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Après moi, le déluge? Non. Avec nous, le désastre

« Après moi, le déluge », avec 13 danseurs du Ballet national de Marseille, au Théâtre de la Ville du 5 au 12 septembre


Après moi, le déluge? Non. Avec nous, le désastre

Danse. Les trois auteurs d’un déplorable spectacle l’ont titré Après moi, le déluge… quand il eut été plus judicieux de l’intituler Avec nous, le désastre, persifle notre critique


Faut-il nommer imposture cette calamiteuse production du collectif (La) Horde voulue pour le Ballet national de Marseille et titrée Après moi, le déluge ?

Ou ne faut-il pas plutôt fustiger l’irresponsabilité des pouvoirs publics qui subventionnent (délégation à la Danse au ministère de la Culture, Région de Provence-Alpes-Côte d’Azur, Ville de Marseille) et qui ont conjointement choisi un groupe d’animateurs de hip hop et de jumpstyle pour les placer à la tête de ce qui était en son temps la deuxième compagnie de ballet française, ici réduite à un groupe de jeunes gens qui s’agitent comme des possédés, mais qui visiblement ne savent guère danser ?

Dénoncer aussi la majorité des médias qui, par bêtise ou malhonnêteté intellectuelle, ferment les yeux sur une entreprise qui depuis plusieurs années offre l’exemple d’un parcours erratique ressemblant fort à une supercherie.

Populisme

Il fallait certes être bien présomptueux pour oser se porter candidat à la direction artistique du Ballet national de Marseille en 2019 quand on n’était jamais qu’un groupe de trois personnes formées dans une école d’art, design, communication et musique (HEAR) pour deux d’entre elles, ou dans un conservatoire municipal pour la troisième.

Mais il fallait surtout être bien aveugle, incompétent ou lamentablement populiste pour nommer des artistes auto-proclamés chorégraphes sur les réseaux sociaux.  Populiste oui, pour obéir à cette politique désormais générale qui veut que l’on s’impose de s’adresser avant toute chose à un public nécessairement jeune, issu des quartiers populaires, et préférablement inculte, en confondant allégrement manifestation artistique et divertissement facile.

Nommer le collectif (La) Horde, avec sa graphie bêtement poseuse, à la tête de ce qui fut le Ballet national de Marseille et qui n’en est plus désormais que le spectre, c’est un peu comme si l’on avait placé un musicien de bal musette à la tête d’un orchestre symphonique ou un tenancier de friterie à celle d’un restaurant étoilé.

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Suspect, malsain

On ne saurait détailler la production, ou mieux dit le produit, qui assure aujourd’hui l’ouverture de la saison du Théâtre de la Ville.

A quoi bon d’ailleurs ? Décrirait-on un verre d’eau tiède, un terrain vague, une attente interminable dans une salle d’aéroport ?

Est-il besoin de retracer un chapelet d’insignifiances, de séquences indigentes, le néant d’une pensée ? Quelque chose qui ressemblerait à une fin de soirée dans une discothèque minable et qui se traîne misérablement jusqu’à l’achèvement de ce « non spectacle » ? 

Absence totale d’écriture chorégraphique, de mise en scène un peu solide, d’argument structuré, de sensibilité, mais en revanche effets aussi racoleurs  qu’ils sont creux, agitation aussi vaine que permanente, accumulation de poncifs et reprises éhontées de choses déjà vues ailleurs ; bref vide abyssal pour tout résumer en deux mots : voilà cet Après moi, le déluge qui occupe bruyamment la scène dans un temps qui paraît interminable. Et ce sur un fond de violence suspect autant que malsain.

Enthousiasme forcé

Au Festival de Montpellier Danse où début juillet a été créé Après moi, le déluge, la réaction d’une grosse part des spectateurs accourus par la grâce des vidéos et des clips publicitaires montés par le collectif, était particulièrement éloquente. Il s’agissait d’un public avant tout recruté sur les réseaux sociaux et qui a rempli la vaste salle de l’Opéra Berlioz. Dès le spectacle achevé, nombre de spectateurs se sont levés comme il est à la mode de le faire désormais, quoi que l’on voie, pour exhiber leur adhésion et afficher un enthousiasme forcé.

Acclamations bruyantes, ostentatoires, comme mécaniques. Mais rien qui traduise, et pour cause, une quelconque sincérité, une émotion vraie. Acclamations fugitives, vite éteintes. Comme si, le produit étant payé et consommé, il était temps de passer à autre chose. 

Main basse sur des traditions séculaires

Au Théâtre de la Ville où l’on est bien conscient de cette déroute qui traduit, non pas une erreur de parcours, mais une faiblesse récurrente, on plaide l’indulgence en invoquant un précédent spectacle de (La) Horde : Marry Me in Bassiani.

Effectivement y apparaissaient quelques plaisantes séquences dansées qui brisaient la monotonie d’un ensemble totalement dépourvu d’intérêt : c’était des danses traditionnelles de Géorgie exécutées par un groupe de danseurs de Tbilissi, l’ensemble Iveroni, et qui constituaient au fond l’essentiel du spectacle.  Des danses ancestrales venues des confins de l’Europe… enchâssées dans une production crânement signée par le collectif (La) Horde, comme si c’était le trio lui-même qui les avait composées.  

1h15


Après moi, le déluge
Théâtre de la Ville, 2 Place du Châtelet, Paris, du 5 au 12 septembre




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