Avec Harold Hyman et Jeremy Stubbs.
Au cours du mois d’août, beaucoup prenaient des vacances, certains faisant du bronzage, de l’escalade, du badminton ou même du jet ski. D’autres faisaient – ou défaisaient – des alliances internationales, rebattant les cartes diplomatiques. En compagnie de Harold Hyman, chroniqueur international à CNews, nous faisons le tour des événements.
Notre voyage commence en Islande où, le 29 août, l’électorat a voté – à 52,8% – pour ne pas rouvrir les discussions avec Bruxelles en vue d’une adhésion de leur pays à l’Union européenne. Ce référendum, promis par le gouvernement centriste, n’a provoqué ni tensions ni dissensions idéologiques comme le Brexit au Royaume Uni en 2016. Les Islandais en en discuté comme de quelque match sportif dont le résultat serait intéressant mais pas d’une importance vitale. L’Islande a commencé des pourparlers avec l’UE en 2009, après la crise financière qui a durement frappé le pays. Mais en 2013, quand tout semblait aller mieux, elle les a arrêtés. Aujourd’hui, le pays ne semble pas craindre une menace imminente de la part de la Russie, de la Chine ou même des Etats-Unis dont le président, Donald Trump, voudrait mettre main basse sur le Groenland, un proche partenaire de l’Islande. Donc, aucune urgence de la part des Islandais pour rejoindre l’Europe. Comme les Norvégiens, ils sont déjà membres de l’Espace économique européen.
A lire aussi : Cambridge: la chute d’une université
Les 31 août et 1er septembre, les membres de l’Organisation de coopération de Shanghai – la Chine, la Russie, l’Inde, la Pakistan, l’Iran, les républiques de l’Asie centrale… – se sont rencontrés à Bichkek, capitale du Kirghizistan, accompagnés de différents pays « observateurs » ou « partenaires de dialogue ». Cette organisation constitue un bloc eurasiatique de nations qui ne sont pas très regardantes sur des questions de démocratie et qui sont d’accord pour croire que l’ordre mondial ne devrait pas être régi par les seuls Etats-Unis. De manière prévisible, à Bichkek, ils ont signé une déclaration condamnant l’attaque américaine contre l’Iran.
Le mois d’août a vu aussi une nouveauté : le 7, à La Mecque, un accord de défense conjointe a été signée par l’Arabie saoudite, la Turquie et le Pakistan. Ce dernier avait déjà signé un accord avec l’Arabie saoudite l’année dernière : en échange de l’argent saoudien pour soutenir son économie chancelante, le Pakistan fournit des troupes et aide le royaume de MBS à développer ses défenses. L’arrivée de la Turquie dans le dispositif crée un véritable front sunnite au Moyen Orient en opposition à l’Iran chiite. Pourtant, si l’Arabie saoudite voit en l’Iran un pays ennemi qui se pose en rival des Saoudiens pour le leadership du monde musulman, le Pakistan ne s’oppose pas à l’Iran. Ses élites ont même une certaine admiration pour la culture perse. En revanche, aucun front chiite ne se dessine sur l’échiquier géopolitique.
A lire aussi : Pedro Sanchez, Thierry Breton: le pas-de-deux des faux-culs
Que reste-t-il des accords d’Abraham qui, en 2020, au cours du premier mandat de Donald Trump, ont normalisé les relations diplomatiques entre Israël et les Emirats, Bahreïn, le Maroc, et un certain nombre d’autres pays musulmans. Aujourd’hui, ça marche bien avec les Emirats et Bahreïn, mais il semble peu probable que l’Arabie saoudite se lance et signe.
Que conclure de toute cette activité – ou inactivité ? On peut y voir une confirmation du déclin actuel du multilatéralisme, dont le monde n’est pas loin de signer l’acte de décès. L’ordre international se fragmente en blocs définis par des accords entre un nombre limité de partenaires. Ces alliances se font, se défont, se recomposent et se superposent à volonté. L’Union européenne est en train de devenir un bloc comme les autres, mais un bloc que le reste du monde reconnait, surtout sur le plan économique.
Causeur ne vit que par ses lecteurs, c’est la seule garantie de son indépendance.
Pour nous soutenir, achetez Causeur en kiosque ou abonnez-vous !




