impose le port du voile aux femmes.

Un coup de pub pour l’islamisme

Certes, la réponse du CDH n’a aucune valeur juridique en France. Mais cela n’a pas d’importance. Ce que les islamistes voulaient, c’est une exposition médiatique pour leur cheval de bataille : le port du voile en France. Et l’exposition médiatique qu’ils viennent de gagner vaut des millions en termes de publicité.

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En réalité, ce n’est pas au CDH de demander des comptes à la France, c’est à la France de demander des comptes au CDH au sujet des droits humains dont il favorise la violation dans d’autres pays par son silence. La France, ici, sert de bouc émissaire : plus on crie au sujet du voile en France, plus on fait oublier que des gens meurent ailleurs, décapités pour avoir exprimé une opinion.

Baby-Loup, une crèche pour tous

Ici, un rappel des faits s’impose.

La crèche Baby-Loup a été fondée en 1991 par des femmes de diverses religions et nationalités, à Chanteloup-les-Vignes, localité à majorité pauvre et composée de personnes issues de l’immigration récente.

Dans les quartiers pauvres, les enfants de familles monoparentales n’ont souvent personne pour les garder quand leur mère (ou leur père) travaille. C’est bon quand les horaires sont classiques : les crèches sont alors ouvertes. Mais les personnes en détresse acceptent des horaires dont les autres ne veulent pas. Quand elles vont travailler la nuit ou les jours fériés, il n’y a généralement personne pour garder l’enfant, qui reste seul à la maison ou à la rue. C’est ainsi que l’on entend parler d’enfants qui sont morts dans un incendie en l’absence de leurs parents.

Dès 2002, Baby-Loup recevait les enfants 24 heures sur 24, tous les jours de l’année, pour accueillir aussi les enfants dont les parents ont des horaires décalés. Aucune autre crèche de France ne fait cela.

En 1992, Fatima Afif fut embauchée par la crèche comme directrice-adjointe. Mise en congé parental en 2003, elle reçut un avis de sa direction, lui disant que le voile était spécifiquement interdit d’après le nouveau règlement de la crèche Baby-Loup, et que lorsqu’elle reviendrait au travail, elle devrait l’ôter.

Le 9 décembre 2008, elle se présenta à la crèche en jilbab, voile et cape à la fois. Une des directrices-adjointes lui assigna un vestiaire et lui demanda d’aller se changer. Mais elle refusa.

Vers midi, la directrice Natalia Baleato la prit à part pour lui rappeler le but de la crèche, en présence de deux autres directrices-adjointes : Baby-Loup est une association à but non lucratif, régie par la loi du 1er juillet 1901. C’est donc une crèche publique et non privée. Selon ses statuts, cette association a vocation à accueillir des petits enfants en milieu défavorisé, à l’insertion sociale et professionnelle des femmes du quartier, et à la revalorisation de la vie locale sur le plan professionnel, social et culturel, sans opérer de distinctions politiques ou confessionnelles.

L’association qui gère la crèche, ainsi que le personnel, sont des femmes d’origines ethniques et de religions diverses. Et la crèche reçoit des enfants de couleurs, de langues, de religions, de pays différents. Le personnel ne peut pas imposer à un enfant la vue d’un signe religieux ostentatoire (qui revient en fait à de la propagande religieuse1).

Aussi une affaire de gros sous

Le discours ne changea pas les idées de Fatima Afif, qui refusait toujours de se changer. La directrice informa la présidente, et la dame reçut une lettre lui signifiant sa mise à pied conservatoire à effet immédiat.

« Après avoir lu cette lettre, lui écrit la direction, vous avez refusé de la signer. Vous êtes ensuite restée dans la salle d’attente jusqu’à environ 15 h, passant divers appels téléphoniques, puis avez fait irruption en pleine réunion de direction, réclamant que l’on vous remette de nouveau cette lettre qu’une nouvelle fois vous avez refusé de signer. Elle vous a donc été adressée le jour même par voie recommandée. Une deuxième altercation s’est produite en pleine réunion, alors qu’une adjointe vous demandait de quitter la salle pour cesser de perturber le travail. Au mépris de la mise à pied qui venait de vous être signifiée, vous vous êtes maintenue dans les locaux de la crèche, vous informant des situations des enfants présents, ayant des échanges avec les parents… Ce n’est qu’à 18 heures 30 que vous avez enfin décidé de quitter la structure, mais en annonçant à tous que l’on vous aurait “sur le dos” tous les jours. 

