Accueil Médias Affaire Guillaume Pley: l’animateur de Legend est-il la cible d’une vengeance des milieux d’affaires?

Affaire Guillaume Pley: l’animateur de Legend est-il la cible d’une vengeance des milieux d’affaires?

La vedette de YouTube sort d’un été très agité


Affaire Guillaume Pley: l’animateur de Legend est-il la cible d’une vengeance des milieux d’affaires?
Le vidéaste YouTube et ancien animateur de NRJ Guillaume Pley, ici à Roland Garros en 2023 © Laurent VU/SIPA

Le présentateur de la chaîne YouTube aux 3,7 millions d’abonnés a fait les frais de plusieurs enquêtes menées par de grands médias comme Le Monde ou Les Inrocks. Coïncidence troublante, les propriétaires de ces journaux sont les mêmes hommes d’affaires qui avaient, en vain, tenté de racheter Legend quelques mois auparavant, pour une somme que Guillaume Pley aurait lui-même jugée « ridicule ».


YouTube, ton univers impitoyable. Quand on pèse, comme la chaîne Legend, 3,7 millions d’abonnés, 8 millions d’écoutes mensuelles et plus de 6 milliards de vues annuelles — et que le tout réalise 10 millions d’euros de chiffre d’affaires et un résultat net de 3,82 millions en 2025 —, il faut s’attendre, comme les protagonistes de la série Dallas, à aiguiser les appétits. Mais aussi à recevoir des coups, y compris sous la ceinture.

Tout cela, Guillaume Pley, le fondateur et présentateur star de Legend, le sait bien. Et dans le cas contraire, il l’a appris à ses dépens, lui dont l’été a été plus que chahuté par un certain nombre de polémiques dont l’animateur se serait sans doute bien passé. Presque coup sur coup en effet, plusieurs médias que, a priori, rien ne relie entre eux ont dégainé des enquêtes dévastatrices pour l’image — et par conséquent, les activités et l’influence — de Guillaume Pley.

Tirs groupés

Les Inrocks, Le Monde, Society, bientôt rejoints par certaines chaînes YouTube comme celle de l’influenceur TPZ : à quelques jours d’intervalle seulement, tous ces médias ont publié (ou annoncé leur intention de publier) des formats à charge contre l’animateur de Legend. Les uns ont pointé un « système Pley » prétendument à l’œuvre au sein de l’actuelle société du présentateur, qui fait travailler une quarantaine de salariés, tandis que les autres ont dénoncé ses pratiques supposées quand l’ex-animateur de radio amusait la galerie sur l’antenne de NRJ.

A lire aussi: France Inter: 150 secondes pour la droite, c’est déjà trop !

L’impact de ces tirs groupés, qui plus est de la part de médias aussi prestigieux, fut à la hauteur de l’influence exponentielle de celui que certains (et parfois les mêmes, dans le cas du quotidien vespéral) n’hésitaient pas jusqu’alors à présenter comme un potentiel arbitre de la future élection présidentielle. Accusé de racisme, de comportements déplacés avec de jeunes filles ou encore de pratiques managériales flirtant avec le harcèlement, Guillaume Pley est passé, du jour au lendemain, de l’Olympe au pilori médiatique. Comme le disait Jean-François Kahn : « D’abord, on lèche, ensuite, on lâche et enfin, on lynche. »

Cette chute estivale n’a rien d’une première dans le paysage médiatique français. À l’ère post-MeToo, la chute brutale d’idoles masculines est presque devenue un feuilleton. Et la justice, si elle est un jour saisie (démarche que seul Guillaume Pley a, pour l’heure, menée en portant plainte pour diffamation), tranchera — éventuellement — les allégations à l’encontre de l’animateur. S’il est à ce stade impossible de démêler le vrai du faux, il est en revanche possible de s’interroger sur la curieuse concordance des attaques visant le fondateur de Legend.

