André Franquin est connu des enfants pour son Marsupilami (mammifère chimérique à la plus longue queue préhensile − et répréhensible − du règne animal). André Franquin est connu de tous les amateurs de poésie pour Gaston Lagaffe et les personnages truculents qui gravitent autour du plus fantasque et rêveur des garçons de bureau. André Franquin est connu de tous les esthètes et dépressifs chroniques pour les superbes planches des Idées noires, qui ont presque réinventé (j’exagère à peine) la nuit, la mort, le désespoir, les créatures monstrueuses qui peuplent les cauchemars d’enfants et l’horreur mortifère des paysages urbains. Bref, André Franquin est connu de tous, et pourtant personne ne connaît son visage. Il faut dire qu’il a laissé son œuvre à une époque où il n’existait pas vraiment de « star system » et de « pipolisation » dans le secteur de la bande dessinée – et où Franquin, Uderzo ou Hergé pouvaient prendre le tram sans être harcelés par des hordes de fans.

Miroir avec teint. L’exposition « M’Enfin ! » commence précisément par le visage de Franquin, avec une série piquante d’autoportraits. Quels artistes n’ont pas cédé au vertige de l’autoportrait, de Rembrandt à Kubrick, jeune photographe qui finissait toujours ses rouleaux de pellicule par une photo de lui ? Pas narcissique pour un sou, Franquin a pourtant éparpillé çà et là dans son œuvre des portraits – souvent hilarants – de lui-même.

L’exposition « M’Enfin ! », consacrée à l’art de Franquin, se tient jusqu’au 17 février 2013 au Centre Wallonie-Bruxelles de Paris.

*Photo : saigneurdeguerre.