Pour une fois, pour une fois seulement, nous allons nous montrer optimistes. Bien sûr, dès qu’il s’agit des rapports entre Israéliens et Palestiniens, l’exercice est périlleux. Et pourtant, cette fois, pour m’y être frotté à plus d’une reprise depuis la conférence de Madrid de 1988, j’ai décidé de me ranger dans le camp de ceux qui y croient. Les deux attaques en Cisjordanie, qui ont fait quatre morts et plusieurs blessés israéliens la veille de l’ouverture du dialogue et le jour où il a officiellement commencé à Washington, auraient pu me faire changer d’avis. Mais non. J’y crois. Et pas seulement parce qu’aller à l’encontre de tous les commentateurs, tous convaincus que « cette fois encore, cela ne marchera pas », que « le président Obama va droit dans le mur », que « le Hamas lamine le pouvoir de Mahmoud Abbas » et que « Netanyahou mène tout le monde en bateau », a un je-ne-sais-quoi d’exaltant.

Un premier constat : en dépit des deux attaques et des déclarations incendiaires des organisations radicales, Hamas en tête, qui en promettent d’autres, la violence est à son niveau le plus bas depuis plusieurs années. La seconde intifada semble être un lointain souvenir et les dirigeants israéliens de tous bords devraient en principe avoir plus de facilité à « faire passer la pilule » d’un accord avec les Palestiniens, notamment par le biais d’un référendum, une consultation qu’envisage d’ailleurs sérieusement Benjamin Netanyahu dans un an. Abbas, contrairement à Arafat, n’est pas perçu par la majorité des Israéliens comme un manipulateur qui brandit le rameau d’olivier d’une main et le terrorisme de l’autre. Il l’a d’ailleurs prouvé peu après les tirs revendiqués par le bras armé du Hamas en ordonnant une vague d’arrestations massives dans les rangs des islamistes, avec l’assistance proche-lointaine des services de renseignements voisins.

Un deuxième constat : le scepticisme de rigueur de part et d’autres n’a pas empêché ces derniers mois la formation d’un consensus favorable à la création d’un Etat palestinien, à condition que l’Etat en question jouisse d’une indépendance acceptable et accepte de vivre pacifiquement aux côtés d’Israël. Même les Palestiniens de Gaza auront du mal à rejeter un tel développement et pourraient, on peut rêver, faire plier l’intransigeante direction du Hamas.

Quant au sujet qui fâche, la colonisation, il semblerait, vu de Paris, que les Israéliens aient enfin cédé aux sempiternelles exigences américaines de ne plus construire en territoire occupé, qu’ils n’aient pas l’intention de renouveler le moratoire de dix mois sur la construction en Cisjordanie qui arrive à terme le 26 septembre : en somme, on dirait qu’ils ne souhaitent pas que Mahmoud Abbas claque la porte des négociations à peine remises à flot s’il venait à apprendre que des bétonneuses entraient en action.

Autre sujet potentiellement explosif : le « droit au retour » des réfugiés palestiniens de 1948 et 1967 sur lequel les Israéliens ne sont pas du tout prêts à transiger mais sur lequel Abbas, soumis aux pressions américaines, pourrait en fin de compte lâcher du lest. Tout comme Israël, ainsi que l’a récemment déclaré Ehud Barak, pourrait céder sur la sacro-sainte réunification de Jérusalem, en acceptant qu’un drapeau palestinien flotte sur une partie du secteur oriental de la ville. Restent le tracé compliqué des frontières du futur Etat palestinien, la question de la sécurité à ces frontières inhérente à celle de l’armement dont disposerait le nouveau venu au sein de la communauté des Nations. Autant de questions qui ont le mérite de ne pas être trop nombreuses et d’avoir des contours clairement définis en vue d’un « marchandage » final qui débouchera, inch Alla’h, sur un accord définitif.

Si on ajoute à tout cela un Netanyahu particulièrement en verve, puisqu’il a réussi à faire taire les critiques habituelles de la gauche israélienne sur ses réelles intentions de faire la paix avec les Palestiniens, un Amr Moussa, président de la Ligue arabe, qui entonne pour une fois le refrain de John Lennon « Give Peace a Chance », et un Ahmadinejad égal à lui-même lorsqu’il affirme que les pourparlers sont « morts-nés », on ne peut qu’être optimiste.

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