Quand Mediawan se prend une veste… légendaire

Et c’est ici qu’il faut revenir à l’analogie avec la série Dallas. Certes, Guillaume Pley n’est pas J.R. Ewing et Legend n’extrait pas de pétrole du sous-sol texan, mais comme l’antihéros du soap opera, le présentateur pèse — en argent, on l’a vu —, et ce qui vaut sans doute encore plus cher en ces temps préélectoraux, en influence. Vu sous un angle plus contemporain, Legend est une start-up hyperrentable qui a grossi vite, très vite, et qui vaut cher, très cher. Et comme toute start-up qui se respecte, Legend a rapidement attiré la convoitise de plus gros qu’elle.

Approché par ce beau monde, Guillaume Pley n’en est pas moins tombé de sa chaise quand Mediawan lui a proposé de racheter 51 % de Legend pour… deux tout petits millions d’euros. Une offre que l’intéressé et ses coactionnaires ont, toujours d’après Le Point, jugée « ridicule ». À raison, si l’on en croit les 17 millions d’euros que le fonds d’investissement FG Bros a, quelques mois plus tard, allongés pour s’arroger 25 % (seulement) du capital de la société Legend Metamedia. Pour résumer : conscient de sa propre valeur, Pley a décliné une première offre manifestement sous-évaluée et a fini par faire une bonne affaire. Business as usual.

Et pas n’importe qui. Au cours de l’hiver dernier, nous apprend Le Point dans un article daté du 27 août, Mediawan aurait proposé de racheter son bébé à Guillaume Pley. Fondé en 2015 par Matthieu Pigasse, Xavier Niel et Pierre-Antoine Capton, le groupe pèse aujourd’hui 1,3 milliard d’euros de chiffre d’affaires, produit des émissions comme C à vous, des séries à succès comme Dix pour cent, et est l’actionnaire majoritaire de Plan B Entertainment, la société de production de Brad Pitt, excusez du peu. Du lourd, du très lourd.

A lire aussi: Qui dirige vraiment Radio Nova et «Les Inrocks»?

De bien étranges coïncidences

L’affaire aurait pu en rester là, mais Le Monde, Les Inrocks et Society en ont décidé autrement. S’en est suivi l’été houleux que l’on sait et bien malin qui saurait ce que l’avenir réserve, en cette rentrée, à Guillaume Pley. À moins que, comme le relève Le Point, qui donne la parole à un cadre anonyme de Legend : « Les Inrocks appartiennent à Matthieu Pigasse, Pierre-Antoine Capton est actionnaire de So Press, qui édite Society, Xavier Niel est actionnaire du Monde. »

En d’autres termes, les trois médias installés qui ont, à quelques jours ou semaines d’intervalle, sorti (ou prévu de sortir) des papiers à charge contre Legend et Guillaume Pley, appartiennent ou ont des liens capitalistiques avec les trois personnalités qui ont échoué, il y a quelques mois de cela, à prendre le contrôle de Legend. « Si ça n’est pas une opération de représailles, ça y ressemble quand même un peu, non ? », fait mine de s’interroger la même source anonyme dans les colonnes du Point. Et si des coïncidences ne valent ni preuve ni condamnation, elles interrogent à tout le moins.



Vous venez de lire un article en accès libre.
Causeur ne vit que par ses lecteurs, c’est la seule garantie de son indépendance.
Pour nous soutenir, achetez Causeur en kiosque ou abonnez-vous !

Article précédent Mamdani, le Mélenchon new-yorkais?
Article suivant La conscience, il y a des maisons pour ça!
Diplômé du master Sécurité-Défense de l’Université Paris-Panthéon-Assas, Baudouin d’Amayé est spécialiste de la veille stratégique. Il possède cinq années d’expérience consacrées à l’Afrique et au Moyen-Orient, à la croisée des enjeux économiques et sécuritaires. Après deux ans comme consultant en intelligence économique au sein d’un cabinet spécialisé dans les infrastructures au Moyen-Orient, il a rejoint un cabinet international de conseil en affaires publiques. Il y accompagne aujourd’hui de grands groupes présents en Afrique et dans la région MENA.

RÉAGISSEZ À CET ARTICLE

Pour laisser un commentaire sur un article, nous vous invitons à créer un compte Disqus ci-dessous (bouton S'identifier) ou à vous connecter avec votre compte existant.
Une tenue correcte est exigée. Soyez courtois et évitez le hors sujet.
Notre charte de modération