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La vie selon Sandrine Rousseau et Clémence Guetté, commissaires politiques

L’amitié, nouveau terrain de lutte pour l'extrême gauche


La vie selon Sandrine Rousseau et Clémence Guetté, commissaires politiques
Les députées d'extrème gauche Sandrine Rousseau et Clémence Guetté © ISA HARSIN/ SLEMOUTON/SIPA

Même si, en politique, on n’est jamais « amis pour la vie », avec son féminisme borné et un peu dingue, il n’est guère étonnant que l’écolo Sandrine Rousseau préfère se rapprocher des extrémistes lfistes comme Clémence Guetté plutôt que de Raphaël Glucksmann, comme le préconise au contraire Yannick Jadot.


« Considérons l’amitié. On apprécie ses amis pour eux-mêmes, et ce ne sont pas les avantages de l’amitié que l’on apprécie – ceux-ci sont des dérivés de ce que l’on apprécie, qui est accessible uniquement à celui qui ne les recherche pas. »
Roger Scruton, De l’urgence d’être conservateur


Sandrine Rousseau est le type même d’individu que tout régime autoritaire aime à repérer et mettre à son service. Dénuée de ce que les psychanalystes désignent par le terme de surmoi, incapable, par conséquent, de mettre au pas une brutalité bêtasse, reflet d’une absence de réflexion qui confine au gâtisme idéologique mais ne nuit pas, bien au contraire, à sa carrière de commissaire politique, la députée écologiste décréta il y a quelques années que « le privé est politique » et promit le flicage des rapports entre les hommes et les femmes jusque dans les cuisines et les chambres à coucher. « On va regarder dans les foyers des gens ce qui s’y passe », affirma-t-elle avant de conseiller à ses pairs de réfléchir à un éventuel « délit de non-partage des tâches domestiques ». Mme Rousseau ne dédaigne pas de voir un jour, en France, l’application la plus stricte de quelques principes érigés par les régimes les moins démocratiques.

Progressistes bornées

Rien, selon ses principes, ne doit échapper à la politique et au contrôle de l’État ; la vie privée doit être considérée comme un obstacle à l’organisation d’un avenir collectif qui ne pourra être que radicalement radieux ; la vie intime doit par conséquent être placée sous une surveillance constante, jusqu’à miner en profondeur la confiance mutuelle entre époux, parents, voisins et amis, et effacer entièrement les rapports les plus simples et les plus naturels entre les gens ; lois étatiques et décrets politiques doivent régir l’ensemble des activités humaines. À ces principes essentiels à l’élaboration d’un système à tendance totalitaire, Mme Rousseau en ajoute de nouveaux, en lien avec son féminisme borné. La rééducation des citoyens doit ainsi passer par une déconstruction des hommes s’appuyant sur un programme officiel incluant l’apprentissage critique des stéréotypes et relations de genre dès le plus jeune âge et par la dénonciation du patriarcat, ce semi-cadavre occidental que les féministes se plaisent à secouer de temps à autre pour faire peur aux petites filles. Le programme ne serait pas complet s’il n’incluait pas une clause anticapitaliste, condition sine qua non à la conception et à l’acceptation d’un projet dit de gauche.  

A lire ensuite, Elisabeth Lévy: Vénération Mélenchon 

Ed. de la Découverte.

La députée insoumise Clémence Guetté fait sien le féminisme autoritaire promu par Mme Rousseau : « Les féministes démontrent depuis longtemps que le privé est politique. Ce livre entend poursuivre ce combat, esquisser un chemin en reconnaissant et en valorisant des liens alternatifs à ceux du couple et de la famille dans nos existences. En cela, il participe à desserrer l’étau du patriarcat et s’inscrit directement dans la lutte contre l’extrême droite et les réactionnaires de tout poil », écrit-elle en introduction de son opuscule paru aux éditions La Découverte et intitulé Pour une politique de l’amitié. Ce libelle fait suite à un colloque sur le même thème qu’elle organisa à l’Assemblée nationale le 15 janvier 2026 et au cours duquel l’inénarrable Geoffroy de Lagasnerie intervint pour critiquer durement la « cellule familiale », ce lieu abject où sont supposés croître les « affects tristes », les « angoisses réactionnaires » et les « réflexes conservateurs » qui dominent, selon lui, l’ordre social. Sur France Inter, interrogée par Benjamin Duhamel, Mme Guetté en ajoute une couche : « Le couple, majoritairement hétérosexuel, la famille avec des enfants, sont prônés par la droite, par les réactionnaires de tout temps et de toute époque. La famille traditionnelle, c’est une bataille de la droite réactionnaire. » Comme M. de Lagasnerie, Mme Guetté regrette que l’amitié ne soit pas reconnue par l’État. Elle propose la création d’un « Pacs amical » octroyant, en sus d’un avantage fiscal, certains droits – comme, par exemple, des jours « enfant malade » transférables à un ami – et obligeant à certains devoirs envers l’ami désigné. Pour justifier sa démarche, l’insoumise évoque les écrits de celui que Michelet surnommait l’Archange de la Terreur – source inépuisable de préconisations révolutionnaires et tyranniques.

