Ils remplissent les salles et convertissent des foules. Convaincus de détenir la vérité et prêts à mouiller leur chemise pour l’offrir à leurs contemporains (la vérité, pas leur chemise), ils se sont mis en tête, après tant d’autres, de créer un Homme nouveau. Et nouveau, il le sera sacrément s’ils parviennent à leurs fins qui sont, rien que ça, de faire de nous des herbivores. Pour les nouveaux militants de la cause animale, l’avenir radieux est un avenir sans viande.

Lors d’un colloque organisé par L214, le funeste Aymeric Caron, devenu en deux best-sellers et en popularisant la pensée de Peter Singer, le grand gourou de la vie veggie en France, s’est déclaré convaincu que le grand soir arriverait : « Il y a un avantage que nous n’exploitons pas, a-t-il expliqué à un public conquis, c’est que nous avons la Raison pour nous. Tous les arguments rationnels aujourd’hui amènent à la conclusion qu’il faut arrêter de manger de la viande et de maltraiter les animaux. » J’ai raison parce que j’ai raison, et ceux qui ne sont pas d’accord avec moi sont des imbéciles ou des fous.

Au chapitre de l’arrogance idéologique et du déni du réel, on le voit, les nouveaux défenseurs de la cause animale n’ont rien à envier à leurs ancêtres bolcheviks. Ceux-ci voulaient sauver le peuple, au besoin en le fusillant. Ceux-là prétendent sauver les animaux, et tant pis s’il faut pour cela en faire disparaître la plupart de la surface de la terre. En effet, si l’homme interrompait sa longue coopération avec les animaux, entamée il y a onze mille ans, toutes les espèces qui peuplent nos campagnes et nous offrent leur travail, leur production ou leur chair ne survivraient que dans quelques zoos – adieu, veau, vache, cochon, couvée…

Peu importe à Caron et à ses partisans : la défense des animaux n’a rien à voir avec une quelconque « sensiblerie », a-t-il répété, ironisant sur les mangeurs de viande qui aiment leur chien. « Mon respect pour les animaux est purement intellectuel », a-t-il conclu, très applaudi. À l’image des gauchistes qui aiment l’Autre mais maltraitent leur secrétaire, Aymeric Caron aime tous les animaux mais n’éprouve d’affection pour aucun en particulier – comme ça, il n’est pas influencé par ses émotions. C’est bien le problème. À l’écouter, on dirait que les animaux sont pour lui un paramètre dans l’équation du Progrès et, plus encore, un bon moyen d’accuser ses contemporains et de se mêler de leurs affaires.

Logiquement, notre ami des bêtes est devenu un propagandiste frénétique de l’ « antispécisme », théorie qui récuse la différence des espèces. Pour qui aime dénoncer, le spécisme c’est encore mieux que le racisme : tout le monde est coupable.

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Elisabeth Lévy
est fondatrice et directrice de la rédaction de Causeur.