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Un vieux juif ventripotent se tape une « négresse ». Du calme, avant d’alerter le MRAP, reposez le combiné de votre téléphone : cet énoncé aux relents antisémites et négrophobes n’est que le synopsis du dernier roman de Marc-Edouard Nabe. A ma connaissance, L’Enculé marque la première tentative romanesque inspirée de l’affaire DSK. A en juger par sa relation détaillée des dernières tribulations télévisées du « queutard » du Sofitel, le vingt-neuvième roman d’Alain Zannini a d’ailleurs été écrit sur le vif, sans doute moins de trois semaines avant son anti-édition[1. Comme je l’expliquais à de la sortie de L’homme qui arrêta d’écrire, Nabe a décidé de « s’anti-éditer » pour nouer une relation immédiate avec ses lecteurs, sans maison d’édition ni libraires].

Cette rapidité d’écriture se ressent dans le style enlevé du livre, plein de trouvailles et de boules puantes qui font de Nabe le sale gosse de Hara-Kiri qu’il n’a- en vérité – jamais cessé d’être. Ne vous fiez pas au titre provocateur de l’opus : L’Enculé exprime moins une invective contre l’ex directeur général du FMI qu’un état de fait. A force de baiser tout ce qui bouge, Strauss-Kahn finit baisé lui-même, pris dans le pot à confiture dont il se goinfrait impunément. Tel est le péché qui lui attire l’empathie paradoxale de Nabe, pantomime du mari d’Anne Sinclair sur 250 pages. Grâce à une première personne qui nous conduit dans les tréfonds de la double introspection, l’entente est immédiate entre l’ex-chouchou du PS et l’histrion d’Au régal des vermines. Les confessions indécentes du « capitaine Dreyfus de la bite » agacé par la judéomanie compulsive de son épouse – bien plus accro aux chants yiddish qu’aux pulls mohair – et son obsession des noires à gros seins constituent les marottes du tandem littéraire Nabe-DSK.

Foin de précautions ou de demi-mesure dans L’Enculé. Autant vous prévenir tout de suite : pour analyser la rencontre entre une soubrette guinéenne et un politicien français d’ascendance séfarade, Marc-Edouard Nabe surjoue l’interprétation ethnique. Revenant à ses premières amours, lorsqu’il se complaisait dans le rôle du méchant binoclard célinien sur le plateau d’Apostrophes, il désamorce la grenade de l’antisémitisme en la balançant à la figure de son lecteur. Cela donne d’insistantes comparaisons entre le pénitencier de Rikers Island et le camp d’Auschwitz, assorties de parallèles plus ou moins digestes sur le pyjama rayé que son épouse contraint DSK à vêtir avant de comparer au bombardement de Gaza la beauté d’un feu d’artifice sur Brooklyn bridge (au cas où vous n’auriez pas compris !).

Plus finaud qu’il n’y paraît, Nabe manie le comique de répétition à dessein. On ne compte plus les occurrences des mots « négros », « juifs » et « bite » qui forment le triptyque obsessionnel de l’intrigue. Pour ne pas déflorer tous les menus rebondissements qui font de ce roman un divertissement plaisant vite lu et digéré, on se contentera d’évoquer l’irruption d’une femelle bouledogue baptisée Martine Aubry, une rencontre tumultueuse avec des bikers Hell’s Angels à grosses moustaches, et la puissance métaphorique d’un rodéo du Wyoming qu’un Elkabbach en Stetson (!) compare aux jeux de hasard charnels.

Clou du spectacle, le renversement final fera sourire les lecteurs occasionnels de Voici que nous sommes tous. Après son retour à ses pénates parisiennes, l’hôte de la place des Vosges estomaquera Nicolas Sarkozy par une passion secrète tout en vous réservant une sacrée surprise dans la course à l’échalote présidentielle.

Allez, pour vous mettre l’eau à la bouche, je ne résiste pas à la tentation de citer ce soliloque strauss-kahno-nabien qui vaut bien des volumes de psychologie masculine : « Ô toi bite ! Malheur à toi par qui le scandale est arrivé ! (…) Tu t’es servie de la femme de ménage pour me niquer. Je me suis fait niquer par ma bite… Tu n’as pas honte ? Réponds ! Tu fermes ta gueule, bite, parce que tu sais que j’ai raison !… ».