Idéologie d’Etat

Dans ses Fragments sur les institutions républicaines écrits en 1793, Saint-Just scelle en effet le destin des citoyens « forcés à la vertu » en soumettant leur vie la plus intime à des règles institutionnelles strictes inspirées de celles de l’antique Sparte. Ainsi, au chapitre Des Affections : « Tout homme âgé de vingt et un ans est tenu de déclarer dans le temple quels sont ses amis. […] Si un homme quitte un ami, il est tenu d’en expliquer les motifs devant le peuple ; s’il le refuse, il est banni. […] Si un homme commet un crime, ses amis sont bannis. […] Celui qui dit qu’il ne croit pas à l’amitié, ou qui n’a point d’amis, est banni. »L’amitié n’est plus un sentiment privé mais une institution civile obligatoire. Le jeune et rigoriste idéologue qui rêvait d’instaurer, pour le bien commun, cette sévère servitude affective fut le même qui défendit l’établissement d’une République inflexible et réclama « la destruction totale de tout ce qui lui est opposé ». Lénine et Trotsky admiraient Saint-Just qui incarnait à leurs yeux l’intransigeance indispensable à la révolution et à la transformation de la société. La « Terreur rouge » s’inspira directement de la brutalité théorique et de la violence physique de la Terreur sous la Révolution française. Le régime bolchévique se réclama clairement de l’héritage des Jacobins, aussi bien pour les objectifs à atteindre que pour les moyens d’y parvenir : éclatement de la famille traditionnelle et socialisation des tâches, subordination des individus à l’idéologie et à l’État, suspicion généralisée et élimination des réfractaires ou supposés tels, etc. La gauche insoumise et écologiste descend directement de cette double lignée despotique. 

Représentants emblématiques de cette bourgeoisie politique et intellectuelle ayant adoubé tous les progressismes à la mode, c’est-à-dire tous les changements « sociétaux » inspirés des injonctions libérales-libertaires soixante-huitardes, Mmes Rousseau et Guetté et M. de Lagasnerie voient dans la famille traditionnelle le noyau dur d’un conservatisme qu’ils associent systématiquement au capitalisme. Or, rappelle Jean-Claude Michéa dans son introduction au remarquable ouvrage de Christopher Lasch, La Culture du narcissisme, propager l’idée que le système capitaliste représenterait par nature un ordre social conservateur, autoritaire et patriarcal est une « illusion » que la bourgeoisie progressiste entretient, soit par pure ignorance, soit par cynisme politique. Quelques phrases de Marx parmi les plus célèbres, et sur lesquelles les gauchistes qui se disent marxistes seraient bien inspirés de méditer, confirment l’assertion de Michéa et les thèses de Lasch : « La bourgeoisie a joué dans l’histoire un rôle éminemment révolutionnaire. […] Partout où elle a conquis le pouvoir, elle a foulé aux pieds les conditions patriarcales, idylliques. […] La bourgeoisie ne peut fonctionner sans révolutionner constamment les instruments de production et donc les rapports de production, c’est-à-dire l’ensemble des rapports sociaux. […] Aux relations familiales, elle a arraché leur voile de touchante sentimentalité ; elle les a réduites à un simple rapport d’argent. […] Ce qui distingue l’époque bourgeoise de toutes les précédentes, c’est le bouleversement incessant de la production, l’ébranlement continuel de toutes les institutions sociales, bref la permanence de l’instabilité et du mouvement. […] Tout ce qui était solide, bien établi, se volatilise, tout ce qui était sacré est profané, et à la fin les hommes sont forcés de considérer d’un œil détrompé la place qu’ils tiennent dans la vie, et leurs rapports mutuels. » C’est ainsi que nous sommes passés de l’homme historique, héritier d’un passé séculaire et fidèle à certaines traditions,à l’homme déconstruit, difforme et ignorant de son histoire ; et c’est ainsi que l’amitié se retrouve avilie, souillée, dégradée au rang d’une valeur progressiste, politique et possiblement marchande – entre autres choses témoignant de l’effondrement. 

Depuis trois quarts de siècle, le capitalisme financier s’est développé sur et grâce à la transformation profonde des rapports sociaux exigée par les mouvements progressistes, les partis de gauche, les associations défendant les « minorités », les organisations culturelles et universitaires, les médias, sous les yeux attendris et complices d’instances supranationales au service d’une hyper-caste. Au contraire de ce qu’elle voudrait faire croire, de ce qu’elle croit sans doute parfois, la gauche a participé grandement et tout à la fois à l’avènement de la consommation de masse, du divertissement de masse, de l’abrutissement de masse et, finalement, à l’émergence d’une société fragmentée et transformée en une mosaïque d’individus égarés. Le consommateur esseulé, diverti par le flux ininterrompu des séries télévisées, de la publicité et de la culture woke en tube, a remplacé l’ancienne classe ouvrière qui luttait pour obtenir, non pas le droit de changer de genre, mais celui d’avoir un salaire permettant de vivre dignement. Au milieu de cette transformation radicale, la famille traditionnelle est vue par la gauche, au mieux comme un vilain petit canard qui n’en a plus pour très longtemps et qu’il vaut mieux, donc, ignorer, au pire comme le rejeton réactionnaire et virulent d’un monde aux mœurs moyenâgeuses qu’il faut à toutes forces et le plus rapidement possible finir d’achever pour le remplacer par un autre plus tolérant, plus progressiste, plus ouvert – bref,un monde ressemblant à celuique l’Open Society Foundation de George Soros promeut à coups de millions savamment distribués.