Le lendemain matin, 10 décembre, votre comportement inqualifiable a repris de plus belle. Après être rentrée de force dans la crèche alors que Madame Baleato tentait de vous en dissuader en vous rappelant de nouveau la mise à pied conservatoire prononcée la veille, vous avez indiqué « cela ne vaut rien » et vous vous êtes rendue directement au milieu des enfants dans la salle des moyens.

Madame Baleato vous a demandé de quitter les lieux. Le ton montant, elle vous a convoquée dans son bureau, ce que vous avez refusé. Vos provocations incessantes et multiples, parfois sous le regard des enfants, n’ont cessé de redoubler durant le temps où vous avez imposé votre présence dans les locaux. Alors que Madame Baleato vous réitérait encore l’ordre de partir, vous lui avez rétorqué « Eh bien vas-y appelle la police pour me faire sortir ! », vos agissements n’ayant manifestement d’autres fins que de tenter de multiplier des incidents dont vous espériez qu’ils tournent à votre avantage. »

Fatima Afif espérait tirer beaucoup d’argent de cette affaire, de quoi ne plus avoir besoin de travailler de sa vie, grâce à l’appoint fourni par les allocations familiales. Elle traîna en effet la crèche en justice en lui réclamant :

– 63 015,12 euros à titre de dommages et intérêts pour nullité du licenciement et discrimination et atteinte aux libertés fondamentales,

– 9 695,32 euros à titre d’indemnité compensatrice de préavis,

– 969,53 euros au titre des congés payés afférents,

– 700,17 euros à titre de rappel de salaire sur mise à pied,

– 70 euros au titre des congés payés afférents,

– 26 662,13 euros à titre d’indemnité conventionnelle de licenciement, à défaut de reconnaissance de sa qualité de cadre :

– 4 847,66 euros à titre d’indemnité compensatrice de préavis,

– 484,77 euros au titre des congés payés afférents.

Et ce, au nom de l’article 9 de la Convention européenne qui garantit la liberté de conscience ; de la directive française du 27 novembre 2002, interdisant les discriminations fondées sur la religion ou les convictions, ainsi que des articles L. 1121 et L. 1321 du Code du travail, qui limitent le pouvoir de l’employeur en ce qui concerne les restrictions qu’il peut apporter à ce principe. Ce licenciement aurait, selon Mme Afif, été illégal d’après l’article 1132-4 du code du travail, parce qu’il était justifié par le refus de Mme Afif d’ôter le voile islamique, et donc, qu’il s’agirait de discrimination religieuse.

L’affaire Baby-Loup, un refus de la France

Mme Afif ajouta qu’elle portait le foulard depuis le début et qu’on ne lui avait rien dit ; que le règlement qui le lui interdit date de 2003 seulement ; que la plupart des habitants de la localité sont originaires d’Afrique noire ou du Maghreb et que les enfants sont habitués à voir des personnes porter ce vêtement ; que les enfants ne consomment que de la viande halal à l’établissement depuis 1997.

La Cour d’appel à Versailles la débouta, disant que son voile pouvait être une entrave à la vocation de l’association auprès de tous les enfants du quartier, et que c’était en contradiction avec les statuts de l’association. En outre, et contrairement à ce qu’avait dit Mme Afif, le règlement en vigueur avant 2003 n’était pas différent de l’ancien sur le plan de la définition de la nécessité, pour le personnel, de « respecter et garder la neutralité d’opinion politique et confessionnelle au regard du public accueilli ». Mme Afif avait même reçu un rappel à l’ordre en 2001 parce qu’elle était voilée, et « elle-même, le 17 avril 2002, lors d’un entretien préalable en vue du licenciement d’une autre salariée, a rappelé à celle-ci la nécessité de rester neutre vis-à-vis des enfants et à l’égard des parents, et l’obligation de ne pas porter le voile pour toutes les activités auprès des enfants, “ceci étant mentionné dans le règlement intérieur” ».

En outre, l’examen des factures prouvait que l’établissement se fournissait aussi en viande non halal.

