Jean-Claude Michéa

Vous notez que, plus le règne du capitalisme mondialisé s’étendra, plus il sera dur de rétablir un mode de vie normal, fondé sur la civilité commune : en effet, comment peut-on imaginer aujourd’hui, même devant la chute provisoire des monstres enfantés par le libéralisme, comme certaines banques ou l’euro, les moyens de la reprise de cette vie ? En fait, peut-on sevrer les âmes droguées à la performance libérale ?

C’est assurément la question politique la plus fondamentale pour tous ceux qui ont encore à cœur de défendre la cause du peuple et de l’humanité. Non, d’ailleurs, qu’elle soit entièrement nouvelle : le mouvement socialiste a toujours admis, en effet, que le remplacement du système capitaliste devrait exiger une longue période de transition (et c’est évidemment dans cette optique qu’il faut comprendre la démarche des premiers socialistes « utopiques » − de Fourier à Owen − ou le rôle pédagogique central, au XIXe siècle, des syndicats et des coopératives ouvrières de production ou de consommation).

Ce qui a cependant longtemps conduit à sous-estimer l’ampleur réelle des tâches à accomplir (sans même parler ici du problème crucial de la résistance acharnée que les classes dirigeantes contemporaines − qui disposent de l’arsenal répressif le plus puissant de l’histoire humaine − ne manqueront pas d’opposer à tout mouvement susceptible de menacer leurs privilèges), c’est la domination presque sans partage que l’idéologie marxiste-léniniste a trop longtemps exercée sur le mouvement ouvrier

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