Liens perdus

Ce monde adviendra, disent en substance Mmes Guetté et Rousseau, lorsque les lois les plus contraignantes supplanteront définitivement, et pour le bien de tous, les relations naturelles entre les hommes ; lorsque des décrets étatiques encadreront strictement la vie privée, ce jusqu’à ce que cette dernière, ouverte à tous les vents, soit entièrement absorbée par la sphère publique sous le contrôle de l’État ; lorsque la famille traditionnelle aura été totalement remplacée par des ersatz protéiformes constitués de simples consommateurs individualistes ne subsistant parfois que grâce aux subsides de l’État – toutes choses dont se réjouit par avance l’oligarchie financière. Corrompues par cette oligarchie qu’elles prétendent combattre, nos élites politico-culturelles, quant à elles, s’octroient des privilèges issus de fonctions lucratives, de sinécures gratifiantes, de postes avantageux obtenus souvent par cooptation et largement rémunérés avec l’argent des contribuables ou celui d’entreprises et d’organismes hégémoniques donnant leurs ordres. Pendant ce temps, leurs concitoyens appauvris et abandonnés à eux-mêmes ne trouvent plus que difficilement une aide ou un réconfort auprès de parents, de voisins ou d’amis eux-mêmes abîmés par le travail de sape de ceux que Lasch appelle les « libéraux de la bourgeoisie aisée » et les « nouvelles élites mondialisées » (La révolte des élites, 1996). Ces liens perdus et les sentiments qui les accompagnaient ne se décrétaient pas mais naissaient spontanément au sein de communautés solidaires où les gens ordinaires partageaient, en plus d’une entraide instinctive rendant la vie plus facile, une décence commune, pour le dire comme Orwell,ne devant rien aux politiques ou à l’État ; ils étaient un frein au projet économique et culturel des nouvelles élites libre-échangistes, ces « touristes dans leurs propres pays » préférant gérer un stock d’échantillons humains malléables plutôt qu’un peuple sûr de lui et réticent à l’idéologie du Progrès ; il fallait donc les anéantir. Prescriptrice assidue de toutes les « avancées sociétales » – lesquelles participent de l’ingénierie sociale et de la destruction des structures traditionnelles – la commissaire politique Clémence Guetté est, qu’elle le reconnaisse ou non, une alliée efficace de la caste privilégiée qu’elle affirme affronter ; et à laquelle, au fond, elle appartient.         

A lire aussi, Jean-Baptiste Roques: Amfis: les outils de l’indignation

Dans son essai Le Diable dans la démocratie, l’ex-député européen polonais, le conservateur Ryszard Legutko, ose un rapprochement entre deux systèmes politiques que l’on a longtemps cru aux antipodes l’un de l’autre : le communisme et la démocratie libérale. Concernant le sujet qui nous intéresse ici, M. Legutko écrit : « Selon leur vision [celle des démocrates libéraux européens], le système politique devrait pénétrer dans le moindre domaine de la vie publique, position qui ressemble à celle des accoucheurs du système communiste d’antan. L’ensemble de la société doit suivre ce chemin, si bien que la famille, l’école, les universités, les organisations communautaires, la culture et même les aspirations et les sentiments humains doivent se mettre au diapason. Les gens, les structures et les pensées qui existent en dehors de cette logique sont considérés comme obsolètes, nostalgiques et inutiles. » Par ailleurs, écrit encore Legutko, la démocratie libérale constitue une mystification idéologique plus insidieuse que le communisme puisqu’elle a su imposer son pouvoir centralisateur et autoritaire sans les instruments de coercition d’usage courant dans les régimes totalitaires, voire même avec l’assentiment d’une population qui, à l’instar de la grenouille ne sachant pas que l’eau tempérée dans laquelle elle barbotte joyeusement va bientôt bouillir et la tuer, s’est laissé corrompre, pendant plus de soixante ans, par des promesses de démocratie jamais tenues et par une habile propagande progressiste atteignant jusqu’au cœur, pour les détruire, la famille, l’école, la culture et les mœurs de chaque pays sous sa coupe. Toute similitude avec ce qui s’est passé et continue de se dérouler dans les pays de l’Europe de l’Ouest, la France en particulier, n’est pas fortuite.

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Amateur de livres et de musique. Dernier ouvrage paru : Les Gobeurs ne se reposent jamais (éditions Ovadia, avril 2022).

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