Je ne citerai pas tous les harcèlements et allers-retours juridiques qui aboutirent à la fermeture de Baby-Loup en 2013, les islamistes s’acharnant à faire condamner la crèche par la justice, sachant que cela la mènerait à la faillite et à la fermeture, et à priver des enfants pauvres de la possibilité d’être gardés quand leurs parents travaillent la nuit. Il est vrai que tel est leur but : ils répètent que la femme doit rester à la maison, et ils ne veulent pas que les enfants musulmans soient éduqués dans la neutralité.

La justice française classa définitivement l’affaire en 2014, et la crèche revit le jour dans une autre localité. Après cet échec auprès de la justice française, les islamistes tentèrent de briser l’association Baby-Loup en ruinant sa réputation.

L’ONU voile au secours du CCIF

Cherchant quelque institution, dans le monde, sur laquelle l’Arabie saoudite ait quelque influence, le Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF) trouva l’ONU. N’est-ce pas l’ONU qui a confié aux Saoudiens la présidence de sa Commission des droits de l’homme en 2015, année où ils exécutaient 146 personnes par décapitation, presque toutes pour délit d’opinion ? N’est-ce pas l’ONU qui a ignoré la mort lente des filles du roi Abdallah, séquestrées depuis des années, et finalement laissées mourir de faim, malgré leur appel au secours répercuté sur les chaînes de télévision BBC et Channel 4 aux heures de grande écoute ? L’ONU, il est vrai, était alors grassement financée par l’Arabie Saoudite2.

Depuis leur présidence du CDH, les Saoudiens y ont gardé de bonnes amitiés. Ce comité des Droits de l’Homme de l’ONU a compris l’enjeu de l’affaire de la crèche Baby-Loup. Son rapport dit en effet :

« L’État partie [la France] soumet que le foulard islamique n’est pas “un signe passif” mais un “signe extérieur fort” ; que la crèche est un lieu d’accueil et de stabilité sociale d’enfants en bas âge, particulièrement influençables et réceptifs à leur environnement, qui n’ont pas à être confrontés à des “manifestations ostentatoires d’appartenance religieuse”.

Ayant bien noté que la stabilité sociale des enfants est en jeu, le comité passe outre, concluant que :

« L’État partie déclare en termes généraux que le traitement différencié se basait sur un critère objectif qui n’était ni arbitraire ni déraisonnable, sans expliquer suffisamment en quoi le port du foulard empêcherait l’auteure de mener à bien ses fonctions et sans examiner la proportionnalité de cette mesure. »

En d’autres termes, le bien-être des enfants n’aurait rien à voir avec les fonctions de Mme Afif, directrice adjointe de crèche. Et le comité de sommer la France :

« L’Etat parti [sic] est tenu, entre autre [sic] : d’indemniser l’auteure de manière adéquate et de prendre des mesures de satisfaction appropriées, incluant une compensation pour la perte d’emploi sans indemnités et le remboursement de tout coût légal, ainsi que de toute perte non pécuniaire encourue par l’auteure en raison des faits de l’espèce. L’État partie est également tenu de prendre toutes les mesures nécessaires pour prévenir des violations similaires à l’avenir. »

Et, craignant que ses sommations ne soient pas prises en compte, le comité donne à l’Etat français 180 jours pour le tenir informé des mesures prises : « Le Comité souhaite recevoir de l’État partie, dans un délai de 180 jours, des renseignements sur les mesures prises pour donner effet aux présentes constatations. »

Macron doit répondre 

Qu’attend le président Macron pour relever le défi ? Le CDH prétend que l’interdiction du port du voile islamique dans une crèche française est une violation de la liberté religieuse. Alors que dit-il des violations de la liberté religieuse de milliers de non-musulmanes qui sont contraintes, en Arabie saoudite, à porter le voile islamique ?

Et si l’interdiction du port du voile en France (où la loi n’est pas la charia), est une violation de la liberté religieuse d’une femme, que dire d’emprisonnement des femmes qui ont osé s’exprimer dans les pays où la loi est la charia ?

Comment le CDH ose-t-il prétendre que la France ne respecte pas la liberté religieuse, alors qu’il se tait quand, en Arabie saoudite, des milliers de personnes sont fouettées, jetées en prison, décapitées pour avoir exprimé une opinion ?

J’appelle le président Macron à dire tout cela à la télévision au nom de la